Mercredi 24 Janvier 2007
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Panorama : DECODAGES
ECONOMIE
Un nouveau cours ?
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


Il est incontestable que les options économiques de Bouteflika sont en train de prendre un nouveau cours. Sans parler encore d’une vision élaborée, cohérente et facilement identifiable, on peut déceler dans la démarche économique officielle de ces trois dernières années des mesures qui marquent le retour de l’Etat comme principal acteur de la vie économique nationale.
Certes, le choix de l’économie de marché n’est pas remis en cause mais le libéralisme économique prôné au début de sa première mandature, par ses économistes-ministres, semble avoir fait long feu. Et c’est tant mieux ! Rappelons-nous d’abord la déclaration de Bouteflika lui-même à la fin de l’année 1999 : “Je suis un libéral... L’Etat-providence, c’est fini !” Son ministre des Finances de l’époque renchérissait : “L’Etat doit ôter ses mains de l’économie !” ou encore un peu plus tard : “Les Algériens doivent mettre les mains à la poche”, à propos des tarifications de l’eau, gaz et électricité ou celles des soins de santé que le ministre des Finances trouvait trop basses. De même, à propos de la mise à niveau des entreprises algériennes dont tout le monde reconnaissait la faible performance et l’absence de compétitivité, le ministre des Finances déclarait : “Il appartient aux entrepreneurs de la financer et non pas à l’Etat !” Le ministre des Participations pour sa part déclarait à tous vents : “Toutes les entreprises publiques sont privatisables.” “Encore faudra-t-il trouver des repreneurs de toute cette vieille quincaillerie !”, précisait-il en présence des ministres des Finances et de l’Energie devant un parterre de journalistes. Enfin, qui ne se souvient de la ténacité avec laquelle le ministre de l’Energie, soutenu notamment par le ministre des Finances de l’époque, se bagarrait pour faire passer sa “loi sur les hydrocarbures” qui libéralisait et privatisait le secteur pétrole et gaz ? S’agissant des politiques de relance de type keynesien que le président de la République s’apprêtait à mettre en œuvre, le ministre des Finances les déclarait inappropriées et inefficaces. La capacité d’absorption de notre économie étant faible et l’offre interne étant rigide, le multiplicateur allait jouer à l’extérieur. 2001, la réorientation de la politique économique est entamée d’abord par la mise en œuvre du premier plan de relance 2001/2003 et le Plan national de développement agricole (PNDA). Deux programmes publics d’équipement du pays très attendus. Les résultats sur la croissance économique sont là : +5% par an en moyenne. 2005, rebelotte. On adopte un second plan de relance procyclique nettement plus consistant qui fait chuter le taux de chômage, rattrape une partie des déficits d’équipement du pays, fouette l’activité économique. La loi sur les hydrocarbures, qui libéralisait totalement ce secteur stratégique, est mise au placard. Bouteflika déclare : “Je considère que notre génération est incapable de construire l’économie de l’après-pétrole, j’ai donc décidé de préserver nos ressources en pétrole et en gaz pour nos générations futures.” L’Etat reprend les leviers de commande du secteur de l’énergie. De même, la privatisation annoncée de l’ensemble des entreprises publiques est remise en cause par Bouteflika qui décide que les grosses entreprises publiques “difficilement constituées” resteront entre les mains de l’Etat même si l’ouverture de leur capital peut être envisagée. Bouteflika va plus loin encore et ordonne l’élaboration d’une nouvelle stratégie industrielle dont le socle sera constitué par les plates-formes industrielles publiques existantes et dans la mise en œuvre de laquelle l’Etat va jouer un rôle prépondérant. Enfin, et pour ne citer que les décisions les plus importantes, dans le domaine social un fonds de réserves pour le financement des retraites est institué qui confirme bien la poursuite de la politique de protection sociale. Bien évidemment, ce retour de l’Etat dans les politiques macro-économiques actives et dans la relance de l’économie est une bonne option, une option juste. Il faut, cependant, éviter de retourner à l’étatisme des années 1970 et, au contraire, accélérer le rythme des politiques structurelles qui doivent instaurer la régulation indirecte, les mécanismes de marché, les contraintes d’efficacité et la consolidation de l’entreprise privée. Dans tous ces domaines, force est de constater qu’il n’y a pas de feuille de route, qu’il n’y a pas d’initiative, qu’il n’y a même pas de débats ! Bouteflika parle bien, et a satiété, de l’après-pétrole, mais personne ne sait quel en est le contenu, ni comment y arriver. Nous avons même l’impression qu’il est dans la sphère officielle le seul à en parler, le reste de la troupe ayant du mal à suivre. Pourtant, les chefs de gouvernement qui se succèdent ne cessent de marteler qu’ils sont là pour “appliquer le programme du président” ! Le connaissent-ils vraiment ? Arrivent-ils vraiment à le décrypter ? Combien de fois, par exemple, n’a-t-on entendu, à la télévision, Bouteflika appeler à la mise en place de grandes écoles pour la formation de cadres compétents et qualifiés dans les différents domaines ? Où sont ces écoles ? Combien de fois a-t-il émis des doutes sur la capacité de nos institutions à produire des informations économiques et des statistiques fiables et utiles à la décision ? Qu’a-t-on fait à ce jour pour doter le pays de vrais outils d’aide à la décision : instituts d’analyse de la conjoncture, recensement économique, régionalisation de l’appareil statistique, formation de prévisionnistes et d’analystes économiques... ? Quand l’appareil d’Etat sortira-t-il de son immobilisme ?
A. B.

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