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«Justice. Le barreau d’Oran jumelé avec deux barreaux marocains. »
Vive le Maghreb des barreaux !
Je reviens du Salon du livre de Paris, Paris en plein mois de mars, ville où
j’avais pensé avoir bravé ce qui se fait de mieux en termes de froid, de pluie,
de verglas et même de neige. Pourtant, lorsque le pilote du vol Air France
annonce que l’avion amorce sa descente sur l’aéroport Houari- Boumediene avec un
quart d’heure d’avance sur l’horaire (si ! si ! Je vous assure, c’est possible
!) un froid terrible m’a saisi dès le sortir de l’appareil. Bizarre, tout de
même. Le même pilote nous avait pourtant affirmé qu’il faisait une température
au sol de 24 degrés et que le soleil dardait à souhait. Sur la foi de sa
déclaration que je n’avais pas de raison de mettre en doute, je m’étais même
débarrassé de mon gros manteau et de mes mitaines. Je n’aurais pas dû ! Déjà,
dans le satellite, dans le couloir menant vers les formalités douanières et de
police, une bise cinglante soufflait sans que l’on sache vraiment d’où elle
venait. Ensuite, en empruntant l’escalier vers les guichets de police, le
contact avec la rampe métallique me fit pousser un cri vite réprimé, de peur de
semer la panique en ces lieux. J’avais été comme électrocuté par le contact
extrêmement froid avec cette rampe. On aurait dit une lame de rasoir gardée des
semaines durant dans une chambre froide. N’ayant pas rempli de fiche de
débarquement dans l’avion, j’en saisis une posée sur des guéridons. Le carton
était glacial, comme frigorifié. J’eus toutes les peines du monde à fournir les
renseignements demandés. D’autant plus de peine, que le stylo que je sortis de
ma poche, lequel était à la bonne température lorsque je l’avais utilisé tout à
l’heure dans l’avion pour les mots fléchés, était à présent littéralement
cryogénisé. Une vapeur de glace s’échappait de la mine, et l’encre, même en
soufflant dessus de toutes mes forces, peinait à s’en échapper. Sur les glaces
des hublots me séparant du préposé au contrôle des passeports, une buée tenace
faisait givre, et je compris vite qu’il me fallait garder entre elle et moi une
certaine distance pour éviter le gros rhume ou carrément la pneumonie. Lorsque
l’homme me remit mon document visé, j’ai failli le lâcher tellement il était
devenu froid entre le moment où je l’avais posé sur le guichet et celui où il me
fut rendu. Comme si le pauvre passeport vert avait été plongé de force dans une
morgue pour esquimaux Inuits. Et comme pour rajouter à cette ambiance polaire,
les regards des douaniers, des policiers et autres personnels officiant là
semblaient dénués de toute énergie calorique, aussi vides et froids qu’un
iceberg rêvant de dériver vers la mer Caraïbes. Bonté divine ! Je jetai un coup
d’œil sur le baromètre accroché bien en évidence au-dessus du tableau des
arrivées, et sa branche gelée, chargée de stalactites, indiquait invariablement
24 degrés centigrades. Mais alors, avec cette température caniculaire pour un
mois d’avril, d’où venait ce froid extrême, cette ambiance glaciale, à couper au
couteau ? Ou plutôt aux ciseaux ? Va falloir que je m’acclimate vite ! Et que je
fume du thé pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.
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