Mardi 30 Janvier 2007
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GHANIA, MOHAND, LOTFI, SALIMA ET LES AUTRES !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

«Il est peut-être possible d’acheter un petit journaliste avec un bon repas et un bon d’essence, mais il est encore plus facile d’acheter un gouvernement avec des tickets de thalasso et un billet d’avion.»

Dicton vachement populaire

Onze ans. Onze ans que ce bruit dure dans ma tête. Il y a une décennie et des poussières de bombes, je travaillais encore à la Radio Chaîne III lorsque l’information est arrivée à la rédaction. Attentat à la voiture piégée contre le commissariat du boulevard Amirouche. C’est Ghania, que Dieu lui prête encore longue vie, qui s’y est collée. Presque instinctivement. Elle a dit : «J’y vais !» Je ne sais plus qui d’autre est parti en même temps qu’elle. Beaucoup l’ont rejointe, ensuite. Au début, nous n’avions que cette information de la voiture piégée lancée contre le bâtiment de la DGSN. Puis, Ghania et les autres ont commencé à appeler. Toutes les minutes. Presque en continu. Un bus pris dans l’enfer. Un bus bondé. Mohand et Lotfi. Les noms me reviennent par bribes. Ils étaient eux aussi sur place. Et avec Ghania, hagards, plombés par l’horreur, ils comptaient les corps, ou plus exactement les «restes», les masses informes, déchiquetées et parfois carbonisées. Tout cela ne peut pas ne pas avoir laissé de traces sur nos corps aujourd’hui, sur nos êtres de morts-vivants. Ce que les tangos n’ont pas réussi à faire, la maladie tente de l’achever aujourd’hui. Que Dieu prête longue vie à Ghania, Mohand, Lotfi et tous les autres. Nacer, Badro, Salima, presque arrimés aux engins de l’armée qui déminaient les champs de Ouled-Allal. Des engins énormes, de plusieurs tonnes, soulevés comme des fétus de paille à chaque explosion. Onze ans que d’un boulevard au nom de héros de la guerre, les amis de Anouar Haddam ont fait le boulevard de la mort. Onze ans pour en arriver aujourd’hui à décerner à ceux qui ont creusé un cratère de plus de deux mètres et quelques soixante tombes d’innocents le titre glorieux de «valeureux combattants». Je ne comprends pas. Dans un contexte actuel de justice, de méga-procès, je ne comprends pas. Pour paraphraser en partie le ministre des Finances, le contexte n’est-il pas propice aujourd’hui pour amener à la barre tous ceux qui ont glorifié et magnifié les auteurs de l’attentat du boulevard Amirouche ? Lorsqu’on dit de ces assassins qu’ils sont de valeureux combattants, on n’est pas moins condamnables que Haddam. Et l’on doit en répondre. Normalement. Dans un Etat de droit. Dans un système qui ne condamne pas un caissier en laissant libres tous ceux qui puisaient dans la caisse. Dans un Etat, tout simplement. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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