Panorama : ICI MIEUX QUE LA-BAS
Combien ça coûte ?
Par Arezki Metref
arezkimetref@yahoo.fr


Le renouvellement des 389 sièges de l’Assemblée populaire nationale (APN) est prévu pour le 17 mai prochain. Notez bien la date. Dans la page de votre agenda qui correspond à ce jour-là, vous pouvez ajouter cette notation que je vous prête sans intérêt : «INUTILE». Et, plutôt qu’à celle des voix, allez plutôt à la pêche tout court. Le poisson, c’est bon, ça fait phosphorer. Le poisson, mais le vrai, pas celui du 1er avril.
Celui du 17 mai plutôt. D’ores et déjà, je prêche l’abstentionnisme ? Oh, le vilain ! Mais ça ne mange pas de pain, ce point de vue. Je ne suis pas un parti politique. Ni un courant politique. Ni un groupe d’intérêt. Ni de pression. Je suis comme toi, homme simple, citoyen échaudé craignant l’eau froide, et sceptique… Avec un système plombé comme le nôtre, des élections législatives veulent-elles dire autre chose qu’une illusion de ripolinage démocratique ? Tiens, ça me rappelle cette sentence hautement philosophique de San Antonio qui, comme chacun sait, était un sagace politologue de comptoir. Il compatissait à la pathétique linéarisation de la vie de ces petites gens qui, une fois par an, au printemps de préférence, refont les peintures pour avoir l’impression de refaire leur vie. Ainsi en va-t-il des petites vies démocratiques. On remplace le tiers présidentiel ici, on remplit l’hémicycle là. Soit, on arrive à la fin du mandat ! La question initialement posée était de l’ordre de l’économie de bazar : fallait-il vendre deux élections en une ? Non, disent en chœur ceux qui veulent séparer, à raison, les procédures, appréhendant la difficulté de contrôler déjà une élection. Que peut-il en être alors de deux et le même jour ! Oui, répondent, sans qu’on leur pose la question, les coalisés qui sont sûrs de gagner et qui ont l’humilité cynique de vouloir ne gagner qu’une fois au lieu de deux. Tant qu’à faire, je suis pour que les deux élections soient groupées pour que j’aie deux fois la même raison d’aller à la pêche. Tout le monde ne peut pas se permettre ce luxe, je conçois. Y’en a qui votent pour… Pourquoi déjà ? Ça dépend ! Parce qu’on les a convaincus que c’est comme ça qu’on mérite sa nationalité algérienne. Parce que, aussi, on leur a vrillé dans la tête que le fait d’envoyer à l’hémicycle des gens qui, pour la plupart, une fois arrivés, s’en tamponnent de vous et de vos voix, est un «acte citoyen» (c’est comme ça qu’on dit aujourd’hui !). Parce qu’ils ont peur de ne pas obtenir, faute de carte d’électeur dûment à jour, leurs papiers d’identité, et, éventuellement, un logement, tant est ancré dans nos têtes citoyennes qu’habiter un logement décent n’est pas un droit mais une sorte de récompense que l’Etat magnanime nous donne en échange de notre exemplarité. Parce que, parfois, on a l’impression qu’en glissant son bulletin dans l’urne, on contribue à construire la démocratie. Parce que, oui, aussi, on a des convictions. Le plus épique, c’est pour les politiques et, en particulier, les démocrates. Doivent-ils participer ? Ne doivent-ils pas ? Autant de raisons pour pencher pour l’une ou l’autre réponse. Participer ? Oui, même si le jeu est verrouillé grave, aller à l’Assemblée, c’est se donner un chouïa de visibilité, sinon d’audibilité. Ne pas aller, c’est signifier qu’il ne faut pas compter sur bibi pour cautionner ce semblant de soi-disant de simulacre de façade. Démocratie ?! Quelles sont les positions des partis politiques là-dessus ? Le FLN ne changera pas une équipe de perdants qui gagnent à coup sûr ! «Ils» vont continuer à sévir, à tirer sur la corde jusqu’à ce qu’il ne reste de la corde que la corde. Le RND ? S’arrêter en si bon chemin ? Pas possible, non ! Les autres ? Les islamistes — ceux qu’on appelait de cette dénomination, aux temps de braise — n’ont même plus besoin d’être représentés chétivement dans un parlement. Leur idéologie a si profondément pénétré toutes les institutions de l’Etat qu’ils n’ont même plus à se fouler. Le temps — et la mitraille — a bossé pour eux, les veinards. Restent les autres, les nôtres. Démocrates à temps plein, démocrates en contrat à durée déterminée, que faire de ces urnes, symboles du suffrage, lui-même symbole de l’alternance, elle-même symbole… Iront-ils ? Iront-ils pas ! S’ils y vont, ils savent, les nôtres, que cela se fera dans des proportions attribuées selon des chiffrages alchimiques tellement complexes qu’on ne peut pas les faire deux fois sans se planter. C’est l’occasion de savoir combien on pèse électoralement sur la balance de l’arbitre. S’ils n’y vont pas, les nôtres, eh bien, ils existeront encore moins qu’ils n’existent en ce moment. Ils se privent par avance de la petite crise parlementaire, de la petite motion de censure, de la minuscule interpellation. In fine, je retire ce que j’ai dit en hors d’œuvre. Les élections législatives ont ceci de suprêmement instructif, c’est qu’elles nous renseignent sur la cherté de la vie mieux que toutes les études de tous les instituts et centres d’études réunis. C’est un sacré moment de vérité des prix, à en juger par l'âpreté initiatique avec laquelle les députés discutent de leurs salaires et autres avantages. Je ne sais pas à combien étaient les salaires durant la législature qui s’achève mais les prochains députés demanderont une augmentation. C’est la seule chose de sûre dans ce royaume de l’incertitude.
A. M.
P. S. de là-bas : Suite à la petite phrase sur les volontaires contenue dans la chronique consacrée à Abderrahmane Mahmoudi, j’ai reçu, entre autres, ce message de l’ami Ali Fatha, ancien étudiant volontaire, que je publie sans commentaire : «N’étant délégué par personne, j’évite donc de fabuler au nom «des volontaires» pour m'en tenir à ma seule expérience personnelle :
- le niveau d'engagement n'était pas zéro, mais maximum (je suis fils d'ouvrier agricole analphabète, torturé à 5 reprises par l'armée démocratique de la France républicaine et m'engager pour la RA était et reste pour moi un réflexe naturel et une expérience sociale formatrice (et non formateuse) inoubliable).
- Si slogan il y a, le seul encore valable pour moi est "la terre à celui qui la travaille".
- La vulgate est celle de gens décidés à récupérer leur dignité par le travail, quelle que soit la langue dans laquelle ils (elles) s'expriment et quel que soit le niveau de maîtrise de cette langue, y compris dans la formulation politique. Les parrains post et néocoloniaux et leurs Chicago Boys de service ne s'y sont pas trompés. C'est quand même un volontaire qui a, l'un des premiers, payé de sa vie son appartenance à ce mouvement précoce de résistance à la prédication obscurantiste et l'accumulation crapuleuse du capital.»

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