Chronique du jour : CHRONIQUES D’UN TERRIEN
Le «Che» est de retour !
Par Maâmar FARAH
farahmaamar@yahoo.fr


Je ne sais pas si c’est la cécité politique ou la lâcheté congénitale qui pousse les dirigeants arabes à avoir peur de Bush, mais le résultat est toujours le même, en temps de guerre comme en temps de paix : les occasions les plus propices ne sont jamais saisies pour se débarrasser d’une tutelle d’un autre âge et ouvrir réellement la voie à une authentique renaissance de nos pays ! Nous le clamions presque tous les jours ici même : il ne faut pas avoir peur de l’impérialisme ! Il ne faut jamais avoir peur du tigre en papier ! Le tigre en papier ressemble à un vrai tigre.
Les dernières technologies en matière d’impression et de maîtrise des couleurs lui donnent l’allure d’un félin dangereux, prêt à bondir sur vous. Mais, en réalité, lorsque vous vous débarrassez de vos angoisses et de vos craintes et que vous osez vous approcher de l’animal, il n’en restera qu’un bout de carton coloré, incapable de faire peur à un bébé. L’impérialisme, subitement réveillé de sa torpeur en ce début de millénaire par les nouveaux conservateurs, conglomérat de sectes intégristes chrétiennes alliées aux partisans d’un sionisme pur et dur, n’a pas résisté au sursaut des consciences populaires. Il a fallu à peine quatre années pour en venir à bout. Certes, il ne s’avoue pas encore vaincu et continue de montrer des signes d’agressivité. La bête blessée n’est pas morte. Et c’est à ce moment-là qu’elle risque même de devenir la plus dangereuse. Ses derniers soubresauts peuvent prendre la forme d’une charge brutale, capable de faire beaucoup de mal ; mais, qu’il invente mille autres stratégies dans un Irak perdu définitivement ou qu’il tente une nouvelle aventure en Iran, c’en est bel et bien fini de l’impérialisme style Bush et Cheney ! Pour expliquer cette chute brutale, il y a évidemment le bourbier irakien qui reste, malgré toute la propagande impérialiste, l’un des plus grands revers de l’Amérique. Mais il y a aussi cette guerre, presque oubliée, qui a vu la grande armée israélienne mordre la poussière, pour la première fois depuis la création de l’Etat sioniste. Malgré une sauvagerie jamais égalée dans les guerres contemporaines, avec la destruction massive de tout un pays et le massacre de populations civiles, dont un nombre important d’enfants, Israël sera obligé de battre en retraite, à quelques kilomètres seulement de ses frontières. La résistance héroïque du peuple libanais, soutenue par les masses arabes, mais combattue par certains régimes «frères» vendus, a écrit, durant l’été 2006, les plus belles pages de l’héroïsme et de la bravoure, installant, pour la première fois, le doute dans le camp adverse. Israël, bras droit de l’impérialisme dans la région, subissait une défaite unique en son genre et toute la légende de la suprématie du soldat juif, le petit David venant à bout de Goliath, ainsi que des tonnes de mensonges, venaient d’être balayées par quelques milliers de résistants armés de leur seul courage et de leur détermination inébranlable à empêcher l’occupation de leur pays. On n’a pas encore tout dit sur cette guerre, et notamment sur ses implications internes dans le camp sioniste. C’est tout un montage bâti sur la propagande et la manipulation qui s’écroule subitement. La confiance absolue des Israéliens en leurs potentialités militaires était ébranlée à jamais, laissant la place au doute, voire à la peur. Les Américains, vaincus en Irak, sont les premiers perdants au Liban ! La toute récente formation d’un gouvernement d’union nationale en Palestine et sa reconnaissance par l’Europe constituent également un autre revers pour la politique américaine dans la région, politique remise en cause de l’intérieur même du Congrès, comme le prouve l’actuelle visite de Mme Pelosi en Syrie ! Finalement, le régime de M. Assad démontre aux autres Arabes que la résistance paie et que les positions d’honneur et de dignité sont plus rentables à long terme que la servitude et l’alignement automatique sur Washington ! Alors que Bush est en train de perdre sur tous les fronts, que la cause palestinienne gagne des points, que la résistance en Irak s’intensifie et s’organise, que les dirigeants américains et israéliens sont aux abois, que font les Arabes ? Ils sortent le vieux plan du roi Abdallah, pourtant refusé par les sionistes, le relookent le temps d’un Sommet qui a évité les sujets qui fâchent et reviennent à la charge, attendant d’Olmert qu’il veuille bien accepter la nouvelle mouture. Au lieu de se débarrasser de cette chape de plomb qui les empêche de s’exprimer en toute liberté sur des questions stratégiques concernant l’avenir immédiat et lointain de leurs pays, certains dirigeants arabes s’empressent de se réunir sous la direction de Mme Rice qui était, selon un éditorialiste arabe, la seule à porter le pantalon face à des ministres des Affaires étrangères habillés de… gandourahs ! Cette attitude, curieuse et choquante, ne s’expliquait que par une allégeance sans limites à la Maison-Blanche ! Au moment où le monstre était à terre et où son enfant se faisait étriller par les résistants du Hezbollah, les dirigeants arabes avaient pour devoir de porter plus haut leurs revendications pour un ordre plus juste dans la région, pour le retrait des troupes étrangères d’Irak, pour le règlement de la question palestinienne selon les résolutions de l’ONU et le plan de paix arabe ; au moment où ils devaient taper sur la table, on les voit encore baisser la tête et attendre les ordres de Washington, portés par cette même dame qui n’hésitait pas à dire son émotion devant les pertes civiles au Liban, le jour même où son pays envoyait, via Londres, les fameuses bombes «intelligentes» à l’aviation israélienne ! On ne leur demande pas de jouer aux héros et de risquer de finir au bout d’une corde comme Saddam, mais juste de comprendre la portée des évènements qui se déroulent aux portes de leurs pays, juste de récolter le fruit de la résistance héroïque des jeunes Arabes qui n’ont pas peur de Rambo, juste de saisir toutes les opportunités pour ne plus apparaître, aux yeux de leurs opinions, comme des larbins de Washington ! Évidemment, comme la nature a horreur du vide, à chaque fois qu’ils reculent, Israël avance et l’on assiste, hébétés, à ce scénario surréaliste d’un pays vaincu et humilié qui continue à poser ses conditions ! Il est vrai que cette fichue «communauté internationale » n’arrive pas à se départir de ses péchés mignons, une sorte de culpabilité qu’elle traîne depuis le massacre des juifs par l’Allemagne hitlérienne ! Un gouvernement démocratiquement élu est considéré comme «terroriste» et l’on exige, avec force, qu’il soit remplacé par un «gouvernement d’Union nationale» ! Ce que cette «communauté internationale» demande en Palestine, elle le refuse obstinément au Liban où elle ne veut pas entendre de «gouvernement d’union nationale», seule solution, pourtant, pour dégoupiller la grave crise qui s’y déroule ! Les gouvernements arabes n’ont rien à attendre de toutes ces «bonnes volontés» : ils doivent plutôt se tourner vers leurs peuples et répondre aux aspirations profondes de ces derniers à la démocratie, la justice, la liberté. S’ils pensent que la protection de l’Occident et toutes les indignités qui en découlent sont un moyen sûr de pérenniser leurs pouvoirs, ils se trompent lourdement ! On a vu comment ce même Occident a abandonné l’homme qu’il a soutenu de bout en bout, ce Saddam pendu haut et court comme un vulgaire bandit du Moyen-Age ! Aujourd’hui, les défaites successives de l’impérialisme, ennemi juré des peuples arabes et de tous les peuples du Tiers-Monde, doivent inciter les hommes libres à croire, malgré tout, en un monde meilleur, un monde où l’argent ne sera pas le seul moteur de la vie et où les faibles pourront revendiquer une place au soleil ; bref, un monde où les faiseurs de guerre, les vendeurs d’armes, les magnats du pétrole, les grands financiers et les pollueurs invétérés ne pourront plus agir à leur guise ! L’impérialisme est moribond ! Portons-lui un coup décisif ! Plantons la banderille finale et victorieuse dans ce corps malade, enfoui jusqu’au cou dans les eaux bourbeuses et fétides de Mésopotamie. Ne trahissons pas Hassiba Benbouali, Larbi Ben M’hidi et Abane Ramdane… Je reste profondément optimiste. A l’orée d’un printemps splendide, ne voyez-vous pas fleurir l’effigie mythique de Che Guevara partout en Algérie, portée par une jeunesse qui, il n’y a pas si longtemps, idolâtrait Ben Laden ?
M. F.

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