Actualités : CHRONIQUE
En quelques mots : de-ci, de-là
Par Leïla Aslaoui


1) L’exécution de Saddam Hussein
Sans doute aurait-on le droit de penser que je réagis tardivement à l’exécution de Saddam Hussein. Je n’ai pas entendu le faire “à chaud” sachant que l’émotion l’aurait évidemment emporté sur la raison. Or, l’épreuve qui nous a été infligée le jour de l’Aïd El Adha engendre de nombreuses interrogations le plus souvent sans réponses.
Préalablement à ces questions, je précise — je l’ai déjà dit dans de précédentes chroniques — que je n’éprouvais aucune sympathie pour le despote et dictateur que fut Saddam Hussein. Le respect — le mien — dû à ses victimes emprisonnées ou assassinées sous son règne, sur ses ordres, ne saurait éviter cette remarque préliminaire. Ce serait faire offense à la mémoire de ces mêmes victimes que de taire ces faits. Pour autant, il serait vain de nier que le procès, le verdict et la mise en application barbare du jugement, ont victimisé Saddam Hussein, faisant de lui aujourd’hui un martyr entré dans l’Histoire comme tel victimisé d’abord, en raison de la grande dignité avec laquelle il a affronté des bourreaux haineux le menant à la mort, la sienne. Ses “juges” ferontils preuve du même courage que leur victime lorsque les surprendra la Faucheuse ? J’en doute sérieusement. Et précisément le testament laissé par Saddam Hussein, y compris à ses ennemis, sera sa bravoure et sa grande retenue au moment où on lui passait la corde autour du cou. Imposant, majestueux même, il a aidé les téléspectateurs que nous fûmes en ce jour d’Aïd El Adha horriblement triste, tétanisés par l’atrocité, à croire que la mort n’était pas aussi effrayante qu’on le disait lorsqu’elle est précédée d’un dernier moment de courage, voire de hardiesse. Belle leçon que celle-ci ! Victimisé ensuite, car enfin à aucun moment la justice irakienne dirigée par un chiite n’a jugé Saddam Hussein pour des faits. Si tel avait été le cas, elle aurait ouvert des dossiers autrement plus graves et mieux ficelés que ce pourquoi il fut condamné à la peine capitale. Elle jugea l’homme, le sunnite, son ennemi viscéral. Et en ce jour d’Aïd El Adha, la haine ancestrale chiite datant de 660 (assassinat d’Ali Ibn Abi Taleb), de 680 (assassinat d’Al Hussein et des membres de sa famille) a été jusqu’à “offrir” aux sunnites “le premier mouton” (pour paraphraser l’un de ces chiites). Ou plus grave, jusqu’à interdire au condamné d’achever de prononcer la chahada (profession de foi chez le musulman). En ce jour d’Aïd, les chiites moyenâgeux nous ont rappelé l’âge de l’ignorance, de l’extrémisme, de la haine, avec un grand H. Toutes choses qui, selon leur idéologie totalitaire, justifient le meurtre de quiconque n’est pas des leurs. Cela me rappelle une anecdote que j’ai eu à vivre lors d’une rencontre à Paris en 1995, avec une Iranienne médecin, qui avait pourtant fui Khomeiny et dont le père, avocat, avait été exécuté pour “collaboration” avec le régime du Shah. Elle se dit étonnée de savoir (par mes soins) que nous autres Algériens, choisissons les prénoms de Fatima-Zohra, Ali, Hassan, Hussein, Zeïneb. “Ils nous appartiennent !” me dit-elle très irritée par ma ténacité à lui expliquer — sans y parvenir — “qu’ils nous appartiennent également” avec des arguments religieux pour mieux la convaincre. Fortement agacée elle me dit : “Impossible ! Tu es sunnite”. Là prit fin ce qui devait être au départ une discussion. Le rappel de ce fait anodin a pour seul but de mettre en exergue l’extrémisme chiite qui n’attend que l’occasion pour s’exprimer. Ce qui ne signifie nullement que le sunnisme se porte mieux. Les GIA, FIDA, l’AIS ont assassiné et violé en son nom. Et surtout loin de moi l’idée de commenter l’exécution de Saddam Hussein sous l’angle d’une guerre entre chiites et sunnites. Ce serait tomber dans le piège voulu et recherché par tous ceux, Occidentaux comme Orientaux, qui souhaiteraient avoir “bonne conscience” en nous faisant oublier leurs desseins et objectifs géostratégiques dans la région des Proche et Moyen-Orient en diabolisant l’islam et les musulmans eux les agents porteurs du “mal” face au “bien” qu’ils incarneraient. En ce sens, l’exécution de Saddam Hussein était un message très fort en direction de tous ceux parmi les pays arabes qui oseraient parce qu’ils possèdent la manne pétrolière de se rebeller contre le gendarme du monde. Et les chefs d’Etat, présidents et monarques des pays arabes, si prompts à réprimer y compris dans le sang la moindre revendication de liberté de leurs gouvernés, ont parfaitement assimilé la leçon. Doit-on alors être étonné par leur silence lourd de sens ? Pourtant, l’exécution de Saddam Hussein ne réglera aucunement le bourbier créé en Irak par les partisans de la thèse du “choc des civilisations”. Son fantôme hantera ses juges et bourreaux irakiens comme lui. Et lorsque triomphe la politique des deux poids, deux mesures, seule l’injustice s’exprime laquelle engendre à son tour la rage et le profond ressentiment. Que le président iranien, nihiliste et extrémiste religieux, ne se réjouisse pas trop longtemps de la mort de Saddam Hussein : son tour viendra... Les marionnettes sont toujours lâchées par ceux qui les fabriquent. Enfin, il échet de se