Périscoop : BAZOOKA
Art et engagement
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


Hier, en hommage à Abdelhamid Benzine, militant du PPA puis du PCA, journaliste talentueux et écrivain, un colloque s’est ouvert autour du thème de l’art, de la culture et de l’engagement. Il est réconfortant que la Bibliothèque nationale abrite de façon continue des rencontres, des cafés philosophiques, des colloques, des hommages, centrés autour d’interrogations majeures à propos de la création et la culture.
Les questionnements énoncés dans la journée d’hier n’ont pas échappé à la règle de la complexité. Rien n’est plus tentant, sur ce plan, que de s’en tenir à la subjectivité, au volontarisme, à l’utopie qui sont les compagnons naturels du travail artistique. Les difficultés apparaissent dès que cette subjectivité se met à réfléchir, à penser son rapport au monde. Pourquoi et pour qui écrivent, dessinent, riment, jouent les artistes, les poètes, les écrivains ? Quelle place dans la société vont tenir leurs œuvres et auront-elles un effet, un impact, une efficacité éthique et esthétique ? Bien sûr, de telles interrogations amènent les débatteurs à dépasser les frontières des disciplines qui peuvent nous éclairer : histoire des arts, de la création, des idéologies ; rapports entre liberté et idéologies, places respectives du profane et du sacré ; perception et statut de l’artiste dans la société, audaces créatrices et limites du message ; sociologie et psychanalyse de la culture et de la création. Il ne s’agit vraiment pas de faire bien, de parler pour contredire, de monopoliser la vérité. Non ! Tout simplement cette question est tellement complexe, à la croisée de tant de déterminations et de facteurs, que tous ces aspects entrent en ligne de compte avec le risque que chaque analyse prétende faire le tour de la question et clore la problématique. De ce point de vue-là, le colloque a répondu aux attentes et ouvert des entrées multiples à la réflexion. Il reste que la question de l’engagement signale toujours un mal-être de l’écrivain, du poète, de l’artiste. Son rapport à un monde encore injuste dont les damnés les interpellent pour transposer leur humanité de la sphère de leur héritage culturel à celle de la création artistique. C'est-à-dire trouver les formes d’aujourd’hui par lesquelles s’accomplit comme mémoire future la conscience des damnés.
M. B.

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