Monde : GUINEE
Grève générale et des blessés


De nouvelles violences ont fait plusieurs blessés hier lors d'une importante manifestation à Nzérékoré, deuxième ville de Guinée, au onzième jour d'une grève générale illimitée qui faisait l'objet d'une réunion à Conakry entre syndicats et hauts responsables. Avec cette troisième grève générale en un an en Guinée, en proie depuis des années à une crise économique et politique ainsi qu'à des tensions ethniques, l'activité demeurait paralysée hier sur l'ensemble du territoire.
Dans le même temps, face à la détérioration de la situation, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), en sommet vendredi à Ouagadougou, a annoncé l'envoi d'une médiation régionale en Guinée. Les présidents sénégalais Abdoulaye Wade et nigérian Olusegun Obasanjo mèneront "une concertation avec tous les acteurs politiques afin d'utiliser le dialogue et les moyens non violents pour trouver une solution à la crise", a rapporté hier la radio publique burkinabé. Hier matin, une manifestation de 4 000 à 5 000 personnes a été violemment réprimée par les forces de l'ordre à Nzérékoré (sud), selon des sources concordantes locales. "Il y a eu plusieurs blessés dont trois touchés par balle. Ces trois (personnes) sont grièvement blessées", a assuré un notable de la ville sous couvert de l’anonymat. Il s'agit de la première grande manifestation à Nzérékoré depuis le début du mouvement. Aucun autre incident n'a été rapporté dans le pays hier en début d'après-midi. Vendredi, deux personnes avaient été tuées par balle lors de manifestations réprimées par les forces de l'ordre, portant à cinq le nombre de morts depuis le début de la grève générale illimitée. Pour tenter de trouver une issue interne à la crise, une réunion entre l'intersyndicale à l'origine de la grève et de hauts responsables de l'Etat a débuté hier au Palais du peuple, siège de l'Assemblée nationale, à Conakry. Le président de l'Assemblée Aboubacar Somparé, des membres du bureau de l'Assemblée, du Conseil économique et social et de la Cour suprême ainsi que le grand imam de Conakry El Hadj Ibrahima Ba ont entamé des entretiens avec les principaux dirigeants syndicaux vers 13h15 locales (et GMT), a constaté un journaliste de l'AFP. Aucune rencontre n'était prévue avec le chef de l'Etat Lansana Conté, que l'intersyndicale Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG)/Union syndicale des travailleurs de Guinée (USPG) rend responsable de la corruption et des détournements de fonds publics qui nuisent au pays. L'intersyndicale reproche également à M. Conté d'avoir libéré, à la mi-décembre deux proches inculpés de détournement de fonds publics. Les syndicats souhaitent leur retour immédiat en prison. Devant le refus de M. Conté de transiger sur plusieurs points, les syndicats — soutenus par 14 partis d'opposition — ont souhaité cette semaine que soit "constatée la vacance du pouvoir" devant la "dégradation" de l'état de santé du président, âgé de 72 ans et affaibli par un diabète. Vendredi soir, la présidence a annoncé le limogeage du ministre d'Etat chargé des Affaires présidentielles, Fodé Bangoura, numéro deux de facto d'un régime privé de Premier ministre depuis juin 2006. Il a été remplacé par le ministre du Plan Eugène Camara, 61 ans, réputé pour sa modération. Les syndicats assurent que cette mesure n'aura aucune incidence sur le mouvement.

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