
Le Soir des Livres : "LE HUITIEME MORT DE TIBHIRINE" DE RINA SHERMAN Un témoignage poignant
En 2003, Rina Sherman, cinéaste et
anthropologue, a rencontré le journaliste-photographe Didier Contant,
rédacteur en chef de l’agence Gamma, en plein cœur du pays des Ovahimba,
en Namibie. Depuis 7 ans, Rina travaille sur le patrimoine culturel de
cette tribu, et le couple projette de retourner à Paris avant de
regagner la Namibie et l’Angola, pour divers travaux de recherche. En
février 2004, D. Contant retourne en Algérie, poursuivre à nouveau son
enquête sur la mort des moines trappistes. Rentré à Paris et alors qu’il
s’apprêtait à publier “la suite de son enquête, il se défenestre du 6e
étage d’un immeuble parisien. Un collègue journaliste, Alain Hamon écrit
dans la presse : “D. Contant a été victime d’attaques très virulentes et
très dures de la part de certains journalistes de Canal+. La rédaction
du Figaro-Magazinea fini par céder au chantage de ces derniers. Pour
l’instant, la thèse du suicide est plausible, cependant, Didier n’aurait
pas pu se jeter du 6e étage s’il n’y avait pas été conduit par de
terribles pressions et de virulentes attaques détruisant sa
crédibilité”. Non convaincue des résultats de l’enquête de police qui
conclut au suicide par défenestration, sa compagne, patiemment, déroule
le fil d’ariane et remonte vers la genèse du drame. Elle reconstitue le
puzzle pièce par pièce et met à nu l’imbroglio politico-médiatique qui a
abouti à la mort de Didier Contant. Le récit, à la fois enquête et roman
noir, déroule une chronologie des faits où la réflexion cartésienne ne
laisse aucune place aux supputations erronées, aux trahisons, aux
faux-fuyants, aux mensonges et aux calomnies de la part de journalistes
de Canal+, d’éditeurs et d’avocats d’organisations des droits de
l’homme, constituant le fameux lobby du “qui tue qui”. Dans un climat de
dérives et d’hostilité, l’auteur écrit le scénario du roman noir dans
lequel l’homme qu’elle aime occupe le rôle du mort. Face aux portes qui
se cadenassent sur son passage, Rina Sherman ne veut rien taire des
découvertes mises à jour tout au long de ses pérégrinations dans une
quête surréaliste vers la vérité. Il fallait remonter aux sources pour
exorciser le mal. Ce livre l’a fait. Dans un épilogue poignant, l’auteur
clôt sa quête en rédigeant le dernier chapitre d’une vie et d’une
histoire communes : “Je voulais te dire ...” “que le temps ne s’écoule
plus, que l’espace devienne infini, que la brise me donne des ailes, tel
un oiseau, je planerai, rien que pour te retrouver”. Antoine Sfeir,
politologue et spécialiste du monde arabe écrit, dans la préface du
livre : “Devant ce travail colossal, minutieux, on ne peut que
s’incliner. A la lecture des pages qui suivent, les autorités ne peuvent
rester indifférentes et, pour avoir la conscience tranquille, devraient
instruire cette mort.”
Nora Sari
Le 8e mort de Tibhirine
Rina Sherman - Lazhari Labter - Edition
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