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L'ENTRETIEN DU MOIS : L'ENTRETIEN DU MOIS

«J’aime mon pays comme tout Algérien qui se respecte. Je ne le vends pas aux chimères et le défends quand il le mérite»

( Entretien avec Yasmina Khadra , mené par Mohamed Chafik MESBAH)


BIO EXPRESS DE YASMINA KHADRA
Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohamed Moulessehoul est né le 10 janvier 1955 à Kenadsa non loin de Bechar, aux portes du Sahara. Son père rejoint les rangs de l’ ALN dont il devient officier. C’est tout naturellement qu’il destine son fils à devenir soldat. Mohamed Moulessehoul rejoint, en effet, à l’âge de neuf ans, en 1964, l’Ecole des cadets de la Révolution. A Tlemcen puis Koléa. En 1975, il intègre l’Académie Millitaire de Cherchell.Il en sortira sous lieutenant en 1978 et servira dans des unités de combat aux frontières occidentales du pays. Il continue sa carrière, toujours dans le corps de bataille, jusqu’a sa retraite, avec le grade de commandant, en septembre 2000.Yasmina Khadra s’est établi à Aix-en-Provence,sans perdre, nullement, le contact avec la mère patrie. Dés son enfance, faut-il le mentionner, il avait contracté, la passion de l’écriture. Il produit de nombreux essais inédits, mais commence, à accéder à la notoriété, en s’essayant au roman policier, sous un nom d’emprunt composé des deux prénoms de son épouse, Yasmina Khadra. Après qu’il eut regagné la vie civile, il dévoile son vrai nom tout en conservant celui de Yasmina Khadra pour signer ses nouvelles oeuvres. Il se libère, d’abord,du poids de son enfance en publiant «L’écrivain», puis «L’imposture des mots» pour expliquer, sinon justifier sa démarche. Il se consacre, par la suite, à une trilogie qui le mène de Kaboul «les hirondelles de Kaboul», à Baghdad «les sirènes de Baghdad» en passant par la Palestine «l’Attentat».Cette trilogie est consacrée à la violence, sinon comme il aime à le dire, «à l’incompréhension entre l’Orient et l’Occident». Traduit en plus de vingt langues, dans plus de trente pays, Yasmina Khadra a atteint les cîmes de la gloire internationale. Après le tournage en Algérie de «Morituri» par Okacha TOUITA, c’est au libanais Ziad DOUIERI de commencer à filmer «l’Attentat» aux USA. Il reste, en attente, cependant, d’un grand prix littéraire dont l’éloignent son franc-parler et son algérianité farouchement revendiquée.






Aix, 14 Avril 2007…En me rendant chez Yasmina Khadra pour finaliser l’entretien qui lui est consacré, j’avais présent à l’esprit le torrent impétueux qui imprimait le flot de ses répliques et la flamme qui brillait de ses mille feux au détour de chaque idée, chaque formule, chaque locution jaillies comme de ses entrailles profondes. Au grand bonheur sans doute des lecteurs algériens que j’invite instamment à découvrir encore plus, encore mieux, cet orfèvre de l’écriture qui affirme respirer de toutes ses pores son algérianité inaltérable. Yasmina Khadra n’aime pas tellement que son passé militaire soit ressassé, estimant même qu’il constitue un obstacle à l’appréciation de son œuvre dans sa dimension strictement littéraire. Dont acte. C’est un aspect de cette vie antérieure évoquée dans la houle déferlante de ses propos qui a retenu, cependant, mon attention. Je veux parler de cette description fabuleuse -combien fidèle- qu’il venait de commettre, incidemment, à propos de cette relation exceptionnelle, empreinte de chaleur affective et impulsée par une exigence sévère de perfection morale et d’excellence intellectuelle, que Houari BOUMEDIENE, entretenait avec les cadets de la Révolution dont Yasmina Khadra fut un. Il s’agissait le plus souvent de jeunes cadets issus de familles laborieuses du pays profond, pour ne pas dire familles démunies, que BOUMEDIENE prédestinait, avec conviction, à prendre la relève au sommet de la hiérarchie militaire.

Quel paradoxe, ce destin qui, plutôt que de le propulser parmi les grands chefs militaires de l’Algérie indépendante, a hissé le cadet de la Revolution Mohamed MOULESSHOUL au firmament de la célébrité et de la gloire dans le monde encore plus fermé de la littérature! Pour reprendre l’expression même de Yasmina Khadra, je perçois bien Houari BOUMEDIENE avec « sa moustache rousse, son regard triste et son regard lointain » intrigué de ce détour du destin mais pas contrarié du tout que cette percée de l’intelligence se soit dirigée dans un sens inattendu. Aprés avoir vécu une forme d’exil intérieur plus mortel que l’exil tout court, Yasmina Khadra a eu la chance inouie de rencontrer la bonne étoile, cette fée qui lui a inoculé le don d’écrire avec un talent fabuleux et une verve insatiable…Il a pu se procurer donc le remède adéquat à la malvie, cette thérapie comme il dit qui lui permet de résister à l’usure du désenchantement. Il propose, presque avec candeur, d’en faire profiter ses semblables dans le pays. Sincère et convaincu presque, il recommande, simplement, de laisser exploser le génie algérien : «Il existe,clame-t-il, de vrais intellectuels algériens, tout à fait éclairés et libres d’esprit, des intellectuels au sens le plus probe et le plus noble du terme ».Mais attention, ce soupçon de prévention ne diminue en rien de l’admiration qu’il est possible de porter à Yasmina Khadra qui nous apprend à ne pas desespérer puisque la gloire n’est pas interdite aux Algériens. Mais attardons nous, plutot sur l’œuvre de Yasmina Khadra. Comment lui vient l’inspiration des thèmes qui essaiment ses romans ? On l’aura compris, la violence est au cœur des romans de Yasmina Khadra .Mais pédagogique, il tempére: « A travers mon livre je prends l’Occidental par la main et je l’amène au commencement du malentendu, au plus proche de cet homme qui, un jour, décide de se faire sauter au milieu d’innocents ».Il considère avoir accompli son œuvre : « Il n’y aura pas de suite à cette trilogie consacrée au malentendu entre l’Orient et l’Occident ». Examinons à présent la technique de l’écriture chez Yasmina