Panorama : LETTRE DE PROVINCE
RND : une décade de reniements
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Il est l’archétype du politicien roué capable d’anticiper sur les situations afin de se replacer. Doué de l’aptitude à se couler dans le moule de toutes les coteries triomphantes, il n’éprouve, par ailleurs, aucune gêne intellectuelle ni remords moral à se détourner des parrains déchus pour aller au-devant de leurs successeurs. Et ce n’est, par conséquent, pas les hommages de circonstance qu’il adressa aux premiers «compagnons» du RND cette semaine qui vont changer quelque chose dans sa manière de se projeter personnellement.
Car, tout chez lui s’organise en fonction de sa propre carrière. Homme de servitudes, il a toujours su distinguer les bonnes voies de sortie afin de rebondir politiquement. Dans les subtilités de l’opportunisme, il surclasse tout l’establishment. Tenant en piètre estime les doctrines, il ne croit qu’en l’efficacité du pragmatisme. Celui qui laisse à l’homme politique toute la latitude de changer de formules, voire de clans sans donner l’impression de se renier. En somme, il fait partie de la meute d’un certain «ordre de l’Etat» très proche de la description qu’en a fait Nizan dans Les chiens de garde. Dès lors qu’il est inidentifiable idéologiquement, l’on peut dire autant de cet RND dont il est le secrétaire général. Un sigle où le dérisoire vocable de «rassemblement » a pris dès 1997 un sens péjoratif. C'est-à-dire, un conglomérat de petites ambitions qui se nourrissent de la mamelle de l’administration et qui ne désirent surtout pas s’en émanciper. Même si jusqu'à récemment, la girouette qui sert de boussole à cet appareil a fait preuve de quelques talents à capter les bons vents du pouvoir, il semble désormais que cet art de la prévision et de l’anticipation est en passe de le déserter. Contrairement aux bons partis qui se bonifient avec l’expérience des échecs ou des succès, cet RND-là perd de la substance et de l’attraction au fil du temps qui passe. A travers la célébration de ses dix ans d’existence, l’on croit déceler un certain désenchantement, même lorsque son leader s’abrite derrière de vieux credo comme le «novembrisme » et le «républicanisme». En fait ce parti, qui ne doit son existence qu’à la nécessité du système de se doter en 1997 d’un relais électoral, doit aujourd’hui assumer cette tare originelle. Il y a déjà cinq ans, et dans un contexte identique à l’actuel, Ouyahia avait déjà abordé la question sous un angle moins abrupt mais néanmoins révélateur. Dans un discours d’orientation destiné à mettre de l’ordre dans des structures rongées par l’opportunisme, n’avaitil pas adressé une mise en garde assassine à ces pseudo-militants qui les peuplent. «Ceux qui considèrent que le RND est encore un ascenseur se trompent désormais d’adresse», dira-t-il. Or, prise au pied de la lettre, la mise au point confirme in fine la nature frauduleuse de ce «machin» politique. Elle scelle, comme un aveu, le soupçon partagé par les autres partis et que l’on s’est efforcé depuis 1997 de mettre sur le compte du ressentiment. Aujourd’hui encore, le secrétaire général se moque bien de la qualité de ses sympathisants pour réellement faire le ménage. Lui qui préfère «tenir que courir», comme on dit, tient ses troupes par la carotte des élections. Tout juste, s’il sacrifie pour l’exemple quelques charrettes à la veille de chaque scrutin. Doué pour fructifier des héritages politiques (il n’a jamais été un membre fondateur du RND mais un putschiste en mission en 1998) dans l’unique but d’inscrire dans la durée sa propre carrière, l’homme sait parfois se délester des compagnonnages encombrants quitte à être accusé d’infidélité. Lui dont l’ascension vertigineuse est oblitérée par le sceau du «zeroualisme», n’a eu de cesse depuis de faire oublier ce premier parrainage. C’est ainsi qu’à partir de Constantine il énonça, mercredi dernier, son leitmotiv politique qu’il résuma en huit mots : «Nous sommes avec le pouvoir de la République.» Dans l’indigence, et les lieux communs l’on ne fait pas mieux certes, mais cela ne manque pas par ailleurs d’efficacité en matière d’allégeance sans condition. Le RND est par conséquent configuré à l’image de son maître, c'est-à-dire une «société de prestation de service politique» et Ouyahia un expert en la matière. N’ayant rien du leader naturel, animateur par définition d’un courant de pensée et de surcroît démuni de l’épaisseur du théoricien, il ne lui reste que le champ des joutes politiciennes pour conquérir quelques notoriétés, marquer des territoires et enfin accéder au pré carré du pouvoir. Son parachutage à la tête de cet appareil en 1998 lui fournira une visibilité politique inespérée et bien plus grande que le précaire poste de Premier ministre. Depuis, le RND est devenu le centre de gravité de sa carrière grâce auquel il soigne ponctuellement sa propre image. A travers les anathèmes qui pleuvent en saison électorale sur quelques embusqués parmi ceux qui vivent à l’ombre de cet appareil, il se donne à moindre coût une posture de personnage intègre. Il est vrai que de tous les partis, lui pilote le plus suspect d’entre eux. En effet, bricolée à la hâte par la toute-puissante bureaucratie du pouvoir, cette mécanique chargée du recyclage ne pouvait que puiser dans les médiocres pépinières ou fouiller dans les vieilles poubelles politiques pour agrandir sa base. Ainsi, ce qui en 1997 était étrenné comme une grande conquête par les urnes fut partiellement remis en cause en 2002 et devient en 2007 un handicap. Le retour du FLN dans le giron du pouvoir actuel renvoya implicitement le RND à ses «origines ». C’est-à-dire à cette «fécondation in vitro» de la mandature de Zeroual dont la particularité est qu’elle n’a pour constante que l’infidélité. Ouyahia, qui n’a d’autres chantiers que la perpétuation de sa présence dans le premier cercle, a besoin aujourd’hui de re-doper sa machine pour négocier au mieux des quotas dans les assemblées. Aussi doit-il résoudre l’équation suivante : comment recruter des candidats d’un autre profil sans opérer de grandes saignées dans une base fluctuante et par nature peu combative sur le terrain ? Même s’il est hasardeux de le croire sur parole lorsqu’il claironne que le RND se rénove et que la culture militante est de plus en plus présente, il est par contre vrai que ce parti n’est plus le repoussoir politique qu’il représentait cinq ou dix ans auparavant. Ni pire ni meilleur que le FLN ou le MSP, il a désormais les mêmes caractéristiques de ses alliés en matière de négociation des privilèges. Sachant de quoi il parle, ce chef de parti n’affiche pas son optimisme pour la seule galerie. Lui qui n’ignore pas la mauvaise santé de son appareil n’exclut pas la providence des urnes bourrées. Décidément, les vertueuses professions de foi publiques n’ont d’usage qu’à masquer les sollicitations secrètes de quelques deus ex machina qui leur fournira les voix qui manquent le jour du vote. Quand Ouyahia, au nom du RND, parle de libertés publiques et de militantisme, on croit entendre un cours magistral sur le cynisme en politique. C'est-à-dire le mensonge plus l’arrogance.
B. H.

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