demander sérieusement si les Arabes auraient réagi avec autant d’émotion et de “sanglots” si l’exécution avait eu lieu un autre jour que l’Aïd et si l’impact de l’image n’avait pas été aussi fort ? Car enfin la manière expéditive dont a usé le “juge” irakien pour mener son interrogatoire à charge et seulement à charge, ne laissait aucun doute sur l’issue du procès. Qui s’est exprimé à ce moment-là ? Personne. Personne puisque dans les Etats arabes on ne parle pas quand le chef se tait. Et lorsqu’on a envie de s’exprimer, on se heurte au mur infranchissable de l’état d’urgence et aux forces anti-émeute aux coups de massue efficaces. J’avoue avoir ri à l’annonce d’un deuil national décrété par Maâmar Kadhafi suite à l’exécution de Saddam Hussein. J’ai ri, car en Libye a été condamné à mort un médecin palestinien suite à l’affaire du sang contaminé. Sous le titre “La solitude d’Achraf El-Hadjoudj”, Jeune Afrique n° 2398/2399 est convaincu “que les infirmières bulgares seront graciées après accord avec les Occidentaux sur le montant des compensations financières. Mais le médecin palestinien sera oublié. Sans le soutien des Occidentaux, il sera probablement exécuté” (1) sans le soutien des Occidentaux, mais surtout des Arabes qui n’hésiteront pas à verser des larmes de crocodile lorsqu’il sera exécuté. Les larmes ça les connaît les Arabes ! Nos chers députés qui suggèrent à leur président la rupture des relations diplomatiques avec l’Irak ont-ils eu un mot pour ce Palestinien sans soutiens financiers puisque pas plus les monarques opulents et autres chefs arabes que les Occidentaux ne paieront ? Et si l’Histoire retiendra que ce sont des Irakiens qui ont exécuté un des leurs, elle retiendra également qu’un Palestinien, à Dieu ne plaise ! aura été condamné et exécuté par un Libyen. Un Arabe comme lui, alors les trois jours de deuil ce n’est qu’une expression ostentatoire comportementale de Maâmar Kadhafi. Une de plus ! L’exécution de Saddam Hussein a mis fin aux rares et derniers mythes : l’unité arabe, la nation arabe... Avec la tragédie du Liban en août 2006, nous le savions déjà, nous voici totalement convaincus. Face au gendarme du monde tout puissant, les Etats arabes absolument schizophrènes ne trouvent rien de mieux que de se replier dans l’attitude de la politique “sauve-qui-peut”. Les sauvera-t-elle du gendarme du monde ? Les sauvera- t-elle du ressentiment de leurs peuples humiliés ? Les sauvera-t-elle d’eux-mêmes ? Ce sont aussi toutes ces questions que continuera à leur poser sans cesse le fantôme de Saddam Hussein. En attendant, on nous amuse avec “Alger capitale arabe 2007”. Pardon ! Ce n’est pas du tout amusant car cela engloutit une somme astronomique. Pour quels objectifs ? Pour quels résultats ? Ne sommes-nous donc frères et arabes qu’en exécutant la danse du ventre dans les rues d’Alger ? Manifestation culturelle nous dit-on ? Mais qu’on nous explique d’abord ce que nous a rapporté “l’Année de l’Algérie en France” ? Si l’on en juge par les joutes oratoires des politiques des deux côtés de la Méditerranée durant toute l’année 2006, on peut affirmer sans se tromper qu’elle n’a guère contribué à la signature du traité d’amitié entre les deux pays dont on ne parle même plus. Alors “Alger capitale arabe” ? Gaspillage faramineux, telle sera la finalité d’une énième manifestation arabe entre frères ennemis spécialistes des crocs en jambe. Est-ce cela la culture ? Est-ce cela que nous méritons ?
2) Le GSPC menacerait la France et les ressortissants français en Algérie
Ces menaces sont prises très au sérieux par la France. L’occasion pour ce pays de constater une fois de plus que seule l’éradication sans pitié contre le terrorisme islamiste est payante, celle des rons-rons sur la réconciliation et le pardon bouteflikien, autorise le GSPC à bomber le torse et à menacer des ressortissants étrangers seulement parce qu’ils sont français et qu’un extrémiste n’a aucunement besoin de motifs ou de mobiles pour assassiner celui ou ceux qui ne lui ressemblent pas. Il n’y a pas si longtemps c’étaient un Libanais, un Canadien, un Américain qui étaient victimes de cet extrémisme. Va-t-on encore nous vendre le produit vicié d’un pays sécurisé alors que le porte-parole des Affaires étrangères français déclare que “les menaces du GSPC sont prises au sérieux ?”. Réconciliation dites-vous ? Balivernes !
L. A.
NB. :
(1) Commentaire de M. George Joffe, conférencier à l’université de Cambridge et spécialiste du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. (Rapporté dans Jeune Afrique).
(2) Il paraît que les femmes victimes de viols collectifs d’El-Haïcha en 2002 n’ont plus d’avocat pour les représenter devant le tribunal de Biskra prochainement. La cause ? Manipulées, elles ont sommé par huissier s’il vous plaît, l’Afepec en la personne de sa présidente de ne plus les aider notamment en leur constituant des avocats. Résultat des courses ? Le ministère de la Solidarité qui leur avait promis des défenseurs ne l’a toujours pas fait. Conclusion ? Le bel adage algérien : “Si je ne joue pas, tu ne joueras pas”. Mais l’Afepec ne jouait pas : elle soutenait de pauvres femmes démunies qui n’avaient pas pu payer un huissier...

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