Culture : LE COIN DU CHAABI ET DU MELHOUN
EZZINE EL FASSI (la beauté de Fès)


Après un texte plutôt amer de Mohamed Benslimane, nous parlons aujourd’hui de la beauté des filles de Fès. Natif de Fès, ce bouillonnant poète s’est laissé griser à travers un de ces poèmes dont nous parlons aujourd’hui. Il est à noter que le “moi” des poètes du melhoun est très fort à l’instar des grands poètes arabes. Le vocabulaire puisé dans les termes guerriers sont purement symboliques car ils sont signe de virilité, de bravoure et tant de vertus masculines. Il ne faudrait pas voir dans cette “vantardise” une quelconque prétention. Les poètes s’affrontaient à coups de vers assimilés à des épées dans l’arène de la poésie. Bien que pieux et ayant une connaissance profonde du Saint Coran, ils ne s’écartaient pas de la joie de vivre en signe de gratitude envers le Créateur.
El ‘harba (Refrain)
Ya ahl ezzine el fassi,
saffou medjmaâkoum ou
bayôuu el soltane el
mechouar
Ô vous épris de la
beauté de Fès, alignez-vous
et faites allégeance à
la sultane du méchouar.
A’ksam (couplets)
Tah fe eddadj enaâssi
men sdou’d elli houah
sakni aâla ‘kalbi yenfar
Kif naâmal ya nassi
ouel houa recchani h’amlou
thkil chella ma nasbar
La doua yanfaâ bassi
la tbib nkoulou hadha
‘hkim bel ‘kasd ykhabbar
Aâlach ya ghorbat rassi
yefna aâdhmi men hers el
fra’k bel aâtf yendjber
Mon sommeil s’est
égaré dans la nuit par l’absence
de celui que mes
tréfonds ont aimé et qui
fuit mon cœur. Que dois-je
faire mes amis, l’amour
m’a anéanti et son poids
est au-dessus de ma
patience ? Aucun remède
ne guérit ma tristesse et
aucun guérisseur n’est
venu m’annoncer son
retour. Pourquoi dans
cette perte mes os se cassent
sous les coups de la
séparation alors que la
compassion de mon
aimée les ressouderait.
Bel m’hassen tounassi
kan ghab aâla aâyni men
houit fi ‘kalbi yahdhar
Fi aâdhaya ouessouassi
ila ighib aânni saaâ
n’koul ellaâss hadha ghir
eghdar
Ou sadni lermassi ou
kadhalik essoltane ila
idjour yakhtal ma yahtar
Ouala iberred megbassi
ghir erri’k el fassi elli
yatkhabbal men thgher le
thger
Ya el ouerd seggelmassi
fi ryadh essoltane
elli houit el aârbi yansar
Ses splendeurs me
rassurent mais si ma bienaimée
se soustrait à mes
yeux, je la retrouve dans
mon cœur. Mes tourments
envahissent mes
membres et si elle s’absente
une heure, je pense
qu’elle m’a trahi. Elle est
venue me chasser du fond
de mes tripes tel le sultan
qui opprime et trahit sans
détours. N’apaise ma
flamme que la salive de
Fès qui se mêle de
bouche en bouche. Ô toi
la rose de Sidjilmassa
dans le ryadh du sultan
arabe que je vénère et
que Dieu assure son
triomphe
Ya elli ‘kalbou gassi la
tloum el aâche’k fi ‘halet
lehoua sellem ouaâdhar.
Sat rihou feghrassi
ouendhmer boustani oue
etta’hatmou ghsanou baâd
ezhar. Ya tra houli nassi
Beessrour emaâya deg el
mgam oue esser yendmer.
Baâd houli oue
ehouassi ya allah edjmaâ
chemili belghzal besousalou
nedhfar. Ila a’hdhar
dhaï eghlassi. Nennal
ghardhi yekmel ferhi maâh
oue eddef yentegar.
Ô toi au cœur dur, ne
blâme pas l’amoureux,
incline-toi et compatis. Le
vent (de l’amour) a fouetté
les plantes de mon jardin,
les branches se sont brisées
et sont tombées
après avoir fleuri. Se peutil
que j’oublie mon chagrin
avec la joie des retrouvailles
quand l’ennui s’enfuira
? Après ma tourmente
et mon envoûtement,
fasse que Dieu nous
réunisse et que je profite
de la compagnie de ma
gazelle. Quand apparaîtra
l’étincelle dans ma nuit,
mes vœux seront exaucés
et nous partagerons la joie
sous les percussions du
tambour.
Nerslek ya re’kassi ila
aousalt elm’kam elli houit
aâouadli lakhbar. Fe
edheb dert en’hassi. Malki
ma ‘hafani dja el mersmi
baâd ahdjar. Far’hna bih
emouassi . fi bsat aâli
mnazah ou letyar ouel
ghani yahdar el oôud
ouettar khmassi oue errbab
aâla el fayat fe ezzman
yebki oui ifakkar.
Lelhoua ‘koumt ebrassi
aâla ezzahou oue esselouane
aâla eddouame
dima ma yefter.
Je t’envoie ô mon messager
et si tu arrives au
repaire de celle que j’aime
dis-le moi. J’ai troqué le
cuivre contre l’or et celui
qui m’a conquis est revenu
chez moi pour y apporter
la joie. Sur nattes étalées
sur les terrasses, les
oiseaux roucoulent, le
chanteur qui déclame sur
les airs du luth de concert,
le rbab pleurant le passé
et le faisant revivre. J’ai
assumé l’amour pour que
la jouissance et l’allégresse
se prolongent sans
trêve.
Fel ou^ta dert elsassi
khoudh ya ‘haffadhi hella
ou soul biha oue estefkhar.
Sigh ‘koul el goussassi
addaâiï darha men
la yenkar bel maâni tedjnassi
soltania hadhi semmitha
ou moulaha yahdar
Ragti fi tekyassi benslimane
asmi lel dja’hdine dharbi
fel men’har dart fi yeddi
medaâssi rfedt sifi oue
erkebt aâla djouadi faye’k
aâla el bder
Hour nassou ‘kortassi
saheb el khe^toua ‘kerrab
el biîd oue ifettet lahdjar
Habt bel ouerd ouissassi
oue esslam aâla nassi oue
el dj’hid khellih emkedder.
Ya el aâtek lenfassi
djirna men houl eddounia
ou baâdha houl el ma’hchar.
J’ai mis mes racines
sur les étendues ô toi qui
comprends cette parure
de poésie dont tu dois te
vanter.
Dis ces mots du poète
dont la pièce a été écrite
par celui qui ne renie pas.
Serties de maximes, royale
baptisée et celui qui
s’en réclame en parle (fièrement).
Mon éloquence
vient de ma sagesse. Mon
nom est Benslimane et
mes coups visent la
gorge.
J’ai pris mon bouclier et
mon épée, j’ai enfourché
un destrier plus beau que
la pleine lune d’une race
pure comme une page
blanche celui dont le trot
rapproche le lointain et
pulvérise la pierre j’ai
étouffé ma peine avec des
roses.
Mon salut va aux miens
et que celui qui m’ignore
demeure dans sa tristesse.
Ô toi l’Indulgent avec
nos âmes épargne-nous
des souffrances de ce
monde et du Jugement
dernier.

Dr Rachid Messaoudi

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