Panorama : NOUVEL ELAN DANS LA CAMPAGNE DE SEGOLENE ROYAL
Devoir de victoire, défi d'avenir
De notre bureau de Paris, K. Baba-Ahmed


«Je veux une France qui s’accepte, une France métissée… Je veux lutter farouchement contre toutes les discriminations», a, entre autres, déclaré la candidate socialiste qui présentait hier son programme. La journée d’hier a été le point de départ de la deuxième phase de campagne de la candidate Ségolène Royal, qui a réussi son premier grand rassemblement de plus de 8000 participants, essentiellement des jeunes fortement mobilisés.
La grande rencontre à Villepinte, en Seine-Saint-Denis (banlieue nord de Paris) a permis de restituer d’abord la synthèse des 6500 débats organisés sur tout le territoire français et les 50 débats thématiques des forums. Et ensuite d’exposer le programme socialiste et d’annoncer les 100 propositions du pacte présidentiel, ou programme des socialistes. Ségolène Royal a renforcé, ces derniers jours, le cap à gauche de son discours, certaines de ses interventions ayant été critiquées et qualifiées comme n’ayant rien de socialiste et ne se distinguant pas beaucoup de celles de son rival de droite. Globalement et pour les mesures essentielles du programme dévoilé hier, la candidate envisage, s’il elle était portée au pouvoir, de porter à 1500 euros le Smig, et ce, le plus tôt dans la législature à venir : d’augmenter de 5% les petites retraites, jusqu’à les rapprocher du Smig ; d’octroyer à toute personne ayant perdu son emploi 90% de son dernier salaire pendant un an et dans cette période, lui assurer une formation qualifiante et une aide personnalisée dans la recherche d’emploi. La candidate supprime le Contrat nouvelle embauche ou CNE, institué par le gouvernement actuel. Elle crée un droit au premier emploi, pendant six mois, sous forme d’emploi aidé ou de tutorat rémunéré, comme elle crée, aussi, 500 000 emplois pour les jeunes (anciens emplois jeunes supprimés par la droite) et prévoit un dispositif pour encourager les Rmistes à reprendre un emploi par l’octroi d’un revenu de solidarité active. Sur l’encadrement militaire des jeunes délinquants, elle persiste et signe sur un projet très largement décrié, mais l’atténue quelque peu. Ainsi et «sans détour», elle propose de développer les centres éducatifs renforcés, si besoin avec un encadrement militaire. Dans le même temps, elle prévoit la suppression des peines de prison aux mineurs qui n’auraient pas causé d’atteintes graves aux personnes. Pour l’immigration, le pacte présidentiel envisage la régularisation des sans-papiers sur la base de critères qui seront fixés et facilitera les migrations de travail en permettant des allers et retours avec un même visa. Quant aux problèmes de discrimination, la candidate a déclaré qu’elle luttera «farouchement contre toutes les discriminations» et qu’elle voulait «une France qui s’accepte, une France métissée» car, explique-t-elle à tous ceux victimes des discriminations, «la France a besoin de vous, et vous êtes notre chance». Ecouter d’abord les Français, noter leurs préoccupations, leurs suggestions et en faire la synthèse et s’inspirer de cette dernière pour les décliner en un contrat avec les Français. C’est ce qui a été fait et qui va très certainement gêner tous ceux, y compris parfois dans son propre camp, qui évoquaient la coquille vide, l’absence de programme, la faible consistance des propositions et aussi le «style Ségolène». L’entrée réelle en campagne de la candidate a en effet inquiété plus d’un, qui considérait que ce temps de rencontres et d’écoute était trop lent et que pendant ce temps-là, le candidat de l’UMP gagnait des points. La candidate n’en a pas été ébranlée et a continué son bonhomme de chemin. Les débats organisés par les sections PS et les comités de soutien «Désirs d’avenir» ont rencontré un succès certain sur le terrain mettant au-devant de la scène une population très jeune, différente des vieux militants habitués aux meetings classiques. Hier, c’est certain, Ségolène Royal, très fortement ovationnée, a marqué des points. Sarkozy, que le grand rassemblement de sa rivale inquiétait par le ressort qu’il pouvait lui donner, a voulu partager la vedette en organisant au même moment une rencontre de ses comités de soutien à la Mutualité, traditionnellement tribune pour les rencontres de la gauche, et présenta son pacte républicain en opposition au pacte présidentiel de la candidate socialiste. Que fera Sarkozy pour contrer les bénéfices que pourrait en tirer le camp socialiste ? Nous le saurons dans les prochains jours car rien n’est encore joué et pour aucun candidat.
K. B.-A.

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