Les irréductibles du GSPC ne lâchent pas prise. Ils viennent de frapper fort. A partir de quelques informations alarmantes, nous avions commencé la rédaction de ce papier et nous attendions des informations complémentaires, en vue de mettre en exergue l’éventualité pour notre pays, notamment la région du Centre, de se voir confrontée au terrible phénomène des terroristes kamikazes reproduit selon le schéma irakien. Les attentats de ce mardi ne sont-ils qu’un signe annonciateur de ce
qui s’apparentera à la dérive plus dangereuse pour le pays ? Espérons
que non. Malheureusement, certains indices n’incitent pas actuellement à
l’optimisme. En effet, une nouvelle génération de terroristes redonne un
nouveau souffle aux seriate qui sèment terreur et désolation ; des
jeunes à peine sortis de l’enfance tombent dans les griffes de l’hydre
islamiste armée. Le mouvement s’assure une relève. «Le sang a coulé. Il
ne doit pas s’arrêter. Nous avons consenti des sacrifices, il vous
appartient d’assurer la continuité», disent les recruteurs aux jeunes
qu’ils ciblent. Les familles des terroristes constituent, selon les
services de sécurité, un gisement d’enrôlement. Des jeunes âgés entre 16
et 20 ans subissent des pressions du terrorisme religieux de la part des
recruteurs qui les engagent d’abord dans les réseaux de soutien pour les
impliquer ensuite dans le processus de la violence. Ils finissent ainsi
au maquis. Fragilisés, ces enfants de la guerre sont formés et
endoctrinés pour constituer la chair à canon du GSPC qui sera obligé par
Oussama Ben Laden et ses adjoints d’adopter ses méthodes de terrorisme
urbain. Notre pays est à la croisée des chemins : en finir avec le
terrorisme avant que celui-ci ne soit pris en charge par des chefs que
Ben Laden ne manquera pas d’envoyer en mission chez nous.
Le pouvoir politique refuse d’assumer la lutte contre l’intégrisme armé
Rencontré par hasard aux alentours de l’un des trois sites ayant
vécu les dramatiques attentats de ce mardi, un baroudeur de la lutte
antiterroriste nous a lancé crûment : «On ne dit pas toute la vérité à
M. Bouteflika.» L’homme n’est pas né de la dernière pluie comme
d’ailleurs il est tanné par un long parcours de combat contre les
islamistes armés. Ses dires ne sont donc pas suscités par un simple coup
de colère passagère. Il sait de quoi il en retourne dans son domaine
comme il savait à qui il s’adressait avant de lâcher cette phrase très
lourde de sens d’autant plus que dans ce “on” il visait les hautes
sphères de l’Etat et du pouvoir, probablement le département de
l’Intérieur. Cette confession spontanée découle sans aucun doute d’une
inquiétude grandissante parmi ceux qui se sacrifient quotidiennement
pour défendre la République. Elle serait très certainement motivée par
ailleurs par l’inertie des politiques à assumer entièrement leurs
responsabilités devant la guerre déclarée par les fondamentalistes armés
au pays. Enfin, elle équivaut à un appel pour que cesse cette
compromission politique avec l’intégrisme. Et pour cause, en face, ses
ennemis, les terroristes, savent ce qu’ils font pour gagner du terrain
politique. Pour preuve, les attentats de Reghaïa, Dergana et Bouchaoui
ont été réalisés, selon une source sécuritaire, dans le seul but de
relancer les machines de guerre et de recrutement du GSPC. C’est
probablement la même seriat qui a refait le coup ce mardi. La katibat
El-Feth, que commande l’émir Betitraoui, comprend, selon nos
informations, des éléments déterminés et aguerris. Apparemment, ce
groupe dispose de gros moyens humains, financiers et logistiques pour se
substituer à la sinistre seriat El- Horra qui avait terrorisé la
capitale et ses environs. Les éléments de ce groupe sont disséminés dans
la plaine de la Mitidja et le massif de Bouzegza rendant peu aisée leur
neutralisation. L’attentat de Bouchaoui, que ce groupe avait réalisé, a
été même filmé pour servir de support de propagande. «Un adolescent qui
regarde ce genre de film sera très facilement tenté de s’engager avec
les terroristes armés», nous a confié, il y a quelque jours, un haut
responsable sécuritaire. Par ailleurs, le GSPC exploite à fond les
brèches béantes induites par les échecs successifs des programmes de
développement, le vide culturel, la misère et la précarité que
supportent mal les jeunes, particulièrement ceux des zones rurales, le
climat de despotisme et de corruption et la déliquescence du pouvoir,
concrétisée de manière flagrante par le scandale d’El- Khalifa pour se
positionner en sauveurs des droits, des biens et de la morale des
populations. Le constat est dur mais nos responsables seront
probablement d’accord s’ils consentent à examiner l’Algérie avec le
simple regard du simple citoyen. Le GSPC en profite pour faire passer
ses idées chez les exclus, notamment sur la nature de la justice qu’il
compte instaurer. N’a-t-il pas rendu public en effet un communiqué de
deux feuillets consacré exclusivement à l’affaire Khalifa , signé le 23
janvier par son émir national ? Dans ce tract, le chef terroriste se
positionne en justicier pour fustiger les dirigeants du pays accusés
d’être directement impliqués dans le détournement des deniers publics.
