|
«Pour aller en Libye, il faut un visa.»
Il faut surtout n’avoir rien d’autre à faire. Et encore…
Je ne voudrais pas donner l’impression de découvrir subrepticement ni de
passer pour le rond de cuir qui manque tomber des nues à chaque fois qu’il
pointe le bout du museau hors de l’univers sécurisé de son bureau. Non ! Cette
nationale 5, je me targue de la connaître un peu, vu que je l’emprunte
fréquemment. Et à chaque fois, c’est la même chose. Un sentiment de colère
sourde, accentué par la météo exécrable de ces dernières 48 heures. Les
localités traversées dégagent une terrible impression d’abandon. Spectacle
lunaire de cratères gangrenant les routes, de tas de gravats amoncelés
anarchiquement sur les accotements, de nids-de-poule monstrueux et ravageurs.
Et, avec la pluie, il y a cette boue épaisse qui envahit tout, les trottoirs,
les entrées des maisons et des commerces, les perrons des administrations,
n’ayant pas de chemin d’évacuation tracé et débouché. Tableau apocalyptique
grandeur nature qui donne aux régions traversées une allure de no man’s land, de
zone de guerre après une bataille acharnée, de champ mal labouré et
précipitamment abandonné par des agriculteurs qui auraient été victimes d’un mal
aussi mystérieux que foudroyant. Aomar. Ahnif, Ighrem. Bechloul. Tizi
Kachouchène. El M’hir. Je pourrais citer les localités à l’envi. Elles se
ressemblent toutes de laideur installée, presque acceptée comme élément de vie
normale. Bon Dieu ! On ne va tout de même pas me dire que Moumen Khalifa est
aussi responsable de la désolation qui règne aux portes d’une capitale blindée,
hors du temps réel que vit le reste de l’Algérie ? Le golden boy n’est pas aussi
mêlé à ce grand vrai scandale du siècle qu’est la gestion des wilayas et
communes du pays ? Alors, vers qui se tourner pour crier «Non ! Les Algériens ne
peuvent pas vivre comme ça» ? Qui doit rendre des comptes sur cet énorme déni de
citoyenneté ? Une femme, un homme, des enfants de l’Algérie indépendante ont des
devoirs, d’accord. Mais ils ont des droits aussi. Et l’un des plus élémentaires,
c’est de ne pas patauger dans de la boue jusqu’aux genoux, en sortant de chez
eux. De manière plus crue, je ne m’explique pas le fait qu’il n’y ait pas plus
d’émeutes dans des espaces pareils. C’est peut-être qu’au fond, le citoyen
algérien est un être vachement pacifique. Ou beuglement résigné, à force de
fumer du thé et de rester éveillé à son cauchemar qui continue.
H. L.
|