La “révolte des pingouins” de ces dernières semaines au Chili contre le système éducatif a le mérite de révéler l’existence d’une société profondément inégalitaire. Un autre exemple de cet état de fait est le système de retraite basé sur les fonds de pension, qui est proche de la faillite. Le Chili (après l’Argentine, avant que celle-ci ne “tombe en faillite”) est le meilleur élève de la Banque mondiale, du FMI et des économistes libéraux. Bien que faisant partie du Mercosur (accord économique en Amérique latine), il a signé un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Dans le “nouveau visage” de l’Amérique latine et ce “virage à gauche” comme l’appellent certains (avec Chavez au Venezuela et Morales en Bolivie), il se place à droite, rejoint par Lula du Brésil, Kirchner d’Argentine et Garcia au Pérou. Car si ses indicateurs économiques sont au vert, au niveau social la situation est catastrophique, à côté d’une classe moyenne qui profite des réformes libérales, la majorité de la population vit dans des conditions peu réjouissantes. Le Chili a vécu dans les années 1960, avec Salvador Allende, un processus politique de révolution socialiste démocratique, processus interrompu par le coup d’Etat militaire de Pinochet (et des Etats- Unis). Dès lors, comme en Argentine, parallèlement aux assassinats, au niveau économique, les militaires ont appliqué une politique libérale de déréglementations et de privatisations. “"La révolution néolibérale" a divisé le pays en deux : d’un côté, les dirigeants politiques, l’armée et la bourgeoisie d’entreprise ; de l’autre, les exclus de la prospérité. En 1988, plus de la moitié des habitants du grand Santiago étaient (considérés) comme "pauvres", par ailleurs l’ultralibéralisme a créé ses nouveaux déclassés : petits commerçants, enseignants, employés.” Néanmoins, cette irruption des “pingouins” dans les rues et sur la scène politique s’inscrit dans un contexte de renouveau de conflits. Les pingouins, première génération post-dictature, et largement soutenus par la population, sont peut-être en train d’ouvrir un autre chemin dans l’histoire du Chili. Les Chiliens avaient d’abord plébiscité les droits de l’homme (dans le retour à la “démocratie”), en laissant pour plus tard la justice sociale. Ce “plus tard” est peut-être arrivé.
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