Le chef terroriste promet “vengeance contre les voleurs du peuple et
leurs complices”, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas d’accord avec lui ?
La crainte de la mutation du terrorisme de guerilla vers un terrorisme
de kamikazes
« La période est vraiment cruciale pour notre pays en matière de lutte
antiterroriste. Il est à craindre une mutation du terrorisme classique
en cours en Algérie, vers un terrorisme de kamikazes», nous a confié, il
y a quelques jours, le haut responsable cité précédemment. La mise en
garde, de ce haut responsable qui est un des acteurs de la lutte contre
le terrorisme et un observateur privilégié sur le processus de la
constitution de ce phénomène en Algérie, découle de l’observation de
plusieurs indices. L’allégeance du GSPC à l’organisation d’Al- Qaïda
donnera la possibilité au théoricien du terrorisme de justifier les
massacres en Algérie. Des questions extrêmement sensibles auprès des
populations, algériennes notamment, sont des référents usités par
Al-Qaïda pour cautionner les attentats massifs ; la question
palestinienne, l’occupation de l’Irak par les Occidentaux et le
despotisme des régimes arabes, celui de notre pays inclus. «Rien
n’empêchera désormais les dirigeants d’Al-Qaïda d’envoyer des chefs
terroristes plus aguerris pour diriger des phalanges terroristes dans
les pays du Maghreb», estime notre vis-à-vis.
Le recrutement du GSPC : la préférence des jeunes fragilisés
Le GSPC cible actuellement les adolescents pour renforcer ses rangs.
Tout le monde s’accorde à dire que la totalité des nouvelles recrues
sont âgées de moins de 20 ans. «Tous les jeunes qui sont montés au
maquis ont un niveau scolaire ne dépassant pas la première année
moyenne. Le danger, c’est la fragilité psychologique des ces jeunes. Si
actuellement ils ne sont pas d’une grande efficacité pour commettre des
attentats et participer à des embuscades, par contre, au bout de 2 ans,
ils seront formés et surtout endoctrinés pour devenir éventuellement des
kamikazes», estime notre interlocuteur. Un jeune sans formation et sans
perspective d’échapper à la précarité est prêt à gober tous les discours
sur l’héroïsme. Dans la tête d’un adolescent fragilisé par l’exclusion,
prendre un “klash” symbole de puissance et de pouvoir, se parader dans
les montagnes pour faire peur à la société qui l’avait injustement
marginalisé est une attitude synonyme d’héroïsme. «Les recruteurs
isolent leur cible et mènent un travail de harcèlement psychologique.
Ils leur disent : “le sang a coulé il ne doit plus s’arrêter. Vos
parents se sont sacrifiés, c’est à vous de prendre la relève pour
l’avènement d’un Etat islamique”, nous a confié un témoin très bien
informé de ce qui se passe dans l’ombre à Sahel Bouberak Il précise que
certains anciens prisonniers impliqués par le passé dans le mouvement
insurrectionnel activent pour renforcer les rangs des maquis. Cette
assertion est corroborée par les dires à ce propos de l’officier :
«Certains éléments intégristes sont plus dangereux que les terroristes
armés. Ils sont tapis dans l’ombre, évitent de s’impliquer directement
dans l’action armée mais travaillent exclusivement pour le recrutement.»
Il ressort dans les sous-entendus que ces criminels sont protégés par la
politique préconisée par le pouvoir en place.
Les assassinats de deux P/APC de Benchoud sont l’œuvre d’adolescents
L’assassinat, il y a quelques jours, de l’ancien P/APC de la commune de
Benchoud dans la daïra de Baghlia ( w. de Boumerdès) est l’œuvre d’un
groupe composé de 8 éléments qui écument la région de Benchoud à Baghlia
et le sud de Dellys sous les ordres de l’émir Seghir Mourad alias
“Mourad el pompier”. Cet ancien agent de la Protection civile de 29 ans
a rejoint le maquis en 1997. Natif de la région de Benchoud, il a
bénéficié de divers soutiens pour se voir propulser à la tête d’un
groupe qui a, malheureusement, à son actif un lourd bilan macabre,
notamment autour des localités isolées situées à cheval entre Benchoud
et Dellys. L’assassinat de Yagoubi Khelifa, 52 ans, qui a assumé,
rappelons le, la mandature 1997/2002 à la tête de l’Assemblée de
Benchoud sous la bannière du RND est similaire à celui commis au début
de 2006 contre feu Djellab Brahim qui avait précisément succédé à
Yagoubi à la suite des élections de 2002. L’attentat contre Djallab,
ex-élu du FLN, a été perpétré par un adolescent, âgé à peine de 17 ans,
qui avait abattu sa victime en lui tirant plusieurs balles dans la
nuque. Avant de franchir cette ligne et basculer dans le meurtre, ce
gamin faisait partie du réseau de soutien de la sériat de Benchoud.
