Panorama : MARINS BRITANNIQUES DETENUS PAR L'IRAN
L'Union européenne plus perfide que solidaire
De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari


A Brême, les 27 ont dit à la Perfide Albion à peu près ceci : “Messieurs les Anglais, débrouillez-vous...” L’Union européenne solidaire, mais très peu, trop peu même — selon le nombre d’observateurs — avec Londres, donne la nette impression d’accorder du crédit et du sérieux aux accusations portées par Téhéran contre le Royaume-Uni. Les ministres des Affaires étrangères des 27 Etats membres de l’UE étaient réunis à Brême, en Allemagne, avant-hier et hier.
Les “relex” de l’UE ont longuement et durement planché sur l’explosif dossier des marins et fusiliersmarins britanniques détenus par l’Iran. Cependant, analystes et commentateurs et observateurs ont constaté le peu d’allant et la mièvre solidarité avec Londres contenus dans le communiqué final rédigé à Brême. Le chef de la diplomatie allemande, Karl Walter Stainmeir, enfoncera davantage ses “amis” anglais en déclarant à l’issue du conclave : “Il est clair qu’un message de solidarité avec la Grande-Bretagne doit être envoyé d’ici.” Pas plus... Les ministres des AE de l’UE, réunis en Allemagne qui préside, actuellement, l’Union, donnent l’étrange mais nette impression de savoir que l’Iran n’a pas tout fait dans cette affaire. Et que, par conséquent, ses accusations selon lesquelles les militaires britanniques mouillaient non pas dans les eaux territoriales irakiennes mais bel et bien dans le domaine maritime iranien, reconnu comme tel par les instances internationales, ne sont pas totalement infondées. Présent au “Colloque diplomatique” brêmois, le ministre des AE luxembourgeois, très proche, dit-on, ici, à Bruxelles, de Angela Merkel, chancelière allemande, a complètement fissuré le déjà très fragile et hypocrite soutien européen à Londres. En affirmant “même si nous sommes totalement solidaires avec le Royaume-Uni, nous devons tout faire pour installer les garde-fous nécessaires afin d’éviter que tout explose”. Le Luxembourgeois sonne, carrément, le glas de la plaidoirie londonienne qui voulait mettre le paquet pour entraîner les 27 dans une surenchère anti-iranienne irrésistible. Cependant, des sources traditionnellement informées indiquent dans la capitale européenne, Bruxelles, que les Français, les Allemands ont empêché toute action de solidarité, même verbale, pouvant indiquer un refroidissement européen sur les positions, très controversées, de Londres dans les Proche et Moyen-Orient. Les Anglais n’ont donc pas obtenu à Brême ce qu’ils venaient y chercher : le gel de tout contact européen avec l’Iran jusqu’à la libération des marins britanniques. Réponse cinglante de l’UE juste après la réunion brêmoise et par une voix très autorisée, celle de la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero Waldner : “Je pense que nous devons être prudents... Nous sommes dans un moment très délicat.” En langage courant, cela veut dire à peu près ceci : “Messieurs les Anglais, débrouillez-vous”...
A. M.

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