Périscoop : BAZOOKA
De quelques tares du nationalisme arabe
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


Maintenant que l’indignation et l’émotion sont retombées, nous pouvons beaucoup apprendre du cas Saddam. Il arrive au pouvoir par un coup d’Etat mené par Hassan El Bakr en 1968 qu’il replacera quelques années plus tard (1979). Il mènera une répression féroce contre le Parti communiste irakien qui fera des milliers de victimes.
Ouvertement pro-américain, il est soutenu par la CIA lors du coup d’Etat et de la consolidation de son pouvoir. Entre 1986 et 1988, des centaines d’exilés communistes irakiens fuiront la deuxième vague de répression et certains parmi les universitaires trouveront du travail en Algérie. Pendant cette période, les relations sont au beau fixe entre Saddam et Rumsfeld, chargé des ventes d’armes à l’Irak, et entre Saddam et l’Europe malgré la répression récurrente des Kurdes. Mais il aura débarrassé l’Occident du plus puissant Parti communiste arabe qui était arrivé aux portes du pouvoir avec le général Aref renversé par El Bakr. Vous connaissez la suite, la guerre contre l’Iran qui répondait aux vœux de grandes puissances occidentales etc, etc. Mais sur l’autre versant de sa politique, Saddam se présente et est perçu comme un leader nationaliste que le pétrole aidera à moderniser son pays, l’industrialiser, le doter de grandes universités, d’un bon système de santé, d’électrifier les grandes villes, de réaliser des infrastructures et des voies de communication. Il s’est doté ainsi d’une base sociale dans la bourgeoisie et la petite bourgeoisie essentiellement sunnite même si l’exercice du pouvoir n’appartenait qu’à un petit groupe composé des membres de sa famille et de personnes essentiellement issues de sa région. Son nationalisme comme celui des autres dirigeants arabes de ce courant sera autoritaire et mégalomaniaque. Au lieu de construire l’unité de la nation par la mobilisation libre et démocratique de ses différentes composantes et autour des grands défis du développement, il l’imposera autour de sa personne. Il glissera ainsi de la représentation de la nation à sa privatisation. Dès lors, il renverse le problème et oublie que la grandeur de la nation fait la grandeur de ses dirigeants. Il croit désormais que sa grandeur personnelle fait la grandeur de la nation. Tous les ingrédients de la faillite des nationalismes arabes sont là : alliance privilégiée avec les USA et l’Occident (sauf dans le cas de Nasser qui a été rabroué par les Américains à propos d’Assouan et de l’armement de son armée) ; besoin irrépressible de jouer dans la cour des grands de l’Occident comme pour cette guerre avec l’Iran ; anti-communisme primaire ; répression de tout avis divergent ; culte de la personnalité, arbitraire et autoritarisme, voire dictature ; refus d’écouter la société ; purges et exclusions incessantes au sein des appareils de l’Etat et du parti ; construction par la force et la corruption de l’unité nationale autour de la personne du zaïm. Il restera toujours après leur chute des partisans parmi ceux qui ont bénéficié de leurs régimes et de leurs pouvoirs mais ils auront entre-temps fragilisé leurs sociétés, étouffé ses contradictions jusqu’à les rendre inconciliables et destructrices. Ce n’est qu’un aspect des processus compliqués qui ont marqué nos pays. Mais revoyez l’histoire de ces nationalismes et les causes profondes de leurs échecs. M. B.

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