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«Le président iranien a annulé son escale à Alger.»
Qu’il aille se faire pendre !
Brouillard sur l’A5. Dense, accompagné d’une petite
bruine, un crachin qui rend chaque freinage périlleux. Je suis concentré sur
les véhicules qui viennent en face et sur la proximité, à droite, du versant
impressionnant des montagnes de Palestro et, sur la gauche, par le contrebas
vertigineux. A force de froncer des sourcils, de cligner des yeux, de me protéger
des phares aveuglants, je fatigue déjà à la sortie des gorges. Besoin d’un
café. Un café fort et chaud. Je le trouve dans le dernier bouiboui à la
sortie de Aomar. Ambiance triste et froide. Le thermomètre de bord affiche 4
degrés. Dehors, sur la chaussée boueuse faite de mélasse crasse et de détritus
non ramassés, il doit faire entre 3 et 2 degrés.
Pas un de plus. Je m’engouffre dans le café. Il n’y fait pas plus chaud, à
moins de me coller au vieux réchaud qui pétarade dans le fond de la salle
peinant à remplir son office. Et c’est là, à moins de 100 kilomètres
d’Alger, capitale de la culture arabe, dans ce décor de fin du monde, dans
cette pénombre accentuée par une aube qui tarde à se lever, au son d’un
appareil à café qui donne l’impression de rendre l’âme à chacune de ses
expirations de vapeur, c’est là que j’ai trouvé le sens d’un procès. Ou
plutôt son non-sens. Le patron, seul à servir derrière le comptoir, une barbe
de deux jours lui mangeant un visage pas tout à fait reposé d’une nuit de
sommeil apparemment agité engage sans me le demander une discussion. Je dois être
une aubaine pour lui, un client à 5 heures du matin, ça aide à dégripper le
moulin à paroles, ça ressoude les neurones et ça réchauffe un peu mieux que
le vieux réchaud phtisique :
— Wach, tu viens d’Alger ?
L’homme n’attend même pas confirmation et enchaîne :
— Alors, ce procès dialkoum ? C’est pour bientôt ? Il paraît que cette
fois-ci, vous allez en finir avec la corruption…
Et l’homme part d’un fou rire terrible, un séisme à l’échelle ouverte
de son double menton agité de soubresauts convulsifs. Là, je crois qu’il est
enfin réveillé. Du bon pied, celui du bonhomme qui en a sorti une bonne, la
vanne qui tue. Son hilarité est contagieuse. Car, dans la foulée, entre deux
hoquets, le cafetier me lance :
— Tu sais, mon frère, le jour où la corruption sera réellement combattue,
et que tu repasseras par ici pour un café, je te le servirai dans une belle
tasse, avec sur le rebord de la sous-tasse un carré de chocolat et un biscuit
sec offerts par la maison. J’ai ri. J’ai ri à l’évocation, en ces lieux
lugubres de ces petites sucreries, de ce carré de chocolat et de ce biscuit, de
ces petites gâteries, de ces petites douceurs d’un autre monde. J’ai ri,
tout comme l’homme avait ri à l’évocation goguenarde d’un procès crédible.
Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
P. S. : Encore une fois, toutes mes excuses pour
l’absence d’hier mercredi. Une panne Internet m’a isolé du reste du pays,
me contraignant à un ermitage frustrant et me privant d’un plaisir de vous
rencontrer chaque matin. Désolé !
Le Fumeur de Thé
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