Mercredi 24 Janvier 2007
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Monde : IRAK
Moqtada Sadr cherche à éviter un choc frontal avec les Américains


Le chef radical chiite irakien Moqtada Sadr, dont la milice est dans le collimateur des forces américaines, cherche à éviter la confrontation, en réintégrant le processus politique et en passant sous silence les centaines d'arrestations de ses miliciens.

“Une très forte pression s'exerce sur Moqtada Sadr pour qu'il s'intègre réellement dans le processus politique au lieu de s'imposer comme un Etat parallèle”, a estimé un expert irakien, Hosham Dawod, chercheur à l'Ecole des hautes études sociales à Paris, interrogé par l'AFP. “Il est clair que le chef chiite est sur la défensive et cherche une couverture légale, qui lui évitera peut-être un choc frontal avec l'armée américaine”, a poursuivi M. Dawod. “Sinon comment peut-on comprendre son revirement spectaculaire ?” Dimanche, les représentants du courant de Sadr ont annoncé leur retour au Parlement et au gouvernement après un boycott de deux mois, dans un contexte qui ne leur est pas favorable. Plus de 600 membres de la milice de Moqtada Sadr, l'Armée du Mahdi, ont été arrêtés ces dernières semaines, dont le porteparole de cette milice et 16 chefs de groupes armés du quartier populaire chiite de Baghdad, Sadr City, selon l'armée américaine. Et les Etats- Unis viennent d'annoncer l'envoi de 21.500 soldats américains supplémentaires en Irak, alors que Moqtada Sadr milite pour un retrait de ces troupes. Un responsable proche de Sadr a affirmé à l'AFP, sous le couvert de l'anonymat, que “le mouvement était prêt à déposer les armes. L'ordre a été donné de ne pas chercher la confrontation avec les Américains”. “Nous soutenons le gouvernement de Nouri Maliki, et nous ne porterons pas d'armes si le gouvernement assure la sécurité. Nous réalisons bien que nous sommes devenus la cible de la stratégie américaine”, a expliqué ce responsable. Un rapport du Pentagone publié le mois dernier atteste que le courant Sadr est dans le collimateur : “Le groupe qui a actuellement l'impact le plus négatif sur la situation sécuritaire en Irak est l'Armée du Mahdi, qui a remplacé Al-Qaïda en Irak comme l'accélérateur le plus dangereux d'une violence confessionnelle potentiellement durable”, peut-on lire dans ce rapport. La milice, qui compte plus de 60.000 membres selon les chiffres américains, se pose en défenseur de la communauté chiite en Irak, face à la guerre totale menée contre elle par les extrémistes sunnites. Officiellement, le discours des dirigeants sadristes est très légaliste. “La décision de rallier le gouvernement s'explique par notre souci de préserver le processus politique”, a affirmé à l'AFP cheikh Hassan al- Zarqani, porte-parole du groupe Sadr. “Elle n'est aucunement dictée par nos craintes au sujet de notre avenir, après la campagne d'arrestation, ni du sort de la coalition chiite au pouvoir”, a-t-il martelé. Or, selon Hosham Dawod, “des informations concordantes indiquent que des chefs zélés de l'entourage de Moqtada al- Sadr sont visés” par les Américains. “Par mesure de protection, certains chefs de sa milice sont rentrés dans la clandestinité ou sont passés à l'étranger”, a-t-il indiqué. Joost Hiltermann, expert de l'International Crisis Watch (ICW), est de cet avis : “La décision du groupe Sadr de rallier le gouvernement a été prise au bon moment, car elle permet de mettre à l'abri ses dirigeants politiques, tandis que les miliciens ont disparu dans la nature”. Quant au Premier ministre Nouri al-Maliki, élu avec le soutien de Moqtada Sadr, il est fréquemment rappelé à l'ordre par les Américains sur la question des milices. Pour M. Hiltermann, sa position “reste difficile” car, pour survivre, il doit louvoyer entre des alliés chiites encombrants et ses parrains américains.

“Ali le Chimique” refuse de s'exprimer à la reprise du procès
Le cousin de Saddam Hussein, “Ali le Chimique”, accusé avec cinq autres responsables de l'ancien régime de génocide contre les Kurdes, a refusé de s'exprimer hier, à la reprise de leur procès à Baghdad. A l'ouverture des débats, après une pause de 12 jours, le juge Mohammed al-Oreibi al-Khalifa a donné la parole aux accusés, mais a essuyé un double refus. “Je ne ferai aucune déclaration au tribunal, tant que je n'aurai pas pu voir mon avocat”, a déclaré Ali Hassan al-Majid, dit “Ali le Chimique”, sans autre explication. Une position suivie par Sabir al-Douri, ancien chef du renseignement de Saddam Hussein. Le juge a alors éteint les microphones et une discussion au ton vif s'est engagée entre le tribunal et les deux hommes. Les accusés risquent la peine de mort si leur responsabilité est prouvée dans les opérations militaires Anfal, menées en 1987 et 1988 au Kurdistan (nord), au cours desquelles 180.000 personnes ont été tuées dans des exécutions de masse ou des bombardements chimiques, selon l'accusation.

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