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«La Saint-Valentin en Algérie. Cette année, vos chances de tomber
sur une bombe sont multipliées par 7.»
Bonne fête, quand même !
Quoi ? Trois jours seulement d’absence du territoire national et qu’est-ce
que je découvre à mon retour, à ma descente d’avion ? Des bombes qui pètent en
série ? Des ponts qui sautent ? Des casernes qui volent en éclats ? Impossible !
Y a un problème ! Y a une énigme. Il a dû se passer quelque chose de bizarre
pendant mon vol Paris-Alger. Un phénomène extraordinaire, surnaturel,
paranormal. Je pencherai pour l’accident temporel. Une sorte de télescopage des
dimensions espace et temps. Peut-être la météo qui était chargée d’électricité
dès le décollage. Et comme dans les romans de science-fiction, j’ai dû être pris
dans un tourbillon spatio-temporel qui m’a fait revenir avant 1999. Une erreur
d’aiguillage. Je ne vois pas d’autre explication. En apparence, je suis en 2007,
à Alger, de retour après une rencontre d’auteurs maghrébins à Paris. En
apparence seulement. Mais en fait, je suis en plein dans l’année 1994, dans un
Alger où ça pète de partout, où les alertes à la bombe font sauter les standards
téléphoniques de la DGSN et où il faut se méfier du voisin et ne pas emprunter
le même itinéraire deux jours de suite. Personne n’arrivera à me convaincre du
contraire. Pour la simple, bonne et patriote raison qu’il ne peut y avoir un tel
raffut, un ramdam aussi énorme et une telle poudrière dans l’Algérie de la
réconciliation nationale, dans l’Algérie de la paix retrouvée de Tam à Alger, de
Maghnia à El Tarf, dans l’Algérie capitale de la culture arabe. C’est
mathématiquement impossible. Quand je dis «mathématiquement », je pense aux
chiffres donnés par nos respectables responsables, aux statistiques récentes
qu’ils ont eu la gentillesse de nous communiquer sur l’état des maquis et des
groupes armés. Pour toutes ces raisons objectives, je ne peux expliquer cette
série d’attentats et de plasticages que par un accident dans l’axe du temps dont
j’aurais été victime. Je ne vois qu’une seule solution pour me sortir de cette
galère. Fermer les yeux, me répéter sans arrêt «non ! Tu n’es pas en 2007, tu as
été accidentellement replongé en 2004 ! ». Quand je rouvrirai les yeux, j’en
suis sûr, tout rentrera dans l’ordre, et je vérifierai par moi-même que je suis
bien en plein 2004. Allez Hakim ! Ouvre les yeux et rassure-toi. J’ouvre les
yeux et sur quoi je tombe ? «Procès Khalifa, 5e semaine». Mince alors ! Mais en
1994, y avait pas encore l’affaire Khalifa, non ? Je fume du thé et je reste
éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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