Khadra ou la flamboyance du verbe la dispute à peine à cette esthétique tour à tour saccadée, hachée ou torrentielle, selon l’humeur et qui vous subjugue de bout en bout d’un récit qui se donne à découvrir à chaque nouveau parcours que vous en faites. Lui reproche- t-on de s’intéresser à des thèmes qui captivent les Occidentaux plutôt que ses concitoyens ? Il se défend sans perdre pied : « je ne voulais pas donner un nom arabe à la violence, argue-t-il, car elle est partout humaine »... C’est, arpent de terre par arpent de terre, en effet, que Yasmina Khadra défend, l’arme au poing allaisje me hasarder, son terrain vital. Il le fait avec un grand bonheur même si c’est au prix d’une férocité du verbe rarement égalée…Il ne fait de concession ni aux uns ni aux autres, les officiels de l’Algérie qu’il ignore, les thuriféraires autochtones et les salonards parisiens qui s’amusent à décerner les palmes de vertu. Sa muse est ailleurs que dans la politique. D’ailleurs Il n’à point d’ambition politique. « L’engagement renvoie au militantisme, notion qui est en totale contradiction avec mon esprit indépendant» précise-t-il . Il a pleine conscience des limites de son influence. «Un écrivain fait ce qu’il peut,déclare-t-il, une fois son livre sur les étals des libraires, il est seul. C’est au lectorat de le rejoindre ». Il considère n’avoir de compte à rendre qu’à la multitude de lecteurs lesquels, s’arrachant ses livres à travers le monde, consacrent son universalité non sans lui assurer, par un retournement extraordinaire de situation, la consécration en France et dans son pays natal. Après avoir lu et rencontré Yasmina Khadra, il devient plus aisé de comprendre sa formule saisissante «je suis devenu mon propre rêve : être écrivain».Voilà tout son bonheur … Écoutons Yasmina Khadra, plus prolifique que jamais, dans un entretien qui fera, certainement, date par la sincérité du ton et la violence du verbe qui l’accompagne…
Mohamed Chafik MESBAH

« Ma mère portait constamment un regard philosophe sur les mufleries de la vie (…) ainsi j’ai appris à regarder le monde toujours avec distanciation »

Mohamed Chafik MESBAH : Commençons par l’origine de votre carrière littéraire, si vous le voulez bien. Vous affirmez avoir commencé à écrire à l’âge de neuf ans. Quelle influence le milieu familial a-t-il pu exercer sur votre vocation littéraire ? Yasmina Khadra : Concrètement, aucune. Ma famille n’était pas trop portée sur le livre. Je ne me rappelle pas avoir vu un seul bouquin à la maison quand j’étais petit. Mon père était militaire. Sa littérature s’arrêtait aux rubriques politiques des journaux. Ma mère était analphabète. Le seul qui dévorait des romans avec une furieuse voracité, c’était mon oncle Driss. C’est grâce à lui que je m’étais familiarisé avec le roman policier. Ceci dit, quelque chose fleurait bon dans l’ambiance familiale. Les miens parlaient avec une certaine délicatesse. Leurs reproches s’appuyaient souvent sur des adages, pour ne pas heurter les susceptibilités. Ils préféraient user de la métaphore pour interpeller quelqu’un plutôt que de le rappeler à l’ordre de façon frontale. C’est à cet endroit que j’ai rencontré le Verbe. Par ailleurs, ma mère portait constamment un regard philosophe sur les mufleries de la vie. Elle avait l’art de subir, le talent de souffrir sans faire porter le chapeau à quelqu’un. Ainsi j’ai appris à regarder le monde, toujours avec distanciation. Plus tard, en commençant à écrire, ce recul m’a permis d’être vigilant. Je ne réagis pas en fonction de mes colères, mais par rapport à celles des autres. Je reste lucide, patient et attentif. N’est-ce pas déjà dépassionner les débats ?

MCM: Vous évoquez, volontiers, une généalogie familiale de poètes, en particulier Sidi Abderrahmane Moulessehoul qui au XVIIème siècle transmettait son savoir à Tlemcen. C’est du fantasme ou une vérité historique ? YK : Pourquoi fantasme ? Curieux comme tout ce qui échappe à la petitesse et à l’insignifiance semble relever, chez nous, du domaine de la fabulation. Wassiny Laredj m’a posé la même question au sujet de ma rencontre avec Houari Boumediene : fantasme ou vérité ?... Quel est ce Cadet de Koléa qui n’a pas rencontré Houari Boumediene ? Le Raïs suivait de très près notre école qu’il appelait la pépinière de l’Algérie. Il fondait de grands espoirs sur ces « enfants de la Révolution » et débarquait régulièrement chez eux pour les voir pousser. Il lui arrivait souvent de nous surprendre jusque dans nos chambrées, de nous parler, de nous demander ce que nous pensions de la qualité de l’enseignement qui nous était dispensé et ne ratait presque jamais la fête de fin d’année scolaire puisqu’il présidait en personne la cérémonie de Remises des prix. J’ai eu la chance d’avoir été surpris par lui, d’échanger deux mots avec lui et de découvrir sa moustache rousse, son regard triste et son sourire lointain. Il aurait été ravi, aujourd’hui, de savoir que le petit cadet débraillé qui écrivait des poèmes sous le préau de l’école a réussi à aller un peu plus loin… Je crois qu’il faut arrêter de rejeter toutes les belles histoires qui nous nourrissent. Certes, notre quotidien est consternant de nullité, mais ce n’est pas une fatalité. C’est, peut-être, à cause de notre entêtement à ne regarder que du côté où le bât blesse que nous sommes devenus insensibles aux beautés qui nous entourent… Dans les tragédies qui ont jalonné notre histoire, nous sommes passés à proximité de grands moments sans nous attarder dessus. Les Algériens sont naturellement beaux, naturellement généreux, mais les déceptions les défigurent au point où ils n’arrivent plus à se reconnaître. Dès lors, ils se méfient de tout ce qui ne les fait pas douter d’eux-mêmes… Nous avons tendance à oublier que le peuple algérien a toujours été là, à travers les âges et les bouleversements idéologiques. Le défilé des occupants n’a pas réussi à nous abâtardir. Nous étions isolés, assujettis, disqualifiés, mais nous