Un lieu, qu’il soit champ ou ville, vu du sol, est une chose, Vu du ciel, il est la même réalité, et est pourtant tout autre. Sous le vol des mouettes, des cigognes, des avions, ou des hélicoptères, la terre se déploie, les paysages se déroulent, avec une continuité et une diversité inattendues. Regarder la terre à partir du ciel, c’est se donner d’elle une autre vision, c’est regarder autrement. Vision plus englobante, à échelle plus large, qui oblige à passer de la maison et de la rue à la ville, du champ et du jardin au terroir rural. Elle intègre la ville au site, fait le lien des espaces entre eux, rappelle les relations constantes entre ville et campagne. Vision plus complète aussi, plus objective, car elle enregistre tout, ne laisse échapper aucun détail, prend en compte aussi bien le bidonville que le centre-ville, et donc restitue la réalité dans sa vérité. Vision très variée enfin, parce que la photo aérienne, par la gamme des altitudes de prise de vue, par la diversité des orientations, par la variété des angles de vue, offre un panel d’approches très grand, des visions inattendues, toujours renouvelées, de la réalité présente au sol, et distille progressivement les clefs de la compréhension de celle-ci. La photo aérienne verticale, telle que la pratiquent l’INCT d’Alger ou l’IGN de Paris, est un document scientifique, qui permet d’établir les cartes topographiques et les plans du cadastre. Mais elle est souvent austère, et délicate à lire, parce que le relief y est écrasé. La photo aérienne oblique, telle que présentée ici, n’a pas cette rigueur implacable, mais elle est plus accessible à la lecture de chacun. Elle restitue la troisième dimension. Elle présente en outre des qualités esthétiques indéniables. Elle met en exergue les lignes architecturales, les harmonies de paysages, les logiques d’occupation du territoire. Pour peu qu’un éclairage frangeant au couchant s’en mêle, elle offre de véritables tableaux. Voir la terre à partir du ciel, c’est la découvrir une seconde fois. C’est ce véritable miracle qu’a réalisé pour nous Yann Arthus- Bertrand, avec les présentes photos. Il a pu en 2004 survoler en hélicoptère l’ensemble du territoire algérien, et a présenté une première récolte dans son ouvrage Algérie (éd. la Martinière, 2006). Sont rassemblées ici 120 des vues concernant l’Est algérien. Beaucoup de thèmes, beaucoup d’approches photographiques sont présents. La préoccupation était de regarder les objets géographiques dans leur réalité, leur unité, leur beauté. Nous commencerons par Constantine. Puis un circuit autour de la vieille métropole nous conduira, via Guelma, aux villes littorales, d’El Kala à Béjaïa, puis aux terres intérieures, du Sétifois au massif des Aurès. «Tout» l’est algérien n’est pas présent dans ce volume. Un certain nombre de ces perles seulement. Le photographe Yann Arthus-Bertrand a pris plaisir à fixer sur pellicules ces images splendides d’un pays qu’il ne connaissait pas. J’ai eu personnellement plaisir à les identifier, les sélectionner, et les commenter afin de les rendre encore plus vivantes. Vous aurez plaisir à les compulser lentement, en pénétrant dans l’âme de chacune. C’est une autre Algérie que vous allez découvrir. Bon Voyage... Marc Côte
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