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«Changement de gouvernement. Soltani pressenti pour remplacer
Belkhadem.»
Ne riez pas, ils en sont capables, les bougres !
J’ai lu ce week-end que le comité de promotion de la candidature de
Abdekka au Nobel de la paix travaille toujours au recueil des signatures de
soutien. C’est bien ! La persévérance est une qualité. J’ai aussi lu la
liste des noms des «personnalités » qui viennent de se joindre à cette
initiative, celle du soutien à la candidature de Boutef’ pour l’obtention
de ce prestigieux prix, ou du moins pour une nomination à concourir. C’est
bien. Une femme, un homme, tout individu sain d’esprit, libre de ses opinions
et de ses mouvements doit pouvoir apposer sa signature sur tout document, toute
missive, tout texte de soutien à qui il veut, à la cause qui lui semble le
plus correspondre à ses idéaux. Signer une pétition ou une lettre de soutien
est un acte souverain, un geste d’essence démocratique par excellence.
Jusque-là, pas de blème ! Par contre, là où mon petit cerveau de moineau, ma
minuscule poignée de neurones rachitiques dit «pouce !», car elle peine à
comprendre, c’est lorsque je procède à un examen un peu plus attentif, à un
peu plus mémoriel de la liste des signataires. Il y en a, femmes et hommes, qui
présentent une particularité plutôt bizarre, presque surnaturelle : depuis l’indépendance,
depuis 1962, ces gens-là ont soutenu, ont signé des lettres de soutien à tous
les puissants qui se sont succédé au pouvoir. Sans distinction ! Qu’il soit
grand, petit, moustachu, imberbe, barbu, avec un bouc, des cheveux coupés
court, une mèche rebelle, chauve ou permanenté, le puissant du moment a
toujours eu le soutien de ces «éternels souteneurs». Et ça, c’est tout de
même fantastique, non ? Sur la flopée de mecs qui nous ont dirigés, il doit
normalement s’en trouver un ou deux, au moins, qui ne fassent pas l’unanimité,
qui ne correspondent pas tout à fait à l’idée que l’on a du pouvoir et de
la gouvernance. On doit pouvoir se dire «celui-là, je ne peux pas me le
blairer, ni me le voir en peinture. Et il n’est pas question que je lui
apporte mon soutien, que je l’applaudisse.» C’est humain, ya bouguelb !
Tout le monde ne peut pas nous plaire tout le temps. Et nous ne pouvons pas
plaire à tout le monde tout le temps. Eh ben, il faut croire que non ! L’Algérie
indépendante, entre les manifestations de liesse, les occupations par la force
des maisons des colons dans les beaux quartiers et les règlements de comptes
sanglants entre armée de l’intérieur et celle de l’extérieur, a tout de
même réussi à donner naissance à une race incroyablement tenace, résistante
et proliférante : les permanents du soutien inconditionnel. En apparence, ils
sont comme vous et moi. Une tête. Deux bras. Deux jambes et ce qui va avec. En
apparence seulement. Car, eux, ont ce truc en plus par rapport à vous : ils
aiment tous les puissants, quel que soit le puissant, pourvu qu’il soit
puissant bark ! Vous leur mettriez un bœuf ou un poisson rouge en poste à
El-Mouradia, demain, à la première heure, ils signeraient en sa faveur une
lettre de soutien. Faut le faire ! Et comme je ne sais le faire, je fume du thé
et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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