Le tribunal de Blida a poursuivi hier l’audition pêle-mêle de témoins et d’accusés dans l’affaire de la caisse principale d’El-Khalifa Bank. Sponsoring et corruption ont fait l’essentiel des débats. Des P-dg des filiales de Sonatrach ont dû s’expliquer au sujet des fameuses cartes de gratuité de transport sur les vols d’El-Khalifa Airways.
Les 100 milliards perdus de l’Enafor
Appelé à la barre, l’ancien P-dg de l’Entreprise nationale de forage (Enafor),
filiale de Sonatrach, est accusé de corruption et de trafic d’influence.
Comme les dizaines de directeurs d’entreprise passés avant lui, il a dû
revenir sur les circonstances l’ayant poussé à déposer l’argent de
l’entreprise dans les caisses d’El-Khalifa Bank. L’Enafor y a en effet
déposé un total de 100 milliards de dinars, ce qui “constitue un acte de
gestion pour lequel je n’ai pas besoin de l’accord de l’entreprise mère,
à savoir Sonatrach”, a tenu à préciser M. Sahab. Il dira que c’est en
2002 qu’il a pris la décision de déposer l’argent au niveau de la banque
privée. Quelques mois plus tard, le P-dg demande à El-Khalifa Bank un
crédit devant servir à couvrir un crédit contracté auprès de la BEA.
Réaction de la présidente : “Mais, ce n’est pas malicieux ?” Réponse de
l’ancien P-dg : “C’est le monde des affaires.” L’Enafor entretenait
également des rapports avec Khalifa Airways. Un contrat de 6 milliards
de dinars avait été signé pour le transport des employés entre le nord
et le sud. “Avant, c’était Air Algérie qui le faisait mais nous avions
d’énormes problèmes. Les avions accusaient trop de retard avec ce que ça
impliquait comme conséquences sur le cours du travail. Lorsqu’un employé
devant assurer la relève n’arrive pas à temps et que son collègue qui a
travaillé 12 heures ne peut pas se reposer, les accidents sont mortels
sur les sites de forage.” Des explications qui n’ont pas convaincu le
tribunal. Conclusion de sa présidente : “En votre qualité de P-dg, vous
avez mis en péril l’argent de l’entreprise pour une carte de gratuité de
voyage.” L’accusé, offusqué, répond : “Pas du tout, cette carte, je l’ai
utilisée une seule fois pour un déplacement professionnel à Amman.” Le
PG enfonce le couteau : “Et votre épouse, une fois pour Lille.”
L’Enageo laisse 10 millions de dollars
A son tour, l’ancien P-dg de l’Entreprise national de géophysique a eu à
expliquer les circonstances qui l’ont amené à traiter avec El-Khalifa
Bank. C’est en date du 21 décembre 2001 qu’un premier dépôt de 300
millions de dinars avait été effectué pour une période d’une année avec
un taux d’intérêt de 10,25%, suivi d’un second dépôt de 10 millions de
dollars. C’est ce dernier montant qui n’avait pas pu être récupéré.
“Nous avons introduit une demande pour rapatrier cet argent vers la BEA
mais la banque avait déjà ses opérations du commerce extérieur gelées et
donc ils nous ont répondu que ce n’était pas possible.” M. Rahal, parent
du notaire accusé, a également eu à répondre au sujet de la carte de
gratuité dont il a bénéficié. Certain de n’avoir pas fait l’objet d’une
tentative de corruption, il répond : ”Cette carte, je l’ai eue dans le
cadre de la fidélité à Khalifa Airways à laquelle nous liait une
convention de 70 millions de dinars pour le transport du personnel.” M.
Rahal affirme avoir utilisé cette carte une cinquantaine de fois lors de
ses déplacements entre Hassi Messaoud et Alger.
Belmondo, le tournoi de Monaco et l’OM
Premier à apporter son témoignage, Maâmar Djabour, journaliste et
ancien directeur chargé du sponsoring au sein du groupe Khalifa. La
présidente l’a longtemps questionné au sujet des contacts signés avec le
groupe en insistant sur le fait qu’il ait occupé simultanément un poste
au sein de la radio et de Khalifa. Il affirme ne pas avoir informé son
premier employeur mais que par la suite il a dû prendre un reliquat de
congé puis une mise en disponibilité pour occuper son nouveau poste. La
présidente ne s’est évidement pas retenue de dévoiler les montants que
touchait le journaliste en dinars et en francs. Plus loin, elle a
insisté sur les “pratiques” de Moumen Khalifa en direction des
journalistes en interrogeant le témoin sur les enveloppes que ce dernier
leur remettait à l’occasion de certains déplacements à l’étranger. “Oui,
des enveloppes de 5000 FF ont été données aux journalistes ayant assisté
à la conférence de presse consacrée à la signature du contrat de
sponsoring de l’OM.” Une générosité qui avait l’air de choquer la
présidente du tribunal qui poussera Maâmar Djabour à donner les noms de
ses collègues en ayant profité. Au sujet du sponsoring, le témoin dira
que Khalifa sponsorisait aussi bien le pilote Nacim Sidi Saïd que le
fils de Belmondo en passant par des tournois de tennis à Monte-Carlo.
“D’où provenait cet argent ?” “Mais d’El-Khalifa Bank”, répond Djabour.
Idem pour l’argent qui servait à sponsoriser les clubs algériens. A ce
sujet, le témoin a tenu à apporter une précision : “Le renouvellement de
la convention de sponsoring avec le Mouloudia d’Alger ne s’est pas fait
non pas parce que ledit contrat n’était pas dans les normes mais parce
que le président du club, Messaoudi, voulait 10 milliards de dinars et
que Moumen avait considéré cela comme de la folie.”
Nawal Imès
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