Panorama : LES MAURITANIENS ELISENT LEUR PRESIDENT
Retour du pouvoir aux civils


Les Mauritaniens se rendaient hier aux urnes pour élire leur président, clôturant ainsi un processus jusqu'à présent exemplaire et relativement rare en Afrique de passage de pouvoir des militaires aux civils après un coup d'Etat en 2005. Quelque 1,1 million d'électeurs étaient attendus à l'occasion de ce second tour dans les 2.400 bureaux de vote de ce pays en grande partie désertique, deux fois plus grand que la France mais peuplé de seulement 3,1 millions d'habitants. Selon le ministère de l'Intérieur, aucun incident n'avait été signalé à la mi-journée.
Le taux de participation s'élevait autour de 30% à 11h00 (locales et GMT), "plus faible" qu'au premier tour en raison d'une fraîcheur matinale inhabituelle. "Tout se passe globalement bien. Rien n'a entravé le processus. Il n'y a pas eu d'incident, pas eu de personnes non autorisées dans les bureaux de vote", a confirmé à la presse Marie- Anne Isoler-Béguin, la responsable des 85 observateurs de l'Union européenne déployés dans le pays. Le jour est historique. Depuis l'indépendance en 1960, les présidents sont arrivés au pouvoir par des coups d'Etat et se sont ensuite fait réélire dès le premier tour lors de scrutins entachés de fraudes. Les deux candidats ont des profils similaires : ils font partie de la même génération, du même milieu social élevé, sont issus de familles maraboutiques, ont été ministres et ont connu la prison et l'exil. D'un côté, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, 69 ans. Arrivé en tête au premier tour du 11 mars avec près de 25% des voix, il est soutenu par l'ancienne majorité présidentielle au pouvoir avant le coup d'Etat et se présente comme "le président qui rassure". Ses adversaires le soupçonnent de recevoir le soutien de membres de la junte, ce qu'il réfute. "Bien sûr que je suis optimiste, je respecterai tout à fait les résultats. Si mon challenger est élu, je le féliciterai de tout cœur et lui souhaiterai plein de succès", a-t-il déclaré à la presse, l'air détendu, après avoir voté dans un bureau de Nouakchott. Face à lui, Ahmed Ould Daddah, 65 ans, opposant irréductible au régime déchu du président Mouawiya Ould Taya (1984-2005), a déjà été candidat malheureux en 1992 et 2003 lors de scrutins dont il a contesté la régularité. Il prône le "changement" pour "tourner la page du passé". "C'est un grand jour pour le peuple mauritanien. Il fermera, je l'espère, une page douloureuse de son histoire pour en ouvrir une nouvelle, marquée par le renforcement de l'unité nationale", a-t-il déclaré dans une brève déclaration à la presse après avoir voté. Il n'a pas évoqué des suspicions de fraudes. Samedi soir, sa direction de campagne a fait part de ses inquiétudes concernant la fiabilité du fichier électoral et affirmé, sans en apporter la preuve, que des cartes électorales étaient achetées en vue de fraudes. Dans la nuit de samedi à dimanche, le ministère de l'Intérieur a diffusé un communiqué assurant que le fichier électoral, affiné par trois récents recensements, avait été jugé fiable par les observateurs étrangers. Le futur président, un civil, succédera au chef de la junte, le colonel Ely Ould Mohamed Vall qui ne s'est pas présenté au scrutin présidentiel, conformément à ses engagements initiaux afin de garantir la neutralité du processus de transition démocratique. Ce dernier a affiché devant la presse hier sa "satisfaction" au vu de "la réussite parfaite de la transition démocratique". "L'avenir de la Mauritanie sera forcément radieux (...) Une autre Mauritanie est en train de se construire", a-t-il estimé. Les premiers résultats étaient attendus dans la soirée d’hier et les chiffres complets aujourd’hui. Le futur président mauritanien doit être investi le 19 avril.

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