Jeudi 18 Janvier 2007
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L’A5, LE CARRE DE CHOCOLAT
ET LE BISCUIT SEC !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
«Le président iranien a annulé son escale à Alger.»

Qu’il aille se faire pendre ! 

Brouillard sur l’A5. Dense, accompagné d’une petite bruine, un crachin qui rend chaque freinage périlleux. Je suis concentré sur les véhicules qui viennent en face et sur la proximité, à droite, du versant impressionnant des montagnes de Palestro et, sur la gauche, par le contrebas vertigineux. A force de froncer des sourcils, de cligner des yeux, de me protéger des phares aveuglants, je fatigue déjà à la sortie des gorges. Besoin d’un café. Un café fort et chaud. Je le trouve dans le dernier bouiboui à la sortie de Aomar. Ambiance triste et froide. Le thermomètre de bord affiche 4 degrés. Dehors, sur la chaussée boueuse faite de mélasse crasse et de détritus non ramassés, il doit faire entre 3 et 2 degrés.
Pas un de plus. Je m’engouffre dans le café. Il n’y fait pas plus chaud, à moins de me coller au vieux réchaud qui pétarade dans le fond de la salle peinant à remplir son office. Et c’est là, à moins de 100 kilomètres d’Alger, capitale de la culture arabe, dans ce décor de fin du monde, dans cette pénombre accentuée par une aube qui tarde à se lever, au son d’un appareil à café qui donne l’impression de rendre l’âme à chacune de ses expirations de vapeur, c’est là que j’ai trouvé le sens d’un procès. Ou plutôt son non-sens. Le patron, seul à servir derrière le comptoir, une barbe de deux jours lui mangeant un visage pas tout à fait reposé d’une nuit de sommeil apparemment agité engage sans me le demander une discussion. Je dois être une aubaine pour lui, un client à 5 heures du matin, ça aide à dégripper le moulin à paroles, ça ressoude les neurones et ça réchauffe un peu mieux que le vieux réchaud phtisique :
— Wach, tu viens d’Alger ?
L’homme n’attend même pas confirmation et enchaîne :
— Alors, ce procès dialkoum ? C’est pour bientôt ? Il paraît que cette fois-ci, vous allez en finir avec la corruption…
Et l’homme part d’un fou rire terrible, un séisme à l’échelle ouverte de son double menton agité de soubresauts convulsifs. Là, je crois qu’il est enfin réveillé. Du bon pied, celui du bonhomme qui en a sorti une bonne, la vanne qui tue. Son hilarité est contagieuse. Car, dans la foulée, entre deux hoquets, le cafetier me lance :
— Tu sais, mon frère, le jour où la corruption sera réellement combattue, et que tu repasseras par ici pour un café, je te le servirai dans une belle tasse, avec sur le rebord de la sous-tasse un carré de chocolat et un biscuit sec offerts par la maison. J’ai ri. J’ai ri à l’évocation, en ces lieux lugubres de ces petites sucreries, de ce carré de chocolat et de ce biscuit, de ces petites gâteries, de ces petites douceurs d’un autre monde. J’ai ri, tout comme l’homme avait ri à l’évocation goguenarde d’un procès crédible. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

P. S. : Encore une fois, toutes mes excuses pour l’absence d’hier mercredi. Une panne Internet m’a isolé du reste du pays, me contraignant à un ermitage frustrant et me privant d’un plaisir de vous rencontrer chaque matin. Désolé !
Le Fumeur de Thé

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