
Actualités : CE MONDE QUI BOUGE USA, l'affaire Watada et la démocratie en Algérie Par Hassane Zerrouky
«En lisant la quantité de mensonges que l'administration Bush a utilisés pour déclencher et mener cette guerre, j'ai été choqué (...). Si le président Bush peut trahir ma confiance, il est temps pour moi de réexaminer ce qu'il me demande de faire.» Ainsi parle le lieutenant Ehren Watada, officier de l’armée américaine, qui comparaît devant la cour martiale pour avoir refusé d’aller en Irak. Il risque quatre ans de prison. C’est la première fois qu’un officier désobéit publiquement à un ordre de sa hiérarchie. Durant la guerre du Vietnam, le refus de combattre émanait de simples soldats, rarement d’officiers d’active, qui choisissaient de déserter et de se réfugier au Canada. Pour l’heure, le lieutenant Watada est assigné à un travail de bureau à Fort Lewis (Etat de Washington) en attendant l'ouverture de son procès. Mais chacun sait que s’il est condamné, l’armée lui fera payer très cher son refus de partir en Irak. Ce jeune officier de 28 ans, promis à une brillante carrière, n’est pas seul. Il vient de recevoir l’appui de Desmond Tutu, l’évêque sud-africain, qui a combattu l’apartheid, prix Nobel de la paix. «J'admire votre geste courageux et moral. Dans la tradition chrétienne, l'éthique insiste sur la primauté absolue que chacun doit accorder à sa conscience. C'est un impératif catégorique», écrit le religieux sud-africain. Mieux, les associations anti-guerre aux Etats-Unis ont pris fait et cause pour ce jeune officier. Parmi les animateurs de cette société civile américaine opposée à la guerre en Irak, l’actrice Susan Sarandon. «Si un patriote est celui qui aime et défend son pays, alors Ehren Watada est vraiment un patriote, parce qu'il refuse de participer à une guerre qui fait souffrir le peuple irakien et qui augmente la menace de souffrances pour les Américains», déclare l’actrice. Plusieurs associations pacifistes américaines appellent à manifester dans tout le pays pour soutenir le lieutenant Ehren Watada dont le procès s'est ouvert lundi devant une cour martiale. Un comité de soutien a organisé une journée de mobilisation autour de la base militaire où doit se dérouler le procès, à Fort Lewis, et une vingtaine de rassemblements sont prévus de New York à Los Angeles, y compris devant la Maison Blanche. Cette affaire, pour laquelle se passionne l’opinion, est symptomatique d’une réelle évolution de la société américaine. Qui aurait pensé à une telle évolution trois ans à peine après les attentats du 11 septembre 2001 ? Rappelons-nous dans quel isolement se trouvait, en 2002, l’acteur Sean Penn quand il s’était rendu en Irak, allant à contre-courant d’une opinion publique travaillée au corps par les églises baptistes et les médias va-t-en-guerre. A la veille de la guerre contre l’Irak, les rares voix qui mettaient en cause le bien-fondé de la politique ultra-agressive de George Bush et des néo-conservateurs faisaient rapidement l’objet d’un lynchage médiatique et passaient pour traîtres. Certes, pour les partisans de la paix, la partie est loin d’être gagnée. Mais, l’élan de sympathie autour de cet officier refusant de partir en Irak est bien le signe que les choses bougent dans le bon sens et que les néo-conservateurs sont en train de perdre la bataille. Cela dit, cette démocratie américaine, fruit de luttes menées par les citoyens de ce pays, que d’aucuns pourfendent au nom d’un anti-impérialisme mal placé, leur permet tout de même de se défendre et de s’exprimer sans risque de s’exposer à la prison. De ce fait, je suis donc de ceux qui pensent qu’en Algérie, le pays ne peut avancer sans une réelle liberté d’expression et de la presse. Car, la démocratie «responsable », que certains nous proposent, n’est en vérité qu’une invitation à la pratique de l’autocensure, à laquelle nous convient les puissants du moment et que certains veulent faire graver dans le code déontologique que l’on veut imposer à toute la profession. H. Z.
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