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«Aujourd’hui, 5e jour du procès Khalifa.»
Et demain, ça sera le 6e jour…
Allez, va ! Puisque tout le monde a clairement entendu le mec raconter
comment le jet privé ramenait de l’étranger des personnalités et les déposait à
la présidence où elles étaient attendues, et personne d’entre tous ceux qui ont
entendu ces révélations n’a eu le réflexe décent et juridiquement logique de
convoquer cette présidence qui a une existence légale, une adresse, des
responsables, je crois qu’il est maintenant temps de vous parler d’autre chose.
Parlons plutôt de cette magnifique rosée au petit matin qui vous donne la
frissonnante impression d’un fin manteau neigeux sur les plantes. Parlons plutôt
de cette odeur forte et douce en même temps d’herbe macérée dans l’humide réveil
d’une nature qui flemmarde sur le chemin de l’hiver. Parlons plutôt de ces
branches de jasmin éclairées de quelques fleurs aussi tardives que blanches, et
qui finissent par vous convaincre que le «yasmin japonais» et son jaune poussif
font bien pâle figure à côté de l’immaculé jasmin méditerranéen. Parlons plutôt
de cette bruyère tellement mauve, qu’elle en paraît violette, n’attendant plus
qu’à finir en bouquets dans les bras des jeunes amoureuses. Parlons plutôt de
ces larves s’étirant, s’agitant dans leurs cocons, les sens soudain affolés par
un soleil dardant en plein mois de janvier. Parlons plutôt de ces nuées de
grosses mouches tirées brutalement de leur début d’hibernation par un mercure
ragaillardi et goguenard, bestioles aux yeux exorbités et aux ailes encore
engourdies, virevoltant comme aux plus beaux jours d’un juillet chaud au-dessus
de nos poubelles. Parlons de tout cela. Mais s’il vous plaît, ne me parlez plus
de cet avion fantôme dont on sait d’où il a décollé, qui il avait à son bord et
vers quelle destination il se dirigeait et qui semble s’être subitement
volatilisé dans l’écran radar de nos silences complices et gênés. Je fume du thé
et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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