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«La gendarmerie saisit 3000 bouteilles d’alcool et de
vin.»
Hogra !
C’est une réponse de la témoin Hamiani à une question de la juge Brahimi au
procès Khalifa qui, à mes yeux, illustre le mieux l’état de déliquescence dans
lequel on baigne et on marine depuis 45 ans. La magistrate demande à madame
Hamiani comment elle s’est retrouvée à Khalifa, en charge du dossier de
sélection des artistes devant prendre part à l’année de l’Algérie en France. Et
la gente dame Wahiba de répondre ceci : «Je travaillais dans le secteur des
assurances lorsque j’ai reçu cette proposition. Je suis spécialiste dans le
domaine des assurances, mais je trouvais que c’était plus intéressant de
travailler dans le domaine de la culture.» Rien que cela ! La brave madame
bossait sur des contrats d’assurance, sur des multirisques, sur des dossiers de
sinistres, sur des expertises, sur des dégâts dus au feu ou aux inondations, sur
le taux de remboursement d’une aile cabossée ou d’un pare-choc fendillé, et un
jour, au saut du lit, au réveil, au sortir d’une nuit pleine de cauchemars de
carambolages en série, bourrée de calculs compliqués sur les assurances vie et
les contrats de groupe, la gentille dame s’est regardée dans un miroir, et s’est
dit sur un ton vachement… assuré : « Tiens ! Pourquoi pas ! Je laisse tomber les
assurances et je vais devenir sélectionneuse et superviseuse d’artistes en tous
genres.» Insoutenable légèreté de l’être ! Incroyable souplesse du monde
algérien du travail ! Saisissante capacité de nos cadres à la flexibilité ! Le
matin, le nez dans la «tous risques» et l’après-midi, le même nez plongé dans le
cubisme, l’art naïf et le fusain. Le plus saisissant dans tout cela, c’est, me
semble-t-il, l’aplomb des personnes qui font ce genre d’aveux. Elles donnent la
très nette impression, à les entendre, que la «vie» les autorise à tout, leur
valide l’accès à tout. C’est à peine si elles ne se déclarent pas scandalisées
du fait de notre étonnement de les voir passer de la RC, la Risque Collision, à
la présidence du jury de sélection de poètes et de peintres devant représenter
l’Algérie. Excusez notre étonnement, madame ! Il est vrai que nous sommes d’un
autre âge. Celui où l’on n’enfile pas la culture dans son dressing, au sortir
d’une douche, comme on enfilerait un joli chemisier ou un tailleur seyant. Je
fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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