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«L’Algérien est t'il poli ?»
Wach dakhlek ?
Lettre de Djillali, lecteur de Constantine. D’abord ses vœux pour l’Aïd et
pour le nouvel an. Il rêve d’une année 2007 qui nous aide à oublier 2006. Moi
aussi. Je rêve. Ces vœux expédiés, Djillali pique une colère rouge. Ou noire
comme les "m'layate" de Cirta. En fait, Djillali n’est pas en colère contre la
restauration du mausolée de Massinissa. Djillali n’est pas en colère contre ces
quartiers entiers de la ville qui s’enfoncent inexorablement, jour après jour,
de quelques centimètres, qui glissent dangereusement et dont des portions de
plus en plus importantes s’affaissent littéralement. Djillali n’est pas en
colère contre les performances des deux clubs de football locaux, le CSC et le
MOC. Djillali n’est pas en colère contre les gargotiers du quartier «Rahbat el
D’jmal» qui vendent des brochettes de plus en plus petites, de plus en plus
chiches et de moins en moins goûteuses. Non ! Djillali est franchement en colère
parce que dans sa ville, dans sa Constantine natale et chérie, il ne pensait pas
vivre ce qu’il a vécu l’autre jour, la veille de l’Aïd. Djillali accompagnait ce
jour-là en voiture son épouse chez une coiffeuse. Une fois devant le local de
ladite coiffeuse, quelle ne fut la surprise du couple de découvrir, collée sur
la vitrine cette affichette : «Accès interdit aux femmes non voilées». Pensant
être tombés sur le seul salon de coiffure tenu par des extraterrestres
intégristes venues d’une planète peuplée uniquement d’ayatollahs, Djillali et
son épouse, lors d’une veillée familiale le soir suivant, ont raconté sur le ton
de l’anecdote inédite leur mésaventure. Et là, ahuris, ils ont eu droit aux
témoignages de membres de leur famille ayant vécu ce genre de trucs tordus.
Avec, entre autres, cette variante narrée par une tante de Djillali : se
présentant chez une couturière de la ville pour y commander un habit de fête, la
vénérable tante s’est vu opposer un refus catégorique au motif qu’elle ne
portait pas le hidjab. Bien sûr, Djillali se garde bien, dans sa lettre, de
conclure à la "talibanisation" de Constantine, à l’invasion de Cirta par des
hordes du GIA et du GSPC réconciliés ou encore à la mainmise de l’intégrisme sur
la ville des Ponts. Djillali s’inquiète juste du fait que l’on puisse, dans une
grande ville, dans une grande artère de cette grande ville, sur la vitrine d’un
commerce de cette grande ville apposer une telle affiche et imposer impunément
un tel interdit. Djillali s’est juste inquiété. Et moi, lorsqu’un lecteur
s’inquiète, je m’inquiète aussi. Je relaie. Et je fume du thé pour rester
éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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