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«Benbouzid. Il était déjà ministre de l’Education
lorsque je chantais Kassaman à l’école primaire.»
Cé dire !
Dans quel état il étaaaaaaaaaaaaaaait ! Lamentable ! Et dire que, dans sa
tête, il se préparait déjà pour la bataille des législatives. Il faisait et
refaisait des comptes de campagne. Il calculait les probabilités de sièges à
décrocher. Il appelait sans cesse ses fidèles. Il battait le rappel des plus
tièdes. Il s’est même réconcilié en partie avec les judas qui l’ont trahi. Tout
baignait pour Abdallah Djaballah. Jusqu’à ce moment fatidique, cet instant «T»
comme seule l’administration algérienne sait en réserver. D’un air détaché, sans
avoir l’air d’y toucher, sans faire montre d’une quelconque agressivité, presque
avec de la gentillesse dans la voix, le préposé aux élections, posté derrière le
guichet où l’on délivre le fameux dossier de participation aux législatives, a
remonté d’un geste lent ses lunettes, a regardé Djaballah avec des yeux de biche
s’apprêtant à manger le lion qui l’avait déjà avalée du regard et lui a lâché :
«Cheïkhouna, makach les élections pour vous. Allah inoub ! » Ya bouguelb ! Celui
de Djaballah a fait un bon dans sa poitrine. La terre d’Algérie, cette terre
d’islam sur laquelle il rêvait de planter un drapeau vert s’est soudain dérobée.
Il a eu une hypo. Il a sué de la calotte. Ses aisselles ont commencé à coller.
Sa barbe s’est recroquevillée en milliers de points d’interrogation. Paraissant
soudain 1000 ans, le jeune Cheikh a pris son portable acheté à Dubaï et a appelé
l’autre Cheikh, Abdelaziz Belkhadem. Celui-ci, poliment, avec une infinie
patience, lui a expliqué qu’il était en réunion, et qu’il le rappellerait juste
avant le verdict dans l’affaire Khalifa. Djaballah attend toujours. L’appel de
Belkhadem, bien sûr, pas le verdict. Quoique ! Et pendant que Djaballah voit ses
rêves de planter un drapeau bien vert, tout à fait vert sur cette bonne terre
d’Algérie, Belkhadem rit doucement de ce tour pendable joué au prédicateur de
Skikda, fait des comptes de campagne, calcule les probabilités de sièges à
décrocher, appelle les fidèles, fait tuer les infidèles et rêve de planter sur
cette bonne terre d’Algérie un drapeau noir, bien noir. Je fume du thé et je
reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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