Périscoop : BAZOOKA
Retour sur Bruxelles
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


La chronique sur la réunion de Bruxelles qu’ont tenue les organisations de victimes du terrorisme et de disparus a provoqué quelques réactions inattendues. Leur fond est simple. Très simple. Si ces organisations avec l’aide des ONG et les pressions internationales arrivaient à leurs fins, cela signifierait une victoire des terroristes.
La crainte est nette et l’argument à l’appui de cette thèse solide : ce serait une justification a posteriori des crimes terroristes, un renvoi dos à dos des bourreaux et des services de sécurité, des patriotes, des groupes de légitime défense qui ont sauvé le pays, l’Etat, l’idée de la république et stoppé les crimes de masse programmés par les intégristes bien avant janvier 1992. Tous les autres aspects de cette réunion sont gommés. Le premier d’entre eux est que le rapprochement de ces organisations vient de la méthode utilisée par le pouvoir pour imposer sa charte de la réconciliation nationale. En parlant au nom des victimes, en leur imposant le silence sur leurs souffrances et sur leurs douleurs, en refusant d’appeler les choses par leur nom et en transformant une entreprise de destruction de l’Etat et de la nation par le terrorisme et le crime de masse en vague tragédie nationale, il a tué tout sens à l’opération. Personne ne niait la nécessité d’affronter la question de la paix et d’en faire une réalité. Tous les gens sensés, et d’abord les spécialistes, signalaient que la méthode allait contre le but et allait prolonger la souffrance chez les victimes. En évitant le débat contradictoire et en pardonnant sans principe, c’est plutôt le pouvoir qui a légitimé les terroristes coupables de meurtres et de viols avérés. La réconciliation aurait voulu précisément que les coupables et les bourreaux reconnaissent leurs rôles et leurs fautes et demandent pardon aux victimes. Nous avons assisté, au contraire, à des déclarations de terroristes glorifiant leurs crimes. C’est bien cela qui fait peur encore aux gens. Cette crainte, à elle seule, montre à quel point la charte pour la réconciliation a mis en marche un tout autre processus que celui de la paix et de la guérison des traumatismes.
M. B.

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