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«Procès Khalifa. Comparution très attendue ce mardi. Celle du...
…python d’El Harrach.»
Comme nous avons tous un peu grandi, comme nous avons appris à nous méfier
des leurres, comme nous ne sommes plus tout à fait dans la peau des Indiens
attendant sur la plage, le 12 octobre 1492, d’échanger de l’or pur contre de la
verroterie apportée dans les soutes des navires de Colomb, nous allons tenter ce
matin de voir ailleurs que là où nos éclairés et pas très éclairants dirigeants
voudraient nous voir regarder. Bizarrement, loin du brouhaha entretenu à Blida,
loin de l’orchestration au synthé du plus gros scandale du siècle, il se passe
des trucs de chez «trucmuche». Des machins pas très catholiques, ou plus
exactement des bidules pas très musulmans. Des entreprises liées plus ou moins
directement au secteur pétrolier sont sommées de se dissoudre. Et pas n’importe
quelle entreprise ! De celles qui étaient en mesure, il y a quelques mois
encore, de facturer le traversin et la lampe de chevet à quelques bons milliers
d’euros. Même si personne ne le reconnaîtra maintenant, on a l’impression que la
patate est tellement chaude, limite brûlante, qu’il faut, non pas la refiler,
mais carrément la balancer dans un bain cryogénique, dans le bassin d’eau froide
qui la fera se ratatiner comme un vulgaire mauvais souvenir. Consigne aurait
donc été donnée à ces entrepreneurs connexes du pétrole de se saborder en marge
du procès de Blida, à l’ombre de ce vacarme blidéen dont même les décibels
semblent avoir été réglés par avance pour couvrir tout le reste. Seulement
voilà, dans ce «tout le reste», il y a une grosse boîte versée dans le pétrole
et les services annexes à l’or noir. Et par expérience, par conviction profonde,
lorsque l’on veut sérieusement évoquer le problème de la corruption en Algérie,
j’ai appris qu’il ne fallait pas gratter trop loin des puits de pétrole et de
leur banlieue proche. Dans cet ordre d’idées, je ne pense pas que les trous de
mémoire d’un vieux notaire, les approximations d’un clerc devenu bras droit, les
balbutiements d’un caissier, fût-il principal, et les couinements d’une
secrétaire, fussent-ils jouissifs pour l’assistance, peuvent faire oublier que
l’argent, l’argent massif, l’argent à gros bouillons, le fric à grosses pompes
s’est toujours fait à l’ombre des derricks. D’où ce rappel amical aux Indiens
qui, comme moi, auraient tendance à perdre beaucoup de temps sur les improbables
plages blidéennes alors que le gros de l’affaire se passe au Val d’Hydra. Je
fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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