Périscoop : BAZOOKA
Riyad : le tournant arabe (3)
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


Ce sommet arabe marque-t-il des changements dans les formes ou dans les buts politiques américains ? Car quelle que soit la distance prise par les Saoudiens sur les questions régionales, ils restent encore sous une large influence américaine. Ce sommet a même été précédé par une anomalie diplomatique. Rice a réuni les ministres des AE du quatuor arabe «modéré» et… les chefs des services secrets de ces pays.
Une première, vraiment une première sous le parapluie idéologique de la démocratie ! Quel mépris pour les ministres et pour les gouvernements ! Ce simple fait détruit l’hypothèse d’une indépendance nouvelle de ces régimes. Alors, la dernière hypothèse prend du poids et de la consistance : la relance d’une offre arabe de la paix contre les territoires et l’intérêt euro-américain et israélien a pour but de diminuer la tension sur la question palestinienne, de la mettre au second plan des urgences régionales, de la déclasser en suscitant l’espoir d’une «vraie» solution pour ramener l’Iran au premier plan, le désigner comme l’ennemi le plus dangereux des Arabes. Le film de la pendaison de Saddam Hussein a, entre-temps, produit ses effets en tuant dans l’œuf le rapprochement sentimental entre sunnites et chiites après la résistance du Hezbollah. Il faut reconnaître aux Américains l’art de la manipulation et de l’influence, de la fabrication de la cause des dissidents soviétiques aux charniers fictifs de la Roumanie en passant par la violation de la clinique koweïtienne filmée aux Etats-Unis. C’est cette manœuvre tortueuse qui explique l’intérêt manifesté par Israël qui appelle les Arabes à discuter sans conditions, c'est-à-dire sans la condition de la terre contre la paix ; qui pousse les Etats-Unis à saluer l’initiative en soulignant que le cœur de progrès possible réside dans les discussions entre Israéliens et Palestiniens, ce qui revient à isoler ces derniers ; et permet aux Européens de jouer le rôle d’écran de fumée en reprenant le contact sélectif avec les ministres Fatah et de leur donner quelques miettes. Il restera, pourtant, quelque chose d’indiscutable de ce sommet : les Américains ont enterré leurs rêves de reconfigurer les frontières de la région et de travailler, finalement, avec ces pays arabes tels qu’ils sont. Ce n’est pas peu comme échec des néoconservateurs.
M. B.

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