avons su triompher de l’ensemble de ces exclusions en demeurant opiniâtrement nous-mêmes. Pourquoi faut-il fléchir maintenant qu’une ultime épreuve nous sépare de la consécration définitive : être pleinement ce que nous sommes ? Ma tribu raconte un peu ce long apprentissage de l’authenticité, cette intenable résistance à l’érosion des banqueroutes et des intrusions culturelles. J’ai la chance de connaître l’histoire de mon « kaoum ». Je sais de qui je tiens, d’où je viens. Les Doui Menia sont une épopée. Bouamama les connaît. Les Ouled Sidi Cheikh aussi. Isabelle Eberhardt, Charles de Foucault. Nous avons nos chantres et nos guerriers : Ould Belkheir, poète émérite et cavalier preux ; Ould Bouzid, une terreur itinérante qui tua un général français dans les années 1920 lors d’une embuscade tendue sur la route de Taghit… C’est bien de connaître l’histoire des siens. De toucher du bout des doigts le pouls de sa propre authenticité. Aucune authenticité ne peut survivre à l’oubli sans la mémoire. Cette mémoire, ce sont les lettrés, les poètes, les artistes, les érudits qui l’entretiennent. Ma tribu avait les siens. Mohammed Moulessehoul, le premier Cheikh à avoir réussi à uni- fier les rangs de l’ensemble des tribus qui n’arrêtaient pas de se chamailler pour des broutilles. Durant son règne, à partir de 1492, aucune razzia ne fut observée. Mohammed Moulessehoul avait, par ailleurs, fondé une grande medersa en 1496. Je suis incapable de vous dire où exactement, à Igli ou à Kerzaz. Le manuscrit séculaire consulté ne le précisait pas. Sidi Abderrahmane Moulessehoul est arrivé beaucoup plus tard, vers la fin du XVII siècle. Il était vénéré dans le Sahara (Il n’a pas été à Tlemcen, lui, contrairement à ce que laisse supposer votre question),. Par contre, il séjourna longuement à Mekhnès. Puis, il y a eu Sidi Ahmed Moulessehoul, un érudit itinérant qui enseigna jusqu’ à Tombouctou. Son mausolée se trouve précisément à Djebel Essayad, entre Sebdou et El Gor, au sud de Tlemcen. Mon grand-père, Moulessehoul Moulessehoul (mêmes nom et prénom), était un poète, lui aussi. Sauf qu’il n’écrivait pas. Déchu, humilié par l’armée française et la dislocation de ses alliés, pauvre et sans réel charisme, il a vécu comme tous les Algériens, dans l’étroitesse plurielle et la négation. Il est mort en 1957.
« Quand je suis présenté comme ancien militaire, c’est mon champ de manœuvres qui est réduit »

MCM:
Focalisons plus si vous le permettez sur l’ambiance spartiate qui a caractérisé votre enfance et votre adolescence dans un milieu militaire, forcément fermé. La vie militaire qui comporte des privations mais aussi l’opportunité d’une vie communautaire ou les valeurs de solidarité et de compagnonnage prennent le pas sur les règles écrites, j’en parle en connaissance de cause, a impulsé ou plutôt freiné plutôt votre vocation et, partant, l’éclosion de votre talent?
YK :
Je préfère ne pas m’attarder sur cette question. L’armée n’a pas pour vocation de favoriser les esprits libres. Les Arts et les Lettres, ce sont des préoccupations de chiffes molles et de tarés, pour elle. Je me suis construit tout seul. La marginalisation qui me frappait dans les rangs me permettait de créer mon propre monde à l’abri des indiscrétions. La preuve, tandis que je défrayais la chronique un peu partout, la hiérarchie continuait de me considérer comme du menu fretin. Écrire a toujours été un acte solitaire, par moments un acte de résistance. Quand on me présente comme ancien militaire, on ne fait que réduire mon champ de manoeuvre. Des centaines de lecteurs m’ont dit qu’avant de me découvrir par hasard, ils ne comprenaient pas ce que foutait un bidasse dans la littérature. Des années durant, bien que me connaissant de réputation, à aucun moment ils n’avaient jugé utile de me lire. C’est le bouche à oreille qui a fini par les secouer. Je crois que sans cette mention d’ancien militaire, j’aurais élargi dix fois plus mon audience. Ce passé, que je ne renie pas et dont je suis fier par endroits, aide mes détracteurs à occulter mon travail de romancier. J’étais à deux doigts de décrocher un prestigieux prix International en 2006. Des intervenants extérieurs, des parisianistes, ont dit qu’il fallait attendre un peu parce que je n’étais pas tout à fait « clair », jetant ainsi le doute dans les esprits et forçant le jury à me disqualifier sans autre forme de procès. C’est vous dire les raccourcis et les clichés, les lâchetés et la mauvaise foi qu’un tel repère – l’armée – est capable de légitimer. Pas plus tard que cette semaine, mon éditrice algérienne, Radia Abed, m’a avoué qu’elle me croyait de la Sécurité militaire. Vous mesurez un peu la paranoïa ambiante ? Quand on se réfère à ma carrière militaire, d’aucuns ne veulent pas me chercher là où j’étais réellement : dans les unités de combat, sur les frontières, dans les maquis, dans des tanks ou dans des hélicoptères, parmi la troupe, dans des casemates malodorantes, à subsister de patriotisme et d’eau fraîche. Je me demande si les gens n’éprouvent pas un malin plaisir à me situer là où ça les arrange ? A la longue, ça devient carrément ridicule. Surtout lorsqu’on n’essaye pas de me définir par rapport à mes textes, c’est-à-dire à travers mon véritable ADN. Certains prétendent savoir lire. Pourquoi deviennent-ils soudain dyslexiques quand il s’agit de plonger dans mes livres ? N’y a-t-il pas dans cette dérobade l’expression d’une malhonnêteté intellectuelle ?... Je ne triche pas. Je suis ouvert comme mes livres. Et seul. Mais libre et intègre. Je n’appartiens ni à un clan, ni à un réseau, ni à une corporation. Je ne suis soutenu ni par mon propre pays, ni par la francophonie – qui d’ailleurs ne me blaire pas – ni par qui que ce soit. Je nage à contre-courant contre mon gré. Pourtant, boudé aussi bien par les chapelles bien pensantes occidentales que par les miens, j’avance. Chaque année, je gagne du terrain. A mon arrivée en France, j’étais traduit dans une dizaine de pays.

