
Panorama : KIOSQUE ARABE Grandeur et décadence des idoles Par Ahmed HALLI halliahmed@hotmail.com
Comment un homme adulé, porté aux nues il y a à peine six mois,
peut-il se transformer en monstre sanguinaire, ennemi des Arabes? Au
mois d'août dernier, le Libanais Hassan Nasrallah était l'idole des
foules à Belcourt et à Oued- Koreiche. Pour les fanas de la marche
arrière, il avait réussi à ramener le Liban là où il devait être : au
même niveau que tous les autres.
C'est tout de même intolérable qu'un
pays arabe veuille vivre mieux et avec plus de libertés que tous ses
autres voisins. Nasrallah était donc le champion rêvé pour accomplir la
plus possible des missions : tirer tout ce beau monde vers le bas.
Seulement, il en a trop fait, le Nasrallah ; et allumer un vaste feu à
Beyrouth ne suffit pas à dissimuler les préparatifs d’incendie des
pyromanes de Téhéran. De plus, il n'a pas tenu compte des risques
d'affrontements entre sunnites et chiites et il y en a eu
malheureusement. Le plus ultra des religieux chiites a fait vibrer la
corde sunnite, déjà bien tendue depuis le simulacre d'exécution de
Saddam. Depuis, le chiite arrogant et lançant des défis à Israël a chuté
dans les sondages de quartiers. La rue arabe lui tourne ostensiblement
le dos. Tous les supporters de football qui clamaient son nom reviennent
à nouveau vers nos chères vedettes aux jambes lourdes. Le verdict
populaire est tombé : le chiisme ne passera pas, et surtout pas dans nos
écoles. Pour faire place nette et laisser le champ libre au
fondamentalisme wahhabite, les quelques trublions qui se piquaient de
chiisme on été interdits de redoubler. Seuls les bons enseignants,
nourris de "salafisme" pur et dur, pourront désormais imprégner nos
chers petits de la substantifique moelle. Celle qui empêche durablement
l'érection des neurones et la fébrilité des cortex. Pour assurer le
succès de cette entreprise et lui conférer un cachet authentiquement
algérien, les responsables de nos déboires éducatifs ont encore innové :
les cours de la matinée et de l'après-midi seront désormais ponctués par
une séance de lever des couleurs. De quoi donner une indigestion de
nationalisme à nos chérubins qui auront ainsi tout le loisir de
disséquer le politique du religieux. Une fois la question du
nationalisme évacuée, si j'ose dire, dans le cadre des programmes
éducatifs, il faudra penser à l'avenir. Réfléchir à la question de
l'emblème national et de ses composantes. Pas question de recourir au
drapeau saoudien, déjà propriété exclusive et inaliénable du FIS et de
ses avortons, élus au suffrage universel. Il faudrait peut-être
réfléchir à une solution intermédiaire : garder les couleurs actuelles
défraîchies par une exposition trop longue aux intempéries et leur
ajouter quelque chose. Je vois bien une épée turque, façon janissaire
avec une inscription sur le plat proclamant la résurrection du califat
ottoman qui fit régner la lumière et la prospérité dans ses harems. On
pourra y ajouter une inscription à la gloire de Dieu, comme le fit cet
opportuniste de Saddam. On pourra alors célébrer sans honte le culte du
"dirigeant martyr" que prônent tous les journalistes nostalgiques des
largesses proverbiales du Raïs (1). Sur ces entrefaites, les théologiens
les plus en vue du sunnisme et du chiisme se sont réunis à Doha,
capitale du Qatar, autre nom du porte-avion américain stationné dans le
Golfe. Selon ses initiateurs, dont le cheikh Karadhaoui, pacifiste de
fraîche conversion, il s'agissait d'établir un dialogue durable entre
les deux grandes familles de l'Islam. Il y a eu dialogue, en effet, mais
du genre qu'échangent des guerriers sur le champ de bataille.
