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La Tunisie interdite aux Algériens de moins de 30 ans.
Et l’Algérie interdite aux
…Algériens de tous âges !
Il en est ainsi de notre quotidien. Il est réglé sur le tempo des lignes
peintes de toutes les couleurs par les GML, les Grands Maîtres des Lignes. Un
jour, on oblige le commun des Algériens à ne pas franchir les lignes vertes,
afin de ne pas gêner les frères arabes venus tailler bavette à Alger. Un autre
jour, on trace aux pieds des avocats et des justiciables des lignes rouges à ne
franchir sous aucun prétexte sous peine de se voir retiré de la circulation pour
un long moment. Un autre jour on montre du doigt une ligne bleue et l’on jette
sur tous ceux qui s’en approcheraient d’un peu trop près l’anathème de «hizb
França». Un autre jour encore, on interdit aux Algériens de franchir à reculons
une ligne noire, de la couleur d’une décennie que les GML voudraient effacer des
mémoires coûte que coûte. Un autre jour encore, ce sont nos épouses et nos
filles que les GML voudraient faire marcher sans dévier d’un pouce sur des
lignes grise, beige, marron, aux couleurs de ces hidjab, véritable muraille
mouvante et asexuée. Bref ! Vous l’aurez compris, il est devenu extrêmement
difficile pour les Algériens de marcher sans risquer de se prendre les pieds
dans une ligne de couleurs ou, pis, dans un entrelacs de lignes multicolores et
vicieuses. Un comble lorsqu’on sait que depuis près d’un demi-siècle, ceux qui
nous dirigent n’ont jamais clairement donné l’impression d’avoir une ligne
tracée dans leur manière de nous gouverner. Géomètres improbables, ils font
penser à des enfants à qui l’on donne pour la première fois une feuille de
papier et des feutres, et à qui l’on demande de dessiner. Ils gribouillent. Et
nous, leurs parents, nous nous extasions, car ce sont nos enfants. Mais ce que
nous acceptons de nos enfants, nous ne sommes pas obligés de le tolérer
d’adultes payés pour nous ouvrir des espaces de vie et d’espoir, pas pour nous
obstruer la perspective à coups de lignes dont la profusion cancéreuse fait de
plus en plus penser à une immense cage. Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue.
H. L.
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