Les familles de l’intérieur du pays ont célébré l’Aïd El-Adha dans une atmosphère qui tranchait avec l’ambiance habituelle de cette fête. Malgré toute sa bonne volonté, la télévision nationale n’a pas réussi à nous convaincre quant à la joie du peuple qu’elle était, d’ailleurs, la seule à percevoir ! D’une manière générale, cette journée mémorable a été vécue sous le signe d’une terrible frustration et d’une colère à peine contenue, suite à l’annonce de la pendaison de Saddam Hussein. Bien que nuancées, les appréciations quant à l’œuvre de cet homme — que seule l’histoire pourra juger —, ont laissé place à l’unanimité quant à la condamnation le choix de la date de son exécution. Le communiqué du gouvernement reflète bien cette préoccupation, sauf que beaucoup de nos interlocuteurs trouvent qu’il est en deçà de l’attente des Algériens, dans la mesure où il ne fait que «regretter» l’exécution, mais juste parce qu’elle a eu lieu «le jour de l’Aïd». Aucune trace de condamnation. Le cœur n’était pas à la fête. Les rues n’ont pas offert le spectacle habituel haut en couleur. Une fois la prière de l’Aïd terminée, les fidèles ont rejoint leurs domiciles où ils ont accompli le rituel du sacrifice, dans une atmosphère de tristesse, visible partout. A Constantine, des attroupements s’étaient formés un peu partout et le sujet du jour était la mort de Saddam. Dans les rues de Guelma, désertes en ce début de matinée, quelques vieillards, profitant des premières lueurs d’un soleil agressif, discutaient de l’événement du jour, en criant leur colère contre la «passivité des dirigeants arabes». A Souk-Ahras, et dans l’après-midi, on pouvait voir un nombre impressionnant de citoyens attablés sur les terrasses des cafés, en train d’échanger leurs appréciations. C’est une condamnation unanime de la «mascarade montée par Bush et ses fidèles serviteurs de Baghdad». A Tébessa, même son de cloche et même révolte, jusque dans les milieux familiaux où le seul sujet à s’être imposé a été celui de Saddam et sa mort que certains trouvent «héroïque. Ils s’attendaient à ce qu’il montre une faiblesse, qu’il tremble, qu’il demande pardon ! C’est pour ça qu’ils l’ont filmé. Mais, c’était tout à fait le contraire. Peu importe ce qu’il a commis de son vivant, mais il est mort en héros», souligne un vieux moudjahid. Dans les autres régions du pays, nous avons pu rassembler les mêmes témoignages. La fête n’était pas au rendez-vous. A Blida, Médéa, Sétif, Bordj, M’sila, Béjaïa, et même si les citoyens ne partagent pas le même jugement sur l’œuvre de Saddam, on se dit «révoltés par le choix de la date qui est une insulte à tous les musulmans. Ils ont voulu nous démontrer que nous n’étions rien», affirme un jeune du Hodna qui ajoute que cette «fête est ratée de bon matin». Certains n’ont pas apprécié que la télévision en rajoute avec une fausse joie, qui ne reflétait pas l’ambiance réelle sur le terrain ! Mais, nous a-t-on dit, «les millions d’Algériens étaient plutôt branchés sur les chaînes d’information et s’en foutaient de ce que pouvait leur raconter l’Unique». A Alger, Chlef, Oran et Tlemcen, même constat. La tristesse était dans l’air de ce samedi. Et à propos de télévision, un citoyen de Mostaganem dira que même «l’information sur cet événement, décalée en fin de journal, était rapidement traitée… On ne leur demande pas de condamner, mais d’être, au moins, professionnels, comme le font toutes les télévisions, arabes et non arabes. L’événement, ce jour-là, était la mort de Saddam et non les scènes de «bousboussades » qui n’en finissaient pas, ni les paillettes des téléspeakerines qui auraient dû s’habiller de noir». A Tlemcen, certains fidèles s’échangeaient les condoléances à la sortie des mosquées. Un vieux militant du mouvement national dira qu’il avait «pleuré à chaudes larmes le jour de la mort de Messali Hadj, mais, qu’en apprenant l’exécution de Saddam, il avait envie de se lacérer le visage !» M. F.
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