Heureusement que tout ce beau monde avait été fouillé à l'entrée, sinon
la conférence aurait viré au massacre. L'empoignade verbale a été
particulièrement virulente, comme le rapportent les médias. Doha n'a pas
accueilli des hommes de religion mais des émissaires de leurs pouvoirs
respectifs, dûment mandatés pour empêcher l'impossible entente. La
conférence de Doha a ainsi tourné à la lutte d'influence de deux
courants négationnistes. Le premier, sunnite wahhabite, qui ne voit dans
le monde musulman qu'un troupeau de fidèles asservis à la ligne "salafiste".
Le second, chiite, qui réfute toute autre doctrine "kharédjite", hors la
ligne dirigeante des duodécimains. Tout ceci sur fond de tueries et de
massacres en Irak. Résultat : la conférence de Doha a accentué les
dissensions au lieu de les réduire. Ceux qui sont tentés de voir
derrière cet échec les mains réunies de la CIA et du Mossad n'ont pas
entièrement tort. Si de telles joutes (2) avaient été préparées et
animées, en sous-main, par les deux services secrets, le résultat
n'aurait pas été aussi probant. Encore une fois, Bush a des raisons de
ne pas désespérer des Arabes. Ils se comportent exactement, conformément
aux plans américains. Car, au final, l'objectif de Bush et de l'Amérique
n'est pas d'instaurer la démocratie dans le monde arabe. "C'est trop
bien pour ces gens-là", doit-il se dire in petto. Et puis,
connaissez-vous un meilleur endroit pour y déverser les surplus de la
civilisation industrielle ? C'est là le discours que Bush tient en
filigrane aux Arabes lorsqu'il s'adresse à ses concitoyens. Les Anglais,
ses alliés, eux qui se prennent pour la première démocratie du monde et
pensent avoir réglé le problème du communautarisme sont en passe de
déchanter. Leurs efforts pour intégrer les musulmans de Grande-Bretagne
sont en train d'aller vers l'échec. L'année dernière, les autorités
avaient déjà tiré la sonnette d'alarme en reprochant aux imams du
royaume de ne pas faire d'efforts suffisants pour enrayer le terrorisme
islamiste. Ce qui, en clair, signifiait que les hommes du culte
encourageaient tacitement ou activement le terrorisme à défaut de le
combattre. Le magazine Elaph s'est fait, par ailleurs, l'écho d'un
incident qui a eu lieu en début de cette année et qui pourrait avoir un
effet boule de neige. Comme on le sait, les responsables de la police
londonienne essaient d'intégrer des femmes policières dans leurs
effectifs. Dans le souci de séduire, ces messieurs avaient même été
jusqu'à proposer aux futurs "conscrits" une "tenue islamique", conforme
au nouveau dogme. Le chef de la police pensait avoir donc réglé un
épineux problème lorsqu'il s'est rendu récemment dans une école de
police pour présider la sortie d'une promotion féminine. Le directeur de
l'école l'a informé toutefois d'un casse-tête de dernière minute.
L'unique élève musulmane de la promotion refusait de se plier à la
poignée de main traditionnelle, par conviction religieuse. De plus, elle
ne voulait pas figurer aux côtés du responsable pour la non moins
traditionnelle photo souvenir. Des collègues de la policière ont
expliqué qu'elle croyait à son premier devoir qui est de défendre la loi
mais en cas de choix, elle opterait pour ses devoirs religieux. Ce qui
fait dire à notre confrère qu'il va être bien difficile pour cette jeune
fille de faire son travail de policière. "Comment réagira-t-elle si elle
est en face d'un homme pris d'un malaise cardiaque et qu'elle est
obligée de lui faire un bouche-à-bouche ? Est-ce qu'elle se déshabillera
et se jettera à l'eau pour sauver un homme de la noyade comme on le lui
a enseigné ?", interroge-t-il. Il ne faudra pas s'étonner que les
Britanniques se méfient des ces musulmans qui veulent bien des avantages
sociaux de la citoyenneté mais qui refusent de se mouiller.
A. H.
(1) Notre amie Raja Benslama s'est étonnée de la propension des
Arabes à vouer un culte à leurs tyrans les plus sanguinaires. Comme tous
les psychologues amateurs, je suis tenté de chercher des origines arabes
au masochisme.
(2) Je ne sais pas pourquoi mais de telles réunions me font penser au
poème tragicomique de Nicolas Boileau sur la "Bataille du lutrin" qui
met en scène des curés de l'autre bord.
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