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Fin du procès Khalifa. Et que tout le monde…
… pleure !
J’ai lu hier que les Irlandais s’intéressent à l’expérience algérienne en
matière de réconciliation nationale. Et j’ai lu bien avant-hier aussi que les
Américains eux s’intéressent à notre formidable expérience en matière de lutte
contre le terrorisme. J’ai lu bien-bien avant-hier que les Américains, encore
eux, «s’intéressent d'un vif intérêt» au film La bataille d’Alger pour ce qu’ils
pensent y trouver comme trucs et astuces sur la guérilla urbaine. C’est fou le
nombre de pays et de puissances que nous intéressons ces derniers jours. C’est
hallucinant la somme astronomique de gens issus de pays hyperdéveloppés qui
avouent qu’ils attendent énormément du cas de figure Algérie pour apprendre,
pour trouver les solutions à leurs problèmes. Mais alors, si nous, Algériens,
nous arrivons dans le même temps à épater les Américains par notre formidable
réussite dans la lutte contre le terrorisme, et à en boucher un coin aux
Irlandais par notre savoir-faire en matière de pardon et de réconciliation,
comment se fait-il qu’ici, en Algérie même, la lutte contre le terrorisme en
soit encore à patiner et la réconciliation à pédaler dans la semoule ? Pour être
ainsi un modèle jalousé de réussite aussi bien dans la répression que dans le
pardon, c’est que nous serions subitement devenus une terre d’exception, une
sorte de sanctuaire à la dimension quasi céleste. Et des gens en apparence très
sérieux nous racontent longuement, avec force détails, comment tout le staff de
Bush a passé des heures à visionner le film de Pontecorvo, et comment les
Irlandais pensent pouvoir en finir avec le conflit millénaire entre catholiques
et orangistes grâce aux recettes miracle de la réconciliation à l’algérienne.
Très sincèrement, je ne sais pas trop si le transport de bombes dans des
couffins portés par de jeunes et belles filles d’Alger peut vraiment aider à
stopper la course folle d’un missile antichars russe tiré par un commando de
l’internationale sunnite fraîchement débarqué en Irak, je ne sais pas non plus
si l’attribution à un ancien de l’IRA d’une ligne de transport en commun et d’un
prêt pour l’achat d’un Peugeot Karsan peut apporter l’apaisement en Irlande. Par
contre, je sais qu’avec ce genre de raccourcis, avec les théories fumeuses sur
l’apport de la Bataille d’Alger dans l’anéantissement d’Al Qaïda et de Ben
Laden, nous en avons encore pour longtemps à fumer du thé et à rester éveillés à
ce cauchemar qui continue.
H. L.
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