Mardi 20 Février 2007
Accueil | Edition du jour | Archives
Rechercher:   Recherche avancée
Actualités
Périscoop
Régions Centre
Régions Est
Régions Ouest
Sports
Panorama
LE REGARD DE MOHAMED BENCHICOU
Pousse avec eux
Le HIC
Edition du jour
 
Culture
 
 
Nos archives en HTML
Nos archives en PDF
 

PAUVRE CULTURE !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

«La gendarmerie saisit 3000 bouteilles d’alcool et de vin.» 

Hogra !

C’est une réponse de la témoin Hamiani à une question de la juge Brahimi au procès Khalifa qui, à mes yeux, illustre le mieux l’état de déliquescence dans lequel on baigne et on marine depuis 45 ans. La magistrate demande à madame Hamiani comment elle s’est retrouvée à Khalifa, en charge du dossier de sélection des artistes devant prendre part à l’année de l’Algérie en France. Et la gente dame Wahiba de répondre ceci : «Je travaillais dans le secteur des assurances lorsque j’ai reçu cette proposition. Je suis spécialiste dans le domaine des assurances, mais je trouvais que c’était plus intéressant de travailler dans le domaine de la culture.» Rien que cela ! La brave madame bossait sur des contrats d’assurance, sur des multirisques, sur des dossiers de sinistres, sur des expertises, sur des dégâts dus au feu ou aux inondations, sur le taux de remboursement d’une aile cabossée ou d’un pare-choc fendillé, et un jour, au saut du lit, au réveil, au sortir d’une nuit pleine de cauchemars de carambolages en série, bourrée de calculs compliqués sur les assurances vie et les contrats de groupe, la gentille dame s’est regardée dans un miroir, et s’est dit sur un ton vachement… assuré : « Tiens ! Pourquoi pas ! Je laisse tomber les assurances et je vais devenir sélectionneuse et superviseuse d’artistes en tous genres.» Insoutenable légèreté de l’être ! Incroyable souplesse du monde algérien du travail ! Saisissante capacité de nos cadres à la flexibilité ! Le matin, le nez dans la «tous risques» et l’après-midi, le même nez plongé dans le cubisme, l’art naïf et le fusain. Le plus saisissant dans tout cela, c’est, me semble-t-il, l’aplomb des personnes qui font ce genre d’aveux. Elles donnent la très nette impression, à les entendre, que la «vie» les autorise à tout, leur valide l’accès à tout. C’est à peine si elles ne se déclarent pas scandalisées du fait de notre étonnement de les voir passer de la RC, la Risque Collision, à la présidence du jury de sélection de poètes et de peintres devant représenter l’Algérie. Excusez notre étonnement, madame ! Il est vrai que nous sommes d’un autre âge. Celui où l’on n’enfile pas la culture dans son dressing, au sortir d’une douche, comme on enfilerait un joli chemisier ou un tailleur seyant. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

Nombre de lecture : 3211

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site