Après quatre ans d’exclusion farouche en France, je suis passé à dix sept. L’an dernier, j’étais à vingt quatre pays. Cette année, je suis traduit dans plus de trente pays… Pourquoi ?...Parce qu’il y a toujours une justice sur cette terre. On ne voile pas le soleil avec un tamis et ne reste dans le lit de la rivière que ses galets. Quelqu’un d’autre à ma place aurait probablement pété les plombs. Je ne craque pas. Je reste serein, et confiant. Et si vous avez du respect pour moi, n’associez plus ma vocation de romancier à ma carrière d’officier. La première s’est faite par elle-même, la seconde en a bougrement souffert.
« La francophonie ne s’inscrit pas dans l’ambition ou dans la promotion de la langue française (…) elle a horreur des esprits libres des talents dignes »
MCM:
Vous avez rencontré bien des difficultés à votre départ de l’armée. D’une part, les milieux littéraires français, fortement dominés par les puissances d’argent dont nous connaissons les accointances, vous ont quasiment contesté le statut d’écrivain. D’autre part, certains milieux politiques exigeaient presque de vous acte de repentance d’avoir servi dans les rangs de l’armée algérienne. Comment avez-vous eu raison de ces obstacles ? Cela a-t- il laissé des traces sur votre personnalité et bien entendu sur votre perception des réalités du monde ?
YK :
En restant moi-même, un Algérien comme je l’aime. Les milieux littéraires ne contestent pas mon statut d’écrivain, ils me reprochent d’avoir été soldat. C’est plus intelligent et plus efficace ; ça fait de moi une fripouille, et d’eux une conscience. Vous savez ? Le vrai racisme se situe précisément dans ces milieux-là. Pour moi, le Pen n’est pas un raciste, c’est un xénophobe enragé. Ils n’aiment pas les étrangers. Un raciste n’est pas obligé d’être xénophobe. Un raciste se considère comme un être supérieur, et ça ne l’ennuie pas d’avoir à portée de son crachat des ouistitis. Certains intellectuels Blancs sont persuadés que les Arts et les Lettres sont exclusivement de leur rang à eux. Narcissiques, ils s’interdisent de regarder plus loin que le bout de leur nez. Et quand on ose leur dire que le monde ne s’arrête pas au contour de leur nombril, ils fulminent. Pour eux, nos chantres, nos érudits ne sont que des amuseurs de galerie, des énormités foraines, des sorciers pour folklore. A la Sorbonne, par exemple, on ne nous étudie pas comme des écrivains, mais comme des curiosités. Il arrive souvent que l’on décortique, sur un même pied d’égalité, le texte de Kateb Yacine et celui d’un autiste. Pour eux, c’est du pareil au même. N’avez-vous pas remarqué qu’à chaque fois qu’ils nous invitent à parler de nos livres, ils nous demandent s’il ne s’agit pas de thérapie. C’est dire combien, à leurs yeux, nous ne sommes que d’attendrissants cas pathologiques. Ils sont convaincus que le génie, chez nous, relève des eaux maléfiques. Comprendre «Djinn». C’est profondément ancré dans l’esprit de ces culs lustrés. Si, par hasard, nous produisons un grand livre, nous suscitons de l’étonnement, jamais de l’admiration. Sûr qu’ils nous soupçonnent de plagiat, d’avoir puisé des trucs dans leur génie à eux. Et puis, si nous insistons à ce niveau de créativité, ils nous demandent si nous ne sommes pas français. Qui sait ? Après 132 ans de colonialisme, des croisements contre nature auraient pu s’opérer quelque part. Et quand un « Bougnoule », militaire de surcroît, se permet l’immonde insubordination d’être plus traduit, plus connu, plus lu que ces blancs-becs nostalgiques, c’est carrément le peloton d’exécution. Attardons nous une seconde sur la Francophonie, par exemple. Cette institution ne s’inscrit ni dans l’ambition ni dans la promotion de la langue française ; elle s’installe dans le parrainage de la négritude et l’élevage des «yaoualed». Elle a horreur des esprits libres, des talents dignes. La preuve, jetez un œil sur ses « protégés ». Mais c’est de bonne guerre. Ce qui est troublant, c’est notre attitude, notre naïveté. Nous ne comprenons toujours rien aux enjeux ni aux supercheries. Et si certains de nos intellectuels mordent à l’hameçon, ce n’est pas de gaieté de cœur. Heureusement que bon nombre de nos écrivains et artistes résistent aux tentations. Ils essayent de construire leur univers avec les moyens de bord. J’en ai rencontrés un tas, admirables de courage et de lucidité. Mais l’exclusion use, et ils se demandent s’ils vont tenir longtemps le coup. Ils se sentent floués, trahis par le système obscurantiste qui sévit dans notre pays. Nos gouvernants, généralement des ânes bâtés et des mafieux, sont viscéralement hostiles à tout ce qui a trait à la conscience et à l’intelligence. Leur diablerie se voit menacée dès lors qu’un talent émerge. Aussi s’évertuent-ils à museler tous les sons de cloche qui sonnent leurs glas. Ils poussent à l’exil ce qui en ont les moyens et maintiennent les restants dans un ostracisme mortel. C’est la raison pour laquelle certains de nos intellectuels vendent leur âme au plus offrant pour nous vomir dessus. Si le Pouvoir avait la présence d’esprit – je sais, c’est trop lui demander – de s’élever au rang