
Périscoop : BAZOOKA Nairobi : 7ème FSM (3) PAR MOHAMED BOUHAMIDI mbouhamidi2001@yahoo.fr
Au cœur de ce 7ème forum mondial, un vent de fraîcheur. Des ateliers de jeunes ont procédé à la lecture de passages des œuvres de Frantz Fanon. Ce n’est pas un simple hommage à la profondeur et à la pertinence de ses textes sur le rapport colonial et les contenus sociaux, psychiques et philosophiques des luttes anticoloniales. D’une part, ses œuvres ont éclairé les processus de la libération dans leurs profondeurs les plus extrêmes, d’autre part elles ont esquissé les tendances lourdes d’un abandon progressif du message libérateur par les élites des Etats post-coloniaux. Il avait prévu ce retour massif vers les anciennes métropoles par l’incapacité des élites nées de ces combats de les mener jusqu’à leur terme pour des raisons de classe ou des raisons psychologiques, par une sorte de prolongement du complexe du colonisé avide de la reconnaissance de l’ancien colon. Cette perspicacité sur les motivations des élites formées par les luttes de libération explique pourquoi les pouvoirs post-indépendance ont enterré l’étude de sa pensée sous des hommages factices. Par un autre côté, cette lecture de Fanon indique aussi que la condition de damnés de la terre n’a pas disparu pour les Africains tant les nouveaux rapports reconduisent les mécanismes de la domination coloniale et de son unilatéralisme. Les rapports néo-coloniaux sont autrement plus subtils et plus difficiles à combattre. Les aides aux Etats africains ont servi, au vu et au su de tout le monde, à entretenir et corrompre des castes dirigeantes chargées de maintenir les pays africains sous la coupe des anciennes puissances coloniales. Il est clair qu’il n’existe aucune perspective de développement durable pour l’Afrique à l’intérieur de ces rapports, si tant est qu’on accepte le concept de développement durable pour sincère et non, comme je le crois, pour un concept créé pour désamorcer les luttes pour la souveraineté sur les ressources naturelles et jeter la confusion sur les véritables ressorts du sous-développement. M. B.
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