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«Pour fêter sa libération, cheb Mami va organiser un grand
concert. Les journalistes sont cordialement invités.»
Même les femmes photographes ?
Dans la série «L’Algérie avance à coups de phrases énigmatiques », le
palmarès vient de s’enrichir grâce au ministre de la Kom. Hachemi Djiar a
annoncé que le secteur audiovisuel sera ouvert au privé «tôt ou tard,
l’essentiel étant de ne pas brûler les étapes». Ceux qui voudraient décoder ce
genre de messages très certainement crypté au 3e degré doivent commencer par
faire une chose très importante : annuler tous leurs rendez-vous et engagements
pour la journée. Mon petit doigt me dit même qu’ils risquent d’y passer plus
d’une journée. Commençons donc par la première partie de l’énigme, avec ce «tôt
ou tard». On est bien obligé de poser la question, ou plutôt les questions :
est-ce que c’est plus proche de «tôt» que de tard ? Ou l’inverse ? Quand le
ministre dit «tôt», est-ce qu’il sous-entend «tôt» tout court ? Très «tôt» ?
Moyennement «tôt» ? Relativement «tôt» ? Ou pas trop «tôt» quand même ? Et
lorsqu’il dit «tard», faut-il comprendre pas trop «tard» ? Juste à temps pour
arriver pile à l’heure sur le «tard» ? Très «tard», car les bonnes choses savent
se faire attendre ? Ou assez «tard» pour que ni nous ni nos enfants ni nos
petits-enfants espèrent voir un jour l’ouverture de cet audiovisuel ? Ceci pour
la première partie de l’énigme. Pour la seconde partie, je vous demande, non
plus seulement d’annuler vos rendez-vous du jour, mais carrément tous ceux de la
semaine : «Il ne faut pas brûler les étapes !» a dit le ministre. Moi, je dis
qu’il doit y avoir un quiproquo. Peut-être que Monsieur Djiar a interverti ses
fiches et a lu un discours qu’il avait écrit à l’attention de la gazette des
pompiers. Parce que franchement, je ne vois pas pourquoi il parle de «brûler» de
pauvres étapes inoffensives à des journalistes qui ne demandent que la
libéralisation de l’audiovisuel ? Ça n’a pas de sens ! Si l’on avait accusé les
confrères français d’avoir voulu brûler les étapes lorsqu’ils ont mené le combat
pour l’ouverture de leur champ audiovisuel, le Tour de France n’existerait pas
sous sa forme moderne, c'est-à-dire une course à étapes. La boucle (si j’ose
dire) ainsi bouclée, je ne nous trouve pas plus avancés qu’au début de la
chronique, à l’énoncé de l’énigme du très énigmatique Monsieur Djiar. Mais en
même temps, personne n’a jamais dit que le but du jeu était de résoudre les
énigmes. Jamais ! Ou alors, c’est qu’on a envie d’embêter son monde avec des
questions tordues du genre «Messieurs, avez-vous, oui ou non, la volonté de
libérer l’audiovisuel ?» Le genre de questions tellement tordues et vicieuses
qu’on ne peut y répondre par «tôt ou tard». Mais juste par «oui» ou par «non».
Sinon, on ne répond pas, on tâte sa poche pour vérifier que la clé de la porte
de la cellule où est enfermé l’audiovisuel est bien là, et on fume du thé pour
rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.
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