de son élite, cette dernière serait en train d’aider le pays à s’en sortir. Par ma part, je suis conscient de cette fragilité et dès le début, j’ai été clair et net : je ne renierai pas un seul aspect de l’Algérien que je suis. C’est parce que je refuse de me laisser manipuler que l’on essaye de ternir mon image. Vous savez, c’est le Parlement international des écrivains qui s’était porté garant de moi et de ma famille en septembre 2000. C’est lui qui m’a envoyé au Mexique. Il s’était engagé à me prendre en charge pendant deux ans, le temps pour moi d’apprendre à me débrouiller seul. Figurez-vous qu’au lendemain de mon engagement contre la campagne médiatique hostile à l’armée algérienne, ce faussement solennel Parlement m’a coupé automatiquement les vivres et je me suis retrouvé sans le sou en France, avec une femme et trois enfants sur le dos. N’est-ce pas la plus abjecte des lâchetés ? Ce même Parlement est allé jusqu’à demander à mon éditeur italien Feltrinelli de ne plus me traduire, chose que Feltrinelli a accepté de faire. Je suppose qu’il s’en mord les doigts, aujourd’hui. Les Algériens ignorent toutes les vacheries et les félonies que j’ai eu à subir pour rester un Algérien digne. En 2002, alors que je faisais la promotion des Hirondelles de Kaboul à la Fnac de Montpellier, Amnesty International s’est amenée avec des écriteaux injurieux pour chahuter mon intervention. On lisait sur des pancartes « N’oubliez pas que l’armée algérienne a du sang sur les mains ». On a fait circuler un poème qui m’insultait dans la salle ; poème écrit par un Algérien bien sûr. Je n’étais à cette rencontre avec le public que pour parler des Hirondelles de Kaboul. Rien à faire… Il fallait encore qu’on la ramène. Et pendant tout ce temps, personne n’a levé le petit doigt pour dire ça suffit. Même le Pouvoir algérien, qui était au courant de ma situation, préférait me vouer aux gémonies, persuadé que c’en était fini de moi. Et mes frères algériens, ils étaient tellement ravis de me voir passer par les trappes, mijoter à tous les ragoûts, crucifié sur la place. Pas un écrivain, pas un artiste, pas un comédien n’a dit « ça suffit ». Pire encore, beaucoup, notamment en France et même en Allemagne, contribuaient activement à m’isoler et à me diaboliser. Résultat : je suis toujours là, plus créatif que jamais. Les mesquineries des uns et le lâchage des miens n’ont pas empêché ma rédemption. Je suis là, toujours digne. Je n’ai jamais médit de personne ni chargé qui que ce soit. Bien au contraire, je défendais des talents certains, mais grossièrement lèche-bottes et pleurnichards. Puis les gens s’éveillent, commencent à se poser des questions, à vouloir se faire une idée par eux-mêmes. Ils cessent de se prêter aux rumeurs et aux calomnies et vont découvrir cet écrivain honni, ce pestiféré décrié.

Là, ils s’aperçoivent qu’ils se trompaient de salaud et rectifient le tir. Ne reste que le poids du parjure et la marque indélébile de l’opprobre. Bien sûr, le combat continue ; il reste encore quelques poches de résistance, mais tout le monde sait pourquoi certains s’entêtent. Ils s’entêtent par dépit. Ils savent qu’ils ne font pas le poids, alors ils font la fine bouche. Pour ma part, je me porte bien. J’ai des lecteurs qui m’encouragent, et des critiques qui me soutiennent. Ainsi est la vie. Il faut un peu de tout pour faire un monde : des braves et des bêtes immondes, des justes et des fourbes, des géants et des gnomes, des Algériens splendides et de sordides Algériens. Je sais où est mon camp, je sais qui sont les miens.
« Certains incarnent leur propre purulence, les désinfecter serait les dénaturer »
MCM:
Mettons de coté, ces facteurs ambiants qui, à des degrés divers, ont façonné votre carrière, vous estimez que devenir écrivain c’est le résultat d’un choix raisonné ou bien le fruit d’une vocation innée ?
YK :
C’est plutôt un défi. Je l’ai relevé enfant pour protester contre le destin qui me frappait. Aujourd’hui, je le revendique haut et fort. Je dirais aux Algériens qui sont dans ma situation que s’ils croient fortement en eux, ils parviendront à mettre le doute à genoux. Qui vendait cher de ma peau à mes débuts d’écrivain ? Personne. Ni mes camarades d’unité ni mes proches. Pour tout le monde, j’étais cet imbécile qui préférait taper comme un dingue sur sa vieille dactylo au lieu d’aller rouler les mécaniques sur la plage. Certains avaient même pitié de moi. Et dans l’armée, on se payait largement ma tête. Je me souviens, lorsqu’en septembre 2000, Bernard Pivot avait annoncé la fin de « Bouillon de Culture », le lendemain au mess, c’était la rigolade. Mes collègues me disaient « Dommage ! On aurait été tellement fiers de te voir sur le plateau de Pivot ». Et on se marrait à gorge déployée. Je souriais. Puis, quatre mois plus tard, j’étais sur le plateau de Pivot. J’imagine que je leur en ai bouché un coin, aux collègues. Ils n’en reviennent toujours pas d’ailleurs.
MCM:
Que pensez-vous de la notion d’intellectuel engagé, est-elle pertinente pour rendre compte de la réalité du statut de l’intellectuel dans le monde arabe et, tout singulièrement, en Algérie ?
