Panorama : LETTRE DE PROVINCE
Opposants et affinités... électives
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Il faudra dorénavant faire appel à l’exégèse pour interpréter les subtiles formulations d’un Saïd Sadi ou d’un Hocine Ali. Le commentaire journalistique ayant montré ses limites dans l’explication des textes, seule donc cette science de la critique est à même de rendre intelligible une prose politique absolument obscure pour les esprits peu exercés. Car il faut l’avouer d’entrée de propos, ce que disent et écrivent ces deux-là à propos de leur participation aux élections relève d’abord de la mystification sémantique.
Hocine Ali, pour ne citer que lui, a même réussi la prouesse d’exprimer en cinq phrases une chose et son contraire. Mieux encore, il emprunta au jargon stalinien le vocabulaire historique qui le caractérisait. Sans nous vanter, comme dit l’humoriste, nous n’avons rien compris à son aveuglante lumière politique. Cette dialectique de combat qui fait de la reddition une arme pour vaincre ! Retenons à travers son propos cette formule ronflante qui résonne en creux quand elle prétend «résoudre» un dilemme idéologique. «Aiguiser la nouvelle contradiction structurante et la résoudre dans le sens de la démocratie et du développement de l’économie productive », écrit-il. Voilà qui est clair sauf pour l’électeur virtuel qui ne voit toujours pas pourquoi il irait encore voter quand rien ne change dans son pays ; et lorsque cela arrive parfois, c’est toujours en mal. Implicitement, il se demande à quoi servent ces partis et ces leaders s’ils n’exigent pas des comptes aux princes qui nous gouvernent ? Autrement dit, à quel moment l’irresponsabilité au sommet de l’Etat interpelle-t-elle enfin les consciences de ceux qui pèsent, soit par leur compétence soit par leur rayonnement politique ? Combien d’épreuves et de preuves leur faut-il encore pour vaincre leurs hésitations et les convaincre de la nécessité de mettre un holà à l’ingouvernabilité chronique de ce pays ? Lorsque tous les signaux alertent sur les périls imminents et que l’irrémédiable frappe aux portes de la demeure Algérie qui pourra encore trouver des excuses à ces acteurs, voire les dédouaner au nom de leur bonne foi ? C’est dire que l’on ne doit pas se réfugier dans cette «éthique du devoir» lorsqu’on a la certitude que celui-ci est la négation du bien public. Un ministre, par exemple, ça obéit certes, mais ça démissionne également lorsqu’il est en désaccord avec sa conscience. La sacralisation démesurée de la plus haute fonction de l’Etat justifierait- elle cet affaissement moral de ces grands commis ? Leur conception étriquée de leur charge pèserait- elle plus lourdement que l’hypothèque ruineuse sur le destin collectif à laquelle ils participent ? Que l’on ne conclue pas hâtivement à la tentation putschiste et à la culture du radicalisme qui ne viserait qu’à la contestation du premier cercle. Il y a plus grave dans le ciel de ce pays que les vieux conflits d’intérêts et le choc des clans. Il y a plus une nuit d’encre qui a fini par paralyser totalement les institutions et contre laquelle il est impératif de réagir patriotiquement en faisant abstraction des petits conforts ou de cocon de la carrière personnelle. Ce devoir moral de s’opposer au césarisme qui s’est installé au sommet de l’Etat s’impose aujourd’hui, sous la forme de l’urgence. Il faut endiguer cette descente aux enfers. Mais paradoxalement, ce sursaut n’est plus attendu de la part de toute cette opposition molle que le MDS version Hocine Ali ou le RCD cuvée 2007 prétendent représenter. Il est plutôt souhaitable qu’il soit l’œuvre des appareils qui jusque-là constituent le cordon sanitaire du pouvoir lui- même. Qu’est-ce à suggérer si ce n’est que la disqualification notoire de la plupart des réseaux se revendiquant des valeurs républicaines ou tout au moins leur atermoiement dictées par quelques intérêts étroits ont fini par renforcer le crédit des appareils qui gouvernent. Et c’est donc de ces derniers que l’on attend les bons changements. Alliés insoupçonnables d’un président auquel ils continuent à fournir des bataillons de prétoriens destinés à servir ses desseins, seuls eux pourraient aujourd’hui infléchir ses mauvais choix ou rectifier sa perception. Même si une telle hypothèse est difficilement envisageable à contrario, l’on voit mal comment les Hannoun, Djaballah, Sadi et Hocine Ali, avec de fantomatiques escouades de députés et d’invisibles militants de base, pourraient peser sur la conduite des affaires de ce pays. Seuls ceux qui sont à l’intérieur ont cette possibilité. C’est que dans le saint des saints du sérail il n’est pas improbable que les rapports de vassalité s’inversent et que le président totalement affaibli par les échecs patents ne soit progressivement soumis à de nouvelles exigences de la part des princes qui l’entourent. Cette confrérie politique à laquelle il avait conféré les attributs d’alliance présidentielle se trouve, précisément, comme l’unique dépositaire de sa ligne et le fondé de pouvoir de son crédit. Or, pour des préventions compréhensibles et afin de s’aménager une survie politique, les partis qui composent cette association pourront-ils continuer à afficher une docilité et défendre sur tous les fronts une politique quand les clignotants sont au rouge ? Eux qui savent qu’il n’est jamais sain pour un appareil d’être compromis dans une impopularité structurelle doivent par conséquent prendre les devants et anticiper sur les effondrements qui menacent l’architecture du régime. Les inconforts qu’ils subissent de par leur proximité et le partage avec le président de son bilan doivent d’une manière ou d’une autre les pousser à afficher publiquement quelques désaccords. Les campagnes électorales à venir (législatives et locales) seraient donc un bon prétexte pour se démarquer de la démarche officielle même s’ils savent qu’ils ne convaincront pas l’électeur. Ce dernier ne sera d’ailleurs pas sensible aux discours circonstanciels des opposants institutionnels même lorsqu’ils lui chantonnent des comptines sur le mode : «Ce ne sera pas le peuple au service des institutions, mais les institutions au service du peuple.» En partageant un destin commun, les partis du pouvoir et ceux de l’opposition participative ne survivront pas aux démantèlements futurs dès lors qu’ils constituent les satellites d’une même galaxie. Parce que la décomposition de l’architecture politique a déjà commencé, ils en seront les premiers à en faire les frais. Sauf à imaginer qu’au niveau de leurs dirigeants il s’en trouvera quelques lucides stratèges pour estimer que le pays est vraiment mal en point pour enfin mériter un mea-culpa. Celui qui se décline d’abord sur le mode de la réfutation des farces électorales. En attendant ces grandes probités politiques. C’est héla, Sadi et Hocine Ali qui font le chemin inverse sans craindre de se prendre les pieds dans les tapis qu’on leur déroulera.
B. H.

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