Régions Centre : AIN-DEFLA/4es JOURNEES MEDICALES
"Prévenir au lieu de vouloir à tout prix guérir le cancer"


L’Association des médecins spécialistes de la wilaya de Aïn Defla (Amsad que préside le Dr Larbi Bouamrane vient d’organiser, au centre universitaire de Khemis- Miliana, pour la 4e fois depuis sa création en 2003, ses journées médicales, les 28 et 29 mars, journées destinées aux médecins généralistes “afin d’élever leur niveau de prestation” dans le cadre de la formation continue.
Si le thème principal de ces deux journées a été “Le cancer, ses causes, ses formes, la prise en charge de cette pathologie galopante et qui fait des ravages chez nous”, il a été aussi question d’autres pathologies non moins graves par les conséquences qu’elles génèrent comme le diabète des deux types ou encore l’asthme. Pour ce qui est des causes des cancers, selon le Dr Bendali, microbiologiste du CHU F.- Fanon de Blida, toutes les thèses tendent à confirmer qu’à l’origine de la majorité des cas, il s’agit de virus en associations de cofacteurs déclenchants puisqu’au stade actuel, on dénombre quelque 991 virus encogènes (cancérogènes), ce qui oblige à s’orienter davantage vers le diagnostic précoce, le dépistage, voire la vaccination. Pour le Pr Mahfouf, qui est intervenu sur le cancer du sein, ce sont 1,1 million qui sont enregistrés dans le monde. Cette atteinte est à l’origine de 400 000 décès par an. En Algérie, le cancer du sein représente 53% des cas. Lui aussi met l’accent sur la nécessité de concentrer tous les efforts sur le diagnostic précoce et la prévention et même de la vaccination, une méthode récente mise en pratique aux USA et depuis une année en France. Le Pr Nafti Salim, chef du service de pneumologie, au CHU de l’hôpital Mustapha, intervenant sur le cancer du poumon, lui, tire la sonnette d’alarme : “80% des cas admis dans ce service souffrent de cette pathologie. Selon lui, thèse largement confirmée de par le monde d’ailleurs, à l’origine de cette maladie grave, dont la prise en charge est lourde et très coûteuse, le tabac, aussi bien pour les fumeurs actifs que passifs. Le Pr Nafti dira que si la courbe du nombre de cas décroît dans les pays d’Amérique du Nord et dans les pays d’Europe, elle accuse chez nous une courbe ascendante qui fait peur. En effet, relève-t-il, de 7 à 9 cas pour 100 000 en 1980, on est passé actuellement à 25/100 000, soit le triple en 25 ans. Et de s’interroger : “Qu’est-ce que ce sera dans 15-20 ans à ce rythme ?” Le fumeur passif n’est pas à l’abri lui aussi du cancer des bronches, puisque, relève-t-il, 13% des femmes de sujets fumeurs sont touchées. Pour faire infléchir cette courbe qui fait peur, il faut agir sur les causes surtout parce que “si on se borne uniquement à vouloir guérir, toute la recette pétrolière ne suffirait pas et encore ce serait pour des résultats très minimes d’une survie de 5 à 10 ans, qui ne dépasserait pas les 5% des cas ; la maladie n’étant prise en charge que très tardivement par absence de diagnostic précoce et de cofacteurs aggravants (le tabagisme). Le Pr Nafti s’étonne que les accidents de la circulation qui font 5 000 morts/an soient portés à la connaissance de tous, alors que le tabac provoque quelque 15 000 décès par an dans le silence “presque dans l’anonymat”. Il relève aussi que “la seule pénurie qui n’existe pas chez nous est celle du tabac... alors que parfois même le lait vient à manquer”. “Les multinationales veillent à la régulation permanente du marché national, voire tous les marchés des pays en voie de développement.” On remarque que depuis des années des pays nantis se débarrassent chez eux de leur poison (le tabac), mais pour maintenir leurs bénéfices énormes, ils viennent le déverser chez nous. Il ne comprend pas comment l’Algérie, qui a ratifié la convention-cadre antitabac avec l’OMS en mars 2006, un an après, mars 2007, rien n’a été fait encore, la loi n’a pas été promulguée par l’APN. “Partout on fume, on se tue et on tue”. Ce phénomène est aggravé par la contrefaçon et la contrebande. “Ce retard s’explique par les pressions énormes exercées par les multinationales présentes partout dans le monde”, explique-t-on. “Faire diminuer la consommation du tabac nous éviterait 15 000 décès et des milliards de dollars dépensés à vouloir guérir un mal que nous achetons”, nous dit un autre médecin contacté en marge des travaux de ces journées. “Pourquoi s’acharne- t-on à vouloir guérir alors que les chances sont minimes ? Pourquoi néglige-t-on de s’attaquer aux causes ?” Des questions lancinantes que tout le monde se pose. Le Dr Mazouzi du service de diabétologie, elle, intervenant dans le cadre du symposium organisé dans l’après-midi de la première journée, a fait profiter des collègues de son expérience en la matière en axant son exposé dans deux orientations. D’une part, la prise en charge de la maladie et, d’autre part, toutes les mesures à usage de prévention de la malade : le dépistage précoce surtout, car, affirme-t-elle : “Les études montrent qu’un diabète qui se déclare aujourd'hui est né il y a 10 ans...”. Par ailleurs, elle a largement développé les règles d’administration des insulines, notamment la dernière génération permettant d'éviter les hypo et hyperglycémies, à l’origine d’atteintes parfois graves. Rappelons ici que l’Amsad en 4 ans de vie a su gagner par sa persévérance l’esprit d’abnégation mis au service de la médecine par le biais de la formation du médecin généraliste à l’avant-poste du système de santé, gagner l’estime de tous mais aussi une adhésion de plus en plus grande. L’équipe rassemblée autour du Dr Larbi Bouamrane, qui préside l’Amsad depuis sa création en 2003, est à son 8e numéro de la revue Le praticien, et ce, sur ses propres ressources, les pouvoirs publics n’ayant jamais contribué avec le moindre sou à l’essor d’une telle association, note-t-on.
Karim O.

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