YK :
Je pense que la race des intellectuels est en voie d’extinction. Personne n’en veut. Les télés préfèrent leur cheptel à elles, des phraseurs incultes mais indécemment zélés ; les radios préfèrent tendre la perche aux manchots et les journaux se complaisent dans le renvoi d’ascenseur et le tutti frutti. Les intellectuels, les vrais, sont déclarés « persona non grata ». Le monde n’a plus besoin d’intelligence. C’est un monde de spectacle et de chahut. Ce que nous voyons sous les feux de la rampe n’est qu’un ramassis de cuistres et d’hercules forains. Même les chapelles bien pensantes révérées commencent à prêter uniquement aux faux jetons et aux esprits ratés. De cette façon, la confusion sera bien entretenue et le monde ira droit dans le mur… Je pense qu’il s’agit d’une sorte de sénilité. L’humanité perd la raison. Ne voyant plus clair dans le clinquant illusoire, elle radote. Mais si l’Occident s’applique à imposer ses propres charlatans, l’Orient les tue d’une manière ou d’une autre. Dans ce combat, nous serons encore une fois les perdants. Quand la famille intellectuelle de chez nous s’évertue à tirer vers le bas ce qui est censé l’élever dans l’estime des autres, c’est que finalement elle ne se sent dans son élément qu’à proximité de la boue – je reste correct. On peut soigner certaines tendances, mais pas toutes, hélas ! J’ai écrit dans l’Imposture des mots ceci : « Certains incarnent leur propre purulence. Les désinfecter serait les dénaturer ». Il faut respecter l’ordre des choses et la nature des êtres. De toute évidence, quand les esprits retors se fossilisent, on ne peut les redresser sans les détruire. Un jour, peut-être, un vent salvateur soufflera sur la poussière de notre mentalité rétrograde, et nous aurions la chance de comprendre et de constater combien elle est la cause principale de notre déconfiture. Alors, dans un ultime soubresaut, nous accéderions à la maturité. Pour le moment, nous batifolons allègrement dans le mépris et l’inconsistance. Ça ne nous réussit pas, mais ça nous amuse. Après tout, si ça nous convient, pourquoi s’en défaire ? Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Et l’imbécillité nous va comme un gant. Je déplore seulement le fait que beaucoup d’Algériens essayent de s’en démarquer sans disposer des moyens qui vont avec cette belle volonté. Ils sont les otages de la médiocrité régnante et, par voie de conséquence, la subissent deux fois plus que ceux qui s’en accommodent.
MCM:
Vous affirmez que « l’écrivain peut changer beaucoup de choses, par exemple dans l’appréciation d’une situation, dans la prise de conscience d’un peuple », c’est là une manière disons douce pour le romancier d’agir sur la société ?
YK:
Dans notre religion, il est dit « Dieu n’améliorera le sort d’une nation que lorsqu’elle aura réajusté sa mentalité ». Même Dieu préfère que ça vienne des gens eux-mêmes. Un écrivain n’impose rien, ne décide de rien. Il réagit à une débandade et propose une approche personnelle. Certains s’en enrichissent, d’autres la rejettent. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une adhésion programmée dans ce genre d’engagement. Les gens vont là où ils croient rejoindre une vérité. C’est un élan rationnel, réfléchi. Il obéit à un choix de conviction…. Parfois, la sincérité d’une intelligence, conjuguée à un formidable besoin d’émancipation, pourrait amener un intellectuel, un philosophe ou un romancier à mobiliser des masses entières autour d’un idéal. Mais quand la foi n’est pas là, quand les soucis et les attentes sont ailleurs, quand le renoncement fait fléchir les cœurs et les esprits, aucun chant de sirène ne peut forcer le miracle. Pour pouvoir, il faut le vouloir. Un écrivain fait ce qu’il peut. Une fois son livre sur les étals des librairies, il est seul. C’est au lectorat de le rejoindre.
MCM:
Votre expérience personnelle vous permet-elle d’imaginer qu’une production littéraire peut être indemne de substance politique ? C’est à dire qu’une œuvre intellectuelle peut ne pas avoir prise sur la réalité vécue par la société ?
YK :
La fiction est la thérapie de la réalité. Elle est l’esthétique de la banalité, peut-être son salut. Quand elle traite d’une société ou d’une politique, elle en fait un objet d’attention soutenue. Elle a cette magie d’aller de l’autre côté du miroir et d’observer à son aise, et avec intelligence, ce qui se passe en face. Dans ce genre d’approche, elle ne pourrait se mettre à l’abri des éclaboussures. Elle devient un outil de réflexion et se met ainsi en danger. Bien sûr, elle risquerait même de se diluer dans le sujet, de devenir une attitude politique. Cependant, je veille à ne pas trop me laisser prendre à ce piège. J’écris en me répétant sans arrêt que je suis romancier, non le partisan de telle ou telle politique. Je me retranche alors derrière mes personnages, les laisse porter eux-mêmes leurs histoires. Grâce à la distanciation citée plus haut. C’est ce qui est arrivé avec ma trilogie sur le « Malentendu des mal entendants ». De cette façon, le lecteur reste seul juge. Je mets à sa disposition un maximum d’ingrédients pour qu’il se fasse sa propre idée et je le laisse libre de décider. L’intérêt que suscitent mes livres vient de là. Mes romans parlent de l’actualité, mais échappent aux témoignages. Ils restent des œuvres purement littéraires, avec un style singulier, une écriture reconnaissable, un rythme et une atmosphère particuliers. Généralement, au sortir de mes livres, mes lecteurs me parlent surtout de ma langue, de la crédibilité de mes personnages, de la justesse de mes propos.

