Les yeux écarquillés de stupeur, une mère, affolée, résumait à elle seule toute la détresse des familles et des mères algériennes qui avaient, par malheur ce jour-là, un proche ou un fils travaillant au palais du Gouvernement. L’écho de la déflagration d’une puissance inouïe retentissait encore dans ses oreilles, elle n’a pas hésité à courir s’enquérir des nouvelles. Vêtue d’une djellaba à rayures, des babouches aux pieds, le foulard sur ses épaules, elle criait le nom de son fils qui travaille au palais. Elle voulait franchir le périmètre de sécurité, aussitôt placé par les agents de sécurité, mais sans succès, l’accès lui a été refusé. “Mon fils travaille ici, laissez-moi passer, je vous en supplie, Monsieur l’agent, je suis sa mère”, ne cessait-elle de répéter en cherchant désespérément des informations. Mais le policier, qui avait reçu des ordres de ne laisser personne s’approcher, ne pouvait la laisser passer. Il ne savait pas quoi répondre sauf : “Rassurez-vous, madame, l’explosion ne s’est pas produite à l’intérieur de la bâtisse.” Difficile de croire en voyant les débris de verre qui jonchaient le sol sur un rayon de deux à trois cents mètres à l'entrée du palais et sur la grande esplanade ainsi que le nombre d'ambulances qui affluaient pour secourir les blessés. La pauvre mère n’arrivait plus à bouger. Paralysée par la peur, elle dévisageait les blessés dont certains étaient gravement atteints avec l’espoir de ne pas voit son fils parmi eux. Une demi-heure après, elle était toujours là, figée au bas des escaliers donnant sur le boulevard Mohammed-V. Des centaines d’images, des souvenirs, les plus horribles sans doute, défilaient dans sa tête car ce qu’elle vit aujourd’hui, elle a dû le vivre il y a quelques années. Elle a cru, fermement comme plusieurs Algériens, au retour de la paix tant vantée par les officiels. Malheureusement, cet espoir venait de s’évanouir. “Pourquoi ?”, s’interrogeait-elle. Il n’y avait personne pour répondre à sa question. Les traits de plus en plus tirés, cette maman n’arrivait plus à maîtriser son angoisse d’autant plus que tous les réseaux téléphoniques étaient bloqués. Sur conseil d’agents de sécurité, elle a fini par quitter les lieux pour courir vers l’hôpital Mustapha où tous les blessés étaient évacués. “Je veux avoir des nouvelles, rien que des nouvelles”, implorait-elle, mais personne ne pouvait la renseigner. La panique était générale. I. T.
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