Actualités : APRES LA PENDAISON DE SADDAM
La corde au cou
Par le Bureau national du CCDR


Le rideau est tombé sur une scène des plus macabres. Insoutenable ! Digne des films d’horreur comme seul Hollywood sait nous en servir. Des millions de personnes ont assisté, en direct, à la mise à mort d’un être humain. Les bourreaux de Saddam en ont fait une victime ; et ses assassins en ont fait un héros. Une victime qui a su rester digne, au pied de l’échafaud, face à ses bourreaux et à leurs commanditaires. Ceux-là mêmes qui voulaient frapper les imaginations et consacrer la victoire de leur «démocratie», imposée par les bombes, les chars et le napalm.
Les apprentis sorciers américains et leurs serviles serviteurs, gouvernants de pacotille, qui de Saigon en Afghanistan, de Corée en Vietnam et d’Irak en Palestine ont toujours abouti à l’inverse de leurs odieux calculs. De criminel, de dictateur sanguinaire, Saddam Hussein devient un martyr et un symbole, non seulement pour son peuple, mais pour tout le monde arabe. Non seulement pour le monde arabe, mais pour tous les damnés de la terre. Un héros qui osa défier et résister à l’envahisseur américain, à la première puissance du monde et à ses alliés. Sûr, comme l’ont dit des citoyens irakiens, que chaque Aïd El Adha, à Tikrit, à Baghdad ou ailleurs, sur chaque mausolée du monde arabe, ils seront nombreux, les musulmans humiliés, à faire le pèlerinage sur la tombe de Saddam sacrifié. Car, les peuples musulmans ont ressenti comme une humiliation suprême sa pendaison, mais ce sont surtout les dirigeants arabes et musulmans, les dictateurs et potentats qui subissent de plein fouet cette insulte et ce viol d’un jour sacré pour toute la communauté musulmane. Mis à part Kadhafi, qui n’est pas un ange loin s’en faut, la plupart se turent ou émirent quelques gémissements insignifiants, si ce n’est une adhésion ou un silence éloquent. Où sont Boumediene, Gamel Abdennacer, Nehru, Chou En-lai, Nkrumah et les figures charismatiques de la résistance arabe et du mouvement des Non-Alignés ? Les ONG réagirent avec vigueur à propos de la valeur du procès dans le fond et la forme, de la peine de mort en général et des conditions de son exécution qualifiée d’assassinat politique. Des citoyens musulmans, arabes, occidentaux, des journalistes de tous pays condamnèrent la parodie de procès, la date de l’exécution et sa barbarie vécue en direct ; alors que la Ligue arabe se terre dans un silence résigné et l’instance onusienne attend toujours pour voir ! Mais où sont les grands équilibres mondiaux d’antan, diront certains, et le poids consacré du Tiers-Monde ? Les suites d’une telle escalade risquent d’être terrifiantes. La violence et la guerre fratricide ethnicoreligieuse, ne seront que plus meurtrières, en Irak et dans la région. Les USA ont ainsi attisé le brasier du Moyen-Orient et préparé des lendemains terribles pour les peuples arabes et musulmans, en voulant conforter Israël, en tant que gendarme de la région pour s’assurer de la maîtrise énergétique. Cependant, un retour de manivelle des plus violents serait le résultat logique de cette escalade, avec la recrudescence du terrorisme, le radicalisme politique et le risque de rupture du dialogue si fragile des « civilisations ». Mais pourquoi un seul et unique procès ? Pourquoi cette précipitation à faire disparaître si vite celui qui était courtisé et armé par ceuxlà mêmes qui ont envahi son pays, l’ont condamné et mis à mort ? Craignaient-ils d’être mis à nu et jugé par le tribunal de l’Histoire, à défaut de celui des hommes, pour haute complicité, pour les crimes et massacres horribles commis par Saddam (livraisons d’armement, produits chimiques, etc). Ne serait-il pas logique et juste que ceux qui ont mis à mort un grand pays comme l’Irak, qui sont à l’origine de milliers de morts dans ce pays et dans le leur, coupables de silence et de laisser-faire complices, soient traduits devant un TPI ? Ceux qui ont armé Saddam Hussein, fermé les yeux sur ses crimes, sont coupables aussi de crimes contre l’Humanité. Après les massacres du Vietnam, de la guerre irano-irakienne, de l’Afghanistan, des complots et assassinats en Amérique latine (Allende et des milliers de Chiliens, entre autres, alors que Pinochet meurt tranquillement dans son lit), en Amérique centrale, en Afrique ( Congo de Patrice Lumumba, Liberia, Somalie, Rwanda….), le laisser-faire du terrorisme islamiste en Algérie jusqu’à un certain 11 septembre, la bénédiction des massacres palestiniens privés de patrie et l’envahissement sanglant du Liban, perpétrés par Israël, les USA poursuivent leur politique hégémonique et dévastatrice au nom de la démocratie, une «démocratie» qui sacrifie des millions d’innocentes victimes, renverse des régimes récalcitrants (Grenade, Panama, Chili) fomente coups d’Etat et soulèvements, comme à Cuba ou au Venezuela, encourage et conforte des régimes aux ordres. 700 000 morts, 3000 soldats américains morts sans compter les alliés, des milliards de dollars de dégâts, huit milliards jour consacrés à la guerre, des monuments millénaires détruits, est-ce le prix à payer pour cette démocratie ? N’est-ce pas la barbarie du XXe siècle qui ne dit pas son nom ? Tant d’argent et d’énergie qui auraient pu servir au développement et à la paix ! Les peuples, tour à tour, se taisent, observent, résistent, et se révoltent malgré la répression. Ce ne sont pas des moutons de Panurge. Les vrais moutons de Panurge sont ceux qui les gouvernent : chefs d’Etat, souverains calfeutrés dans leurs palais, dilapidant les richesses accumulées sur le dos de leurs peuples, serviteurs vassaux, zélés et dociles, soumis vis-à-vis de leurs maîtres et sacrifiant dignité et indépendance, de leur pays pour le pouvoir et quel pouvoir ! Un pouvoir répressif à l’encontre de leurs peuples. La corde au cou vient d’être passée au monde entier. Le moment est venu de se réveiller et de faire front à cet hégémonisme militaire, politique et économique qui menace la paix et la stabilité du monde, et tourne le dos, par ses pratiques barbares, à toute civilisation.
Le 03.01.2007

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