Ils découvrent un univers qu’ils ne connaissaient pas et s’en attachent. Contrairement à ce qu’avancent certains frères, qui pensent amoindrir l’importance de mon travail en le situant dans ce qu’ils appellent l’écriture de l’urgence (encore un caractère de complexés !), mes romans sont porteurs d’une âme, d’une émotion et d’un imaginaire exceptionnels. Ce qui explique l’engouement qu’ils suscitent aussi bien au Japon qu’en Inde, en Afrique qu’en Scandinavie, aux Amériques qu’en Europe de l’est. J’entends d’ici certains crier à la mégalomanie. Il ne s’agit aucunement d’une quelconque fanfaronnade. L’internet existe. Il suffit d’aller sur Google, de choisir une préférence, c’est-à-dire un pays et de taper mon nom. Par enchantement, on a accès à tous les sites qui parlent de mes livres. Si ça peut les rassurer, il existe quelques sites hostiles, sionistes et arabes, des descentes en flammes magnifiques, splendides, et mes frères que j’adore et qui ne m’aiment pas pourraient y prendre leur pied. Je ne suis pas mégalo. Je suis sincère. Je parle de moi comme d’un étranger. Sans passion ni fausse modestie. Je ne laisserai personne se substituer à moi. Je réagis là expressément pour contrecarrer certains de mes compatriotes chéris qui hiérarchisent, font et défont à leur guise la qualité ou la nullité d’un talent. Dans un sens, j’essaye de sauver leur âme, de leur rappeler qui ils sont, de les inviter à ne pas trop prendre leurs élucubrations pour argent comptant et qu’ils ne s’adressent pas forcément à des abrutis. Les gens qui nous lisent, souvent sont plus intelligents et lucides que nous. Apprenons à faire attention à nos analyses, à nos approches, à nos thèses que parfois on brandit non comme un travail de recherche mais comme un lance-flamme et une arme assassine. Et puisque je suis un homme de cœur, j’invite ces revanchards à nous écrire de superbes romans et à nous émerveiller. C’est bien beau de critiquer, encore faut-il savoir faire mieux. Allez !... du cran !... Montrez-nous l’étendue de votre génie ! Je jure devant Dieu et devant l’ensemble des Algériens que je serai le premier à me battre pour eux et les aider à rayonner partout où l’on me prête le moindre intérêt, quitte à ce qu’ils me fassent de l’ombre jusqu’au jugement dernier.
« Il existe de vrais intellectuels algériens, tout à fait éclairés et libres d’esprit »
MCM:
Vous ne pensez pas que l’élite intellectuelle en Algérie est démissionnaire en refusant, nonobstant toutes les contrariétés du système, de jouer son rôle d’aiguillon de la société?
YK :
L’Algérie est, mentalement, toujours colonisée. Elle n’arrive pas à se défaire des influences extérieures. Les arabophones s’orientent sur le baathisme ou l’intégrisme asiatique. Ils sont un peu les gardiens du temple alors qu’en réalité, ils ne gardent que du vent. Ils refusent de s’algérianiser et de réfléchir en tant qu’Algériens. Pour eux l’arabité est l’essence de la nation et oublient notre amazighité, notre tamashek et surtout notre dialecte propre. Un aussi déplorable daltonisme ne peut nous éveiller aux splendeurs alentour. De leur côté, les francophones sont connectés sur le parisianisme. Ils copient ces culs lustrés, s’alignent sur leurs thèses et tirent la langue dès qu’un nonos est promis quelque part. A croire que les Algériens ne peuvent survivre sans maîtres. Or, il existe de vrais intellectuels algériens, tout à fait éclairés et libres d’esprit, des Algériens conscients des spécificités algériennes, de nos richesses, de nos potentialités ; des intellectuels au sens le plus probe et le plus noble du terme. J’en ai rencontré partout. Ils me fascinent et me rassurent. Ils sont universitaires, chercheurs, érudits, artistes, mais ils sont exclus des débats. Ce sont des gens qu’on ne verra jamais à la télé, ou sollicités ou seulement déclarés comme tels. En Algérie, le débat est livré aux gueulards et aux illuminés, aux lèche-culs et aux vauriens. Le sérail perpétue la dynastie, et la dynastie privilégie le sérail. Les vrais talents sont occultés, les vraies chances sont muselées. Les rares intellectuels qui osent réagir et s’en indigner sont vite repérés et inscrits sur la liste des objets perdus. On n’entendra plus parler d’eux. Les autres, ceux que l’on met sur un piédestal de nigauds ou sous les feux de la rampe sont là pour montrer au monde combien nos martyrs sont morts pour des prunes, combien nos sacrifices sont vains, combien nos espérances sont pipées. Et pourtant, il suffit de les sortir d’un millimètre de leur bulle pour qu’ils se perdent. En dehors de cette pauvre Algérie, ils n’existent pas. Ce ne sont que des leurres, des ombres chinoises, de la vermine éblouie… La vraie question qui se pose est : Qui nous empêche de nous imposer ? Nous avons de la classe, des arguments, des devoirs, du punch… Peut-être nous manque-t- il l’essentiel : la volonté. Quand il m’arrive de rencontrer nos intellectuels, je perçois nettement la force en train de sourdre en eux. Je comprends que ce sont des centaures, des divinités, des oriflammes… mais des oriflammes en berne. Ces êtres magnifiques sont capables de faire de l’Algérie un pays de rêves. Je le sais. Je l’ai lu dans leurs yeux. Leur âme est sublime, leur cœur est noble. Mais ils sont seuls, nombreux mais seuls, dispatchés à travers nos torts et notre déraison, marginalisés à cause de notre cécité. Pourtant, il suffit d’un rien pour les rendre heureux, et nous tous avec : d’une simple présence d’esprit.


MCM:
A considérer que vous vous sentez engagés au service de votre patrie, estimez-vous que le métier d’écrivain vous permet à lui seul de vous acquitter de ce devoir ?