Concernant le dernier assassinat, un responsable sécuritaire de la ville
de Dellys était formel : «Ce sont des gosses (le groupe des 8
terroristes) âgés entre 17 et 20 ans, généralement des oisifs exclus de
l’école qu’il (l’émir) recrutait pour faire partie des réseaux de
soutien avant de les impliquer dans des attentats. Par conséquent, pour
fuir les services de sécurité, ils rejoignent le maquis et basculent
dans la violence armée.» Plusieurs faits confirment ce constat. Il y a
quelques semaines, les éléments du Bataillon des fusiliers marins de
l’est de la wilaya de Boumerdès avaient abattu trois terroristes au
niveau du village de Sahel Bouberak dans la même plaine que Benchoud.
Celui qui était venu voir ses parents habitant dans ce village était âgé
de moins de 18 ans. Par ailleurs, les réseaux de soutien se recrutent
dans l’entourage des anciens terroristes, voire dans des cellules
familiales. En effet, les éléments de la BMPJ de Dellys ont neutralisé
ces derniers jours trois réseaux de soutien qui aidaient la seriat de
Benchoud. Deux réseaux activaient autour du père et des trois fils dans
chaque cellule. La collecte des informations est plus difficile pour les
enquêteurs. Le commun des mortels constatera que le renouvellement des
générations dans la mouvance de l’islamisme armé fait sa mue et,
contrairement aux spéculations découlant de la politique de
réconciliation nationale, la régénération, pour le pire n’est pas
totalement écartée.
La riposte militaire politique et économique
Au plan militaire, notre vis-à-vis se montre serein. «Ce n’est pas un
problème de force, celle-ci, contrairement aux premières années de la
lutte, est disponible et bien déployée», assure-t-il. Il aurait pu
ajouter qu’elle (la force) est plus déterminée, plus aguerrie et garde
un moral de haut niveau. Cette situation n’échappe pas aux citoyens qui
gardent une confiance intacte envers les services de sécurité. Dans les
propos de notre interlocuteur, il subsiste cependant des sous-entendus.
Puis brusquement, il nous cite la fameuse phrase dite devant les médias
par le général-major Mohamed Lamari : «Le terrorisme est vaincu mais
l’intégrisme demeure.» On ne pourrait être plus clair. En cours de
discussion, il attire notre attention sur l’abondant de certaines
mosquées des localités retirées. Pour preuve, il nous avait cité le cas
de la commune de Si Mustapha oû paradoxalement dans cette agglomération
seul le village El Karia a été un terrain de prédilection pour katibat
El Arkam pour recruter massivement. Etrangement, quelques jours après
ces propos, un citoyen nous a abordés à l’endroit où venaient justement
de mourir calcinés par une bombe mise dans un véhicule, quatre citoyens
de passage. Il ne cache pas son dégoût : «C’est arrivé parce que 25
jeunes issus tous d’El-Karia sont au maquis avec le GSPC.» Concernant la
collecte de l’information, les terroristes ne lésinent pas sur les
moyens financiers. Ils rémunèrent les chômeurs pour les informer sur
tout ce qui se déroule dans les localités ciblées. Par contre, les
officiers des services de sécurité se débrouillent comme ils le peuvent.
D’où la suggestion pour l’utilisation des postes budgétaires réservés à
la garde communale pour recruter des chômeurs des quartiers et des
villages qui seront chargés dans la confidentialité de collecter des
informations. L’officier cite l’exemple du FLN durant la guerre de
Libération qui disposait de relais. La garde communale, les Patriotes et
les GLD sont, pour des raisons politiques marginalisées, l’essaimage des
réseaux de collecte d’informations s’est rétréci. Pour éviter des
amalgames et une éventuelle récupération, il insiste sur leur mission au
service de l’Etat : «Ces agents seront des fonctionnaires, au même titre
que les gardes communaux, mais non armés, qui seront chargés d’observer,
de consigner et de transmettre les informations, sans plus.» Au plan
économique, l’échec récurrent des programmes de développement rural a
laissé des milliers de jeunes en proie au chômage et la pauvreté.
Cependant, une prise en charge sérieuse du monde rural finira par tarir
la possibilité de recrutement pour les terroristes islamistes. On ne
pourra jamais mesurer l’impact qu’aura une aide affectée à un jeune à
qui on attribue par la même une fonction productive, un bien à défendre
et un espoir à vivre. Il y a quelques années, l’ancien directeur de
l’Agriculture de la wilaya de Boumerdès, M. Djebbar M’hend, avait tenté
une expérience pour concrétiser la mise en application du Programme de
projet de développement de proximité (PPDR). Ce responsable avait laissé
l’initiative aux jeunes, avec une gestion à la mode des arouch,
c'est-à-dire un fonctionnement horizontal des groupes qui sollicitaient
l’aide de l’Etat et qui élaboraient des programmes collectifs pour les
villages. La démarche avait rencontré un enthousiasme débordant de la
part des jeunes, malheureusement son auteur a été muté à Tipasa et plus
personne n’entend plus parler du développement rural.
L. H.
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