Lundi 05 Février 2007
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TOT OU TARD, JUSTE APRES OU UN PEU AVANT !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

«Pour fêter sa libération, cheb Mami va organiser un grand concert. Les journalistes sont cordialement invités.»

Même les femmes photographes ?

Dans la série «L’Algérie avance à coups de phrases énigmatiques », le palmarès vient de s’enrichir grâce au ministre de la Kom. Hachemi Djiar a annoncé que le secteur audiovisuel sera ouvert au privé «tôt ou tard, l’essentiel étant de ne pas brûler les étapes». Ceux qui voudraient décoder ce genre de messages très certainement crypté au 3e degré doivent commencer par faire une chose très importante : annuler tous leurs rendez-vous et engagements pour la journée. Mon petit doigt me dit même qu’ils risquent d’y passer plus d’une journée. Commençons donc par la première partie de l’énigme, avec ce «tôt ou tard». On est bien obligé de poser la question, ou plutôt les questions : est-ce que c’est plus proche de «tôt» que de tard ? Ou l’inverse ? Quand le ministre dit «tôt», est-ce qu’il sous-entend «tôt» tout court ? Très «tôt» ? Moyennement «tôt» ? Relativement «tôt» ? Ou pas trop «tôt» quand même ? Et lorsqu’il dit «tard», faut-il comprendre pas trop «tard» ? Juste à temps pour arriver pile à l’heure sur le «tard» ? Très «tard», car les bonnes choses savent se faire attendre ? Ou assez «tard» pour que ni nous ni nos enfants ni nos petits-enfants espèrent voir un jour l’ouverture de cet audiovisuel ? Ceci pour la première partie de l’énigme. Pour la seconde partie, je vous demande, non plus seulement d’annuler vos rendez-vous du jour, mais carrément tous ceux de la semaine : «Il ne faut pas brûler les étapes !» a dit le ministre. Moi, je dis qu’il doit y avoir un quiproquo. Peut-être que Monsieur Djiar a interverti ses fiches et a lu un discours qu’il avait écrit à l’attention de la gazette des pompiers. Parce que franchement, je ne vois pas pourquoi il parle de «brûler» de pauvres étapes inoffensives à des journalistes qui ne demandent que la libéralisation de l’audiovisuel ? Ça n’a pas de sens ! Si l’on avait accusé les confrères français d’avoir voulu brûler les étapes lorsqu’ils ont mené le combat pour l’ouverture de leur champ audiovisuel, le Tour de France n’existerait pas sous sa forme moderne, c'est-à-dire une course à étapes. La boucle (si j’ose dire) ainsi bouclée, je ne nous trouve pas plus avancés qu’au début de la chronique, à l’énoncé de l’énigme du très énigmatique Monsieur Djiar. Mais en même temps, personne n’a jamais dit que le but du jeu était de résoudre les énigmes. Jamais ! Ou alors, c’est qu’on a envie d’embêter son monde avec des questions tordues du genre «Messieurs, avez-vous, oui ou non, la volonté de libérer l’audiovisuel ?» Le genre de questions tellement tordues et vicieuses qu’on ne peut y répondre par «tôt ou tard». Mais juste par «oui» ou par «non». Sinon, on ne répond pas, on tâte sa poche pour vérifier que la clé de la porte de la cellule où est enfermé l’audiovisuel est bien là, et on fume du thé pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue.

H. L.

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