Culture : MUSIQUE ARABO-ANDALOUSE
Farid Khodja sort une nouba rasd eddil


“La belle m’a rendu visite, seule, alors que la nuit n’était pas encore partie. De ses joues j’ai cueilli, deux pommes semblables. Celui qui est comblé de bonheur, les vents lui obéissent”, c’est la traduction du premier mouvement de la nouba rasd eddil qu’on peut lire dans le livret qui accompagne le nouveau CD de Farid Khodja qu’il vient d’éditer chez les éditions Soli.
Après une nouba mezmoum et un florilège de chants hawzi, l’enfant terrible de la ville des Roses vient de signer un troisième album. Il est baptisé Mechmoum, ou flairé, pour rappeler une “vielle tradition blidéenne qui consistait à offrir un bouquet de fleurs à l’hôte” et marquer, tel qu’il plaît à Farid Khodja de le souligner, “la dimension citadine” des habitants de la ville chère à Sid Ahmed El Kebir El Andaloussi, fondateur de Blida L’interprète, à travers son œuvre lyrique, offre aux inconditionnels de la musique arabo-andalouse trois pièces jamais enregistrées jusque-là. Il les détient de son maître El Hadj Mustapha Benguergoura qui lui a légué “un pan du patrimoine musical andalou afin qu’il soit transmis aux mélomanes avec la voix qui lui sied”. Il s’agit du M’sadar sabri qalil (ma patience s’affaiblit), de B’taïhi mahet min seneh(l’éclat de ses dents qui jaillit de sa bouche) et enfin, Ya ghazali ma edj’malek (ô ma gazelle que tu es belle). Dans la présentation de la nouba rasd eddil, contenue dans le livret, l’on apprendra que celle-ci se chantait dans le temps de l’Andalousie “au moment où les premières lueurs du jour pointaient à l’horizon” car chaque heure de la journée avait sa nouba. Le choix des textes est important, nous dira Farid Khodja. Et ceux que l’on peut écouter sont d’un raffinement certain car ils expriment merveilleusement les choses du cœur et décrivent, avec la splendeur qui leur sied, la délicatesse d’une bien-aimée que l’amoureux cajole habilement. La musique qui soutient savamment les paroles est noble et gracieuse. Manifestement, elle arrive à percer l’oreille pour adoucir les tempéraments les plus rebelles car elle est jouée avec la finesse de musiciens choisis pour la circonstance. Ils ont pour nom Mohamed Belkhodja, Nasr Eddine Boukader, Redha Tebti, Rabah Azzoug, Djihad Labri, Chems Eddine Miri, Sid Ahmed Dibono, Rachid Ait Iddir et Rachid Erroukma. La chorale féminine, assurée par les talentueuses Katia Mekdour et Yasmine Bouchkouk, ajoute un plus à la suavité incontestable. Elle vient à point nommé pour adjoindre une note féministe et émancipatrice et délivrer ce genre musical du préjugé qui donnait l’apanage aux seuls interprètes hommes. Enfin, Mechmoum est considéré par le Dr Nour- Eddine Saoudi comme un “espace de promesses à chaque fois ravivées, contenant comme dans un écrin les fruits de nos plus intimes ivresses”. L’enregistrement a été réalisé dans les studios et sous la direction artistique du grand mélomane et non moins détenteur du patrimoine de la musique classique algérienne, Bouabdellah Zerrouki, en l’occurrence.
M. Belarbi

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