Actualités : PROCES KHALIFA
Londres n'approuvera pas le casting de Blida
De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari


Vu de Bruxelles, le procès Khalifa n’est pas, à vraiment dire, un exemple convaincant de justice ou de droit. Si dans la forme, le déroulement des auditions est satisfaisant — trop satisfaisant même pour ne pas être suspect — dans le fond, cependant plusieurs anomalies sont relevées par les observateurs.
Le casting est, selon eux, contestable. Plusieurs personnes/ personnalités citées comme “témoins” auraient mérité un sort moins “enviable”. Celui de prévenus leur était tout désigné. Plusieurs pivots de l’affaire manquent à la liasse : Moumen Khalifa, les frères Keramane — concernant ces derniers, l’on s’étonne, toujours, qu’ils aient pu disparaître, comme ça de la nature algérienne sans que ni les services de sécurité, ni la justice, ni les pouvoirs publics ne s’en aperçoivent — et bien d’autres encore. Si Blida s’enlise, dit-on ici, c’est parce que, précisément, ceux qui sont entre les mains de Mme Brahimi ont le moins de choses à dire et ceux “qui savent”, en étant coupables ou innocents, sont ailleurs. Il est évident, aux yeux des juristes consultés sur place, ici, que la vérité de ce que l’on appelle, pompeusement, le “procès du siècle”, n’éclatera pas par les interrogatoires d’un notaire à l’automne de sa vie, d’un clerc, d’une secrétaire, de quelques vigiles et de Lakhdar Belloumi. La présidente du tribunal n’est pas à mettre en cause, en l’occurrence, elle dirige comme elle peut les débats, il reste, cependant, que la façon dont l’arrêt de renvoi a ficelé le dossier plombe, carrément, le procès de Blida. Il y a, ça saute aux yeux, un problème réel de casting. Ce qui, sans doute, confortera la justice britannique à ne pas accorder au gouvernement — son gouvernement — le droit d’extrader Abdelmoumen Khalifa vers l’Algérie. Parce que, qu’on l’accepte ou pas, qu’on le reconnaisse ou pas, la justice du Royaume-Uni est l’une — avec celles des pays scandinaves — des plus indépendantes et des plus rigoureuses qui existe sur la planète. N’importe quel juge où qu’il soit sur le territoire britannique, pourra mettre en avant les nombreuses anomalies laissées, béantes, par la justice algérienne pour refuser que A. Khalifa lui soit livré. Dès le départ, d’ailleurs, la partie algérienne (pouvoirs publics et justice) a commis de nombreux impairs dans sa démarche par rapport aux Anglais. Ce sont, par exemple, des politiques algériens qui ont demandé le “tête” de Khalifa à leurs homologues du Royaume-Uni. Ce qui, manifestement, n’est pas un signe de bonne santé “judiciaire”. Lorsque c’est Tayeb Belaïz, ministre, qui demande à son collègue de la Perfide Albion d’extrader Abdelmoumen Khalifa, cela s’appelle, sur les bords de la Tamise, une interférence du pouvoir politique dans les affaires de la justice. Et c’est scandaleux. L’on se demande, maintenant que Blida a ouvert ses portes, pourquoi ce ne sont pas des magistrats algériens, de préférence les magistrats instructeurs, qui ont entrepris les démarches auprès de leurs pairs britanniques pour demander, en présentant un dossier solide, que Khalifa soit jugé en Algérie. Au lieu de cela, nous avons eu droit à une série, ridicule, de déclarations d’hommes publics algériens, diplomates en poste et ministres, pérorant à qui veut les entendre que le golden boy allait sous peu, incessamment ou peut-être bien avant, être remis aux autorités algériennes. Comme si le Royaume-Uni allait, obtempérer soudain, aux oukases de Belaïz ou d’un autre. Résultat : plus que jamais, la justice britannique protégera Abdelmoumen Khalifa, en évoquant seulement les nombreux impairs de la partie algérienne. Relevons, tout de même, que la France ou l’Espagne, pour les cas de Rachid Ramda ou Augusto Pinochet, n’étaient jamais intervenues auprès des Britanniques comme Etats ou gouvernements. C’étaient des domaines de compétence des juges : le Français Bruguière et l’Espagnol Garçon. A. M.



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