Samedi 23 Décembre 2006
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CES GENS QUI AIMENT LES GENS
TOUT LE TEMPS !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

«Changement de gouvernement. Soltani pressenti pour remplacer Belkhadem.»
Ne riez pas, ils en sont capables, les bougres !

J’ai lu ce week-end que le comité de promotion de la candidature de Abdekka au Nobel de la paix travaille toujours au recueil des signatures de soutien. C’est bien ! La persévérance est une qualité. J’ai aussi lu la liste des noms des «personnalités » qui viennent de se joindre à cette initiative, celle du soutien à la candidature de Boutef’ pour l’obtention de ce prestigieux prix, ou du moins pour une nomination à concourir. C’est bien. Une femme, un homme, tout individu sain d’esprit, libre de ses opinions et de ses mouvements doit pouvoir apposer sa signature sur tout document, toute missive, tout texte de soutien à qui il veut, à la cause qui lui semble le plus correspondre à ses idéaux. Signer une pétition ou une lettre de soutien est un acte souverain, un geste d’essence démocratique par excellence. Jusque-là, pas de blème ! Par contre, là où mon petit cerveau de moineau, ma minuscule poignée de neurones rachitiques dit «pouce !», car elle peine à comprendre, c’est lorsque je procède à un examen un peu plus attentif, à un peu plus mémoriel de la liste des signataires. Il y en a, femmes et hommes, qui présentent une particularité plutôt bizarre, presque surnaturelle : depuis l’indépendance, depuis 1962, ces gens-là ont soutenu, ont signé des lettres de soutien à tous les puissants qui se sont succédé au pouvoir. Sans distinction ! Qu’il soit grand, petit, moustachu, imberbe, barbu, avec un bouc, des cheveux coupés court, une mèche rebelle, chauve ou permanenté, le puissant du moment a toujours eu le soutien de ces «éternels souteneurs». Et ça, c’est tout de même fantastique, non ? Sur la flopée de mecs qui nous ont dirigés, il doit normalement s’en trouver un ou deux, au moins, qui ne fassent pas l’unanimité, qui ne correspondent pas tout à fait à l’idée que l’on a du pouvoir et de la gouvernance. On doit pouvoir se dire «celui-là, je ne peux pas me le blairer, ni me le voir en peinture. Et il n’est pas question que je lui apporte mon soutien, que je l’applaudisse.» C’est humain, ya bouguelb ! Tout le monde ne peut pas nous plaire tout le temps. Et nous ne pouvons pas plaire à tout le monde tout le temps. Eh ben, il faut croire que non ! L’Algérie indépendante, entre les manifestations de liesse, les occupations par la force des maisons des colons dans les beaux quartiers et les règlements de comptes sanglants entre armée de l’intérieur et celle de l’extérieur, a tout de même réussi à donner naissance à une race incroyablement tenace, résistante et proliférante : les permanents du soutien inconditionnel. En apparence, ils sont comme vous et moi. Une tête. Deux bras. Deux jambes et ce qui va avec. En apparence seulement. Car, eux, ont ce truc en plus par rapport à vous : ils aiment tous les puissants, quel que soit le puissant, pourvu qu’il soit puissant bark ! Vous leur mettriez un bœuf ou un poisson rouge en poste à El-Mouradia, demain, à la première heure, ils signeraient en sa faveur une lettre de soutien. Faut le faire ! Et comme je ne sais le faire, je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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