Périscoop : BAZOOKA
Le lait contre le pétrole
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


La pénurie de lait après celle de la pomme de terre remet à l’ordre du jour quelques questions d’importance. Nous sommes incapables d’assurer notre sécurité alimentaire sur tous les plans. Nous importons tout, ou presque. Pourtant, un ami m’a fait remarquer qu’il existe au moins un secteur où nous n’importons pas : celui des viandes blanches. Nous sommes auto-suffisants pour les poulets et la dinde. Nous importons, bien sûr, leurs aliments et leurs médicaments. Mais il existe une filière du poulet qui fonctionne bien.
Ce n’est pas le résultat du hasard mais d’une politique qui a été menée, en son temps, par l’Etat et ses entreprises en alliance avec le secteur privé. Preuve que nous pouvons faire des choses et bien parfois. La crise de la pomme de terre et de sa semence a été un signal très fort sur la fragilité accrue de notre agriculture. Car pour la pomme de terre, aussi nous étions autosuffisants. C’est bien la politique du ministère qui est à l’origine de la crise, à croire qu’il l’a fait exprès. Pour le reste, il faut compter sur l’argent du pétrole pour garnir nos étals : 3 milliards de dollars par an. Et aucune perspective d’amélioration. Nous faisons tourner l’agriculture des autres comme nous faisons marcher leurs industries et leurs boîtes qui viennent faire nos routes, autoroutes, logements, etc. La politique agricole est inséparable de celle menée dans les autres secteurs. Le pouvoir peut continuer à les mener sans souci d’être contredit tant le débat sur ces questions vitales est fermé. Et pas par le seul fait du pouvoir. L’opposition elle-même n’en souffle mot comme si, dans notre pure tradition patriarcale, nous déléguions au pouvoir le droit de décider de tout en contrepartie des miettes de la rente. Cela, évidemment, va durer tant que le prix du pétrole nous permettra ces largesses à l’égard de l’étranger et une relative paix sociale tant que les produits de base sont disponibles. Vive le pétrole. Quand les prix vont chuter, ce sera une autre paire de manches. Même si le pouvoir reste convaincu que ces prix se maintiendront très longtemps à un haut niveau. C’est bien sa chance.
M. B.

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