Culture : RENCONTRE AVEC LE PRINCE DU LUTH, FARID FERRAGUI
Son album "Assif toudherth" (Le fleuve de la vie ) sort demain !


Après une absence qui a duré près de quatre années, le rossignol de la chanson sentimentale kabyle, le prince du luth à la voix suave et au timbre sensible, Farid Ferragui, revient avec un nouvel album. Ce nouveau produit, contenant six chansons, sera mis sur le marché demain. Le dernier album qu’il a mis sur le marché date de 2003. Depuis, silence radio. Ses fans n’ont de cesse de se demander sur le devenir de leur idole.

En effet, sa dernière parution sur scène remonte au printemps 2005. Ceux qui aiment ses chansons étaient nombreux à aller le voir. Là où il passe, que ce soit à Tizi-Ouzou, Béjaïa, Bordj-Bou Arréridj, ou à Oran, Farid plonge ses fans dans une ambiance sans précédent. L’exemple le plus édifiant est celui d’El-Bordj. En fait, avant même le début du concert, qui a eu lieu en 2005, le public était déjà là. La salle était archicomble. Les fans étaient venus de toute la wilaya. Plusieurs fourgons ont stationné devant la salle où devait se tenir le concert. Une fois sur scène, Farid n’en croyait pas ses yeux. Il n’en revenait pas. Grande fut sa surprise. Une foule aussi nombreuse, aussi impressionnante est venue le voir ! “Ai-je donc une aura pareille même à El Bordj ?” se demandait-il. La réponse ? Il n’en a pas besoin puisqu’elle a été fournie sur place et tout de suite, sans même attendre. Farid revient donc avec un nouveau produit intitulé Assif toudherth (Le fleuve de la vie). Le titre a une signification profonde. Pour l’expliquer, nul ne peut le faire mieux que lui. Pour ce faire, notre artiste a accepté de se livrer au Soir d’Algérie. Suivons pas à pas celui qui a bercé, pendant plus de 27 ans, un public qui va grandissant. Des jeunes générations le découvrent, mais avant eux, il y avait déjà ceux qui ont eu un “coup de foudre” pour ses chansons. Qui ne se rappelle pas de Thid iyirhan (Celles qui m’ont tuées), Fihal aka ar daskamlagh( Ainsi je continuerai jusqu’à la fin)… Dans ses concerts, il fait pleurer même les vieux. On se souvient de ce sexagénaire venu, au début des années 2000, à la salle Atlas et qui a été montré lors du JT de 20h en train de pleurer ! On se souvient également de cette vieille de Béjaïa qui a prié l’artiste de lui chanter l’une de ses chansons phare, à savoir Thid iyirhan. Là, notre belle vieille, en se rappelant certainement des vieux souvenirs, s’est mise à sangloter. Ainsi donc est Farid Ferragui, un artiste complet. Suivons-le donc à travers cet entretien.
Hakim C.

INTERVIEW FARID FERRAGUI AU “SOIR D’ALGERIE”
"Mon album est un hymne à l'amour"

