Le Soir des Livres : SIGNET
Experts en islam médiatique


Depuis le 11 septembre 2001, on assiste en Occident à une prolifération sans précédent des «spécialistes» médiatiques soit de l’islamisme, soit du terrorisme, soit des deux. Souvent, ils sont journalistes, anciens policiers ou membres des services secrets, et parfois universitaires.
Ces derniers sont, du reste, les moins visibles dans les médias. Invités aux heures de grande écoute sur les chaînes de télévision, ces «experts» sont censés expliquer aux profanes les mécanismes mentaux, religieux, sociologiques et parfois politiques qui expliqueraient le passage de jeunes musulmans, en Palestine, en Irak ou au Maghreb, à l’action violente qui culmine dans le fol idéalisme des kamikazes. D’où les experts tirent-ils leur légitimité ? De quels savoirs sont-ils les tenants ? Quelles informations font d’eux ceux qui peuvent saisir et faire saisir des actions qui paraissent complètement irrationnelles, anticiper des raisonnements qui échappent au sens commun ? Dans le monde concurrentiel des experts, on fait flèche de tout bois. A côté de ceux qui proposent, sur un marché d’informations dont la prospérité est proportionnelle à la méconnaissance totale qu’a l’Occident de l’islam, un savoir acquis à l’université, des informations glanées dans les officines, il y a aussi une flopée d’experts dont la légitimité est de provenir eux-mêmes des pays d’islam. Parmi ces derniers, il y a à boire et à manger et, par exemple, entre le Tunisien Abdelwahab Meddeb, un authentique homme de réflexion moderne sur l’islam, et tel supposé journaliste algérien dont le seul savoir repose sur le cabotinage, il y a une grande différence qualitative peu perceptible par le téléspectateur car celui qui passe à la télé n’est pas forcément celui qui devrait passer.
Bachir Agour

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