Le Soir d’Algérie : Après une absence de près de quatre ans, vous êtes enfin de retour …
Farid Ferragui :
Une absence qui a trop duré, certainement, et j’en suis conscient. J’étais en train de me débattre avec les petits malheurs qui ont frappé, ces derniers temps, ma vie de plein fouet. Je suis comme tout le monde, sensible aux problèmes de la vie quotidienne auxquels j’ai dû faire face ces dernières années. J’étais comme pris par un fleuve en furie. Il m’a emporté très loin du rivage. Mais maintenant, je pense que le calme revient de plus en plus. Dieu merci. Vous savez, un vrai homme est celui qui est forgé par la vie. La vie est une vraie école dans laquelle on apprend tout. Néanmoins, il faut savoir esquiver les coups tout en les prenant pour des leçons. Et puis, il y a autre chose que je dois souligner, c’est que les difficultés de la vie, et ses malheurs, aussi violents soient-ils, ne font qu’approfondir encore davantage notre foi.
Vous revenez donc. Peut-on savoir ce que vous réservez à votre public ?
Pour mon public, je lui dis que je lui réserve une bonne surprise. Un album de 6 chansons, d’une durée de 60 minutes, sera mis sur le marché dès demain. Il est intitulé Assif touderth (Le fleuve de la vie).
Pourquoi avez-vous opté pour ce titre ?
Je trouve qu’il revêt une caractéristique philosophique et existentielle particulière. Le fleuve de la vie renvoie en fait à toutes ces expériences que j’ai passées ces dernières années. Je parle de mon vécu, et à travers lui de la vie de tous les jeunes Algériens. Au début, j’allais l’intituler Le cimetière oublié, en rapport au titre de l’une de mes chansons, à savoir Thimaqvarth yetswatsun (Le cimetière oublié) mais certains amis m’ont demandé de le changer parce que, croient-ils, il est trop triste. Donc j’ai opté pour Le fleuve de la vie qui est à la fois philosophique et poétique.
Justement, vos chansons, du moins la plupart, sont tristes et mélancoliques, pourquoi donc toute cette mélancolie qui les prédomine ?
Vous savez, on ne peut chanter que ce qu’on ressent. Le vrai poète est celui qui écrit noir sur blanc les maux qui l’entourent. Je crois qu’il n’y a que cela qui est vrai. Quand je prends mon luth, et que je me mets à chanter les blessures que j’ai subies durant toute ma vie, je sens que je suis premièrement honnête avec moi et en second lieu avec mon public. Je chante l’histoire de ma vie qui n’est pas forcément heureuse. Je crois que c’est la vraie clé de réussite.
Et la chanson sentimentale, continueriez-vous à la chanter en dépit de votre âge ?

Plus que jamais. Il faut savoir que la chanson d’amour ne fait qu’élever celui qui la porte haut. La chanson sentimentale est noble. On doit l’écrire avec des lettres d’or. Il n y a que ça qui dure en fin de compte. On peut perdre les choses les plus estimables dans notre vie, mais on n’a pas droit de perdre ce sentiment noble. Et je dois dire à ce propos que même si on prend de l’âge, l’amour, lui, n’en prend jamais. Au contraire, il s’élève, grandit et devient mûr. Je continuerai à chanter la chanson sentimentale, parce que c’est une source intarissable de la vie. Je dis même que l’amour c’est la vie.
La situation de la chanson kabyle va de mal en pis. Pour vous, en tant qu’artiste ayant plus de 27 ans de carrière derrière vous, à quoi est dû ce fait ?

Je pense que cette situation est due au manque d’effort et le peu d’intérêt qu’on accorde à la chanson kabyle en tant que telle. La jeune génération, à quelques exceptions près, ne fait que reprendre les chansons écrites et composées par les autres. C’est pour cela que je ne cesse de dire que la chanson kabyle est plus que jamais menacée. A la longue, elle ne pourra pas résister au nouveau phénomène planétaire, à savoir la mondialisation.
La mondialisation est coupable à votre avis ?

A l’état actuel des choses, je crois dur comme le fer que la mondialisation est plus que coupable parce qu’elle est basée sur la ruse et la malice. Les superpuissances mondiales veulent anéantir les petites nations, et par conséquent les petites cultures. Notre culture berbère se trouve menacée par ce phénomène dévastateur. Et lorsque je parle de culture, je parle aussi de la chanson en tant qu’élément indissociable. A notre époque, on importe des styles étrangers dont notre culture ne bénéficie point. Je le dis et je ne cesserai de le répéter : notre identité est en danger. Il faut savoir la protéger sans pour autant l’enfermer dans un carcan. Plusieurs tentent d’imiter les étrangers, je leur dis qu’ils tombent dans un piège duquel ils ne s’en sortiront pas indemnes. A notre époque, seules les cultures puissantes resteront ; les autres, les petites, sont condamnées à une disparition précoce.
Quels sont vos projets ?

Actuellement, je prépare intensivement la tournée nationale qui commencera le 28 mars en cours. Je l’entamerai de la ville de Tizi-Ouzou. Je partirai ensuite à Béjaïa le 4 avril, Bouira le 11 avril, Bordj-Bou-Arréridj le 12 avril, Sétif le 19 avril, et au mois de juin je reviens vers Alger et Oran.
Entretien réalisé par H. C.

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