YK :
cela n’a rien à voir. J’aime mon pays comme tout Algérien qui se respecte. Je ne le vends pas aux chimères et le défends quand il le mérite. Je ne suis pas au service de ma patrie ; elle ne m’a jamais reconnu. Je suis au service de l’idée que je me fais d’elle. Et au service de mes lecteurs qu’ils soient français, finnois, indonésiens ou martiens, blancs ou noirs, jaunes ou rouges. Ce sont là ma vraie famille, le sens de ma vie d’écrivain. Ce sont eux qui m’encouragent et m’invitent à croire encore à l’Algérie, aux Algériens, aux neiges de Tikijda, aux pics de l’Atakor, aux Ergs de Tin Agherhor, aux écoliers de mon pays, aux femmes de mes contrées, à tout ce qui me fait rêver. Mon devoir, le vrai, est de mériter l’honneur que l’on me fait en me lisant, la confiance que l’on m’accorde en me soutenant. Sans mes lecteurs, je ne suis qu’un monologue qui se dilue dans le silence et la nuit, qu’une triste complainte lancée dans le désert de toutes les infortunes.
MCM: Comment se présente, brièvement, le panorama littéraire en Algérie ? Assistons-nous à un renouveau ou à une décrépitude de la littérature en notre pays ?
YK :
Je l’ignore. Il y a de très bons écrivains, que j’ai lu et beaucoup apprécié. Le talent existe, mais pas la stratégie qui va avec. Je pense que les éditeurs et les médias devraient se bouger un peu. Mais le veulent-ils vraiment ? J’en doute. La seule chose que j’ai à dire à nos écrivains, c’est de tenir bon. Un jour, ils finiront par se faire une place au soleil et rayonner. Si ça peut les stimuler, j’avais publié 8 romans en Algérie sans jamais faire frémir un seul poil. Je ne leur demande pas d’attendre d’écrire 8 romans, mais de prendre leur temps pour écrire le roman qui va les propulser au firmament. Je sais, c’est difficile de gamberger dans un pays sinistré culturellement. Je suis passé par là. Mais ils n’ont pas le choix. Qu’ils veillent seulement à ce que ça ne fausse pas leur inspiration. Je vous assure que j’ai été formidablement bluffé par certaines plumes comme Benfodil, Mati, Grine, Layachi, Aït Sidhoum, Bachir Mefti, Ayyoub et d’autres qui me pardonneront de ne pas les citer. Je suis de tout coeur avec eux. Si seulement ces pantins du sérail se poussaient un peu pour les laisser respirer.
« Ce n’est pas pertinent d’essayer de secouer l’arbre pour faire tomber de sa branche quelqu’un qui vend la main »
MCM:
Existe-t-il vraiment, à votre avis, des écoles littéraires différentes en Algérie ?
YK :
Il n’y en a aucune. Désunis sur les plateaux, désunis dans le texte. Chacun mène son bateau à sa guise et traque ses propres mirages. Et c’est tant mieux. C’est la preuve de l’extraordinaire diversité de nos talents. Sauf que, dans ce genre d’aventures, il est déraisonnable de faire cavalier seul. Tôt ou tard, il faudrait se rejoindre, s’enrichir les uns des autres, et asseoir une plateforme commune pour donner à notre littérature dans sa diversité linguistique une carrure reconnaissable de loin. Je comprends parfaitement les frustrations qui nous rendent agressifs les uns contre les autres, mais ces attitudes ne nous apporteront rien. La seule chance de grandir, de sauter le mur qui nous occulte est de s’appuyer les uns sur les autres. Si l’un de nous parvient au sommet, tant mieux. Nous aurons au moins quelqu’un qui nous tendra la main pour nous tirer vers le haut. Ce n’est pas juste, et ce n’est pertinent d’essayer de secouer l’arbre pour le faire tomber de sa branche. Ça n’a pas de sens. C’est même absurde. Pour construire des écoles littéraires, il faut d’abord consacrer le génie. Des écoles à partir de quoi, à partir de qui ? Des écoles buissonnières ? Elles n’ont jamais débouché sur des académies.
MCM:
La langue d’écriture, qu’il s’agisse de l’arabe ou le français, préfigure-t-elle d’une différence de nature des œuvres littéraires produites? Est-il si important que cela d’écrire dans cette langue ci ou dans l’autre ?
YK :
La littérature n’a rien à avoir avec la langue. C’est une question de verbe, et rien d’autre. On l’a ou on ne l’a pas. Tout le reste n’est que fuite en avant. J’aime les Algériens, kabyles ou Touaregs, Chaouis ou bédouins, blonds ou basanés, ils sont les miens. Qu’ils parlent en français ou en chinois, ils disent les Algériens que nous sommes. C’est une chance inouïe d’être trilingues. Je suis jaloux des polyglottes.
MCM:
Algérien, vous vous réclamez aussi bien d’Albert CAMUS, pied-noir dont l’émerveillement obstiné devant la beauté des paysages algériens semble vous fasciner que de KATEB Yacine l’indigène dont l’enracinement pathologique dans le terroir profond du pays doit vous interpeller. Vous vous situez ou, au juste, dans ces frontières mouvantes que chacun de ces deux écrivains trace par ses racines et son œuvre ?
YK :
Pour moi, tout écrivain est une générosité à part entière. Qu’il m’offre la lune ou un bout de pain, il reste mon bienfaiteur. Et quand je lis, je ne cherche pas la faille, je cherche où se terre le génie. J’aime Camus pour l’Etranger. Un roman fabuleux. Il me restitue mon pays confisqué. C’est vrai, Camus n’était qu’un petit colon issu des franges défavorisées de la société. Il ne voyait en nous que l’Arabe générique, caricatural, cacochyme, vulgaire, misérable. Il ignorait nos valeurs ancestrales, notre berbérité poétique et notre arabité cosmique. Mais ce n’est pas à cet endroit que je le cherchais. Guy de Maupassant aussi portait un regard crétin et inculte sur nous. Hugo ne se gênait pas de ne voir en nous qu’un troupeau de sauvageons qu’il fallait civiliser au nom de la charité chrétienne. En-dehors de nos textes, nous sommes quelconques. Nous avons tous une trivialité crasse à nous reprocher. Mais dans le texte, c’est d’autres paramètres qui entrent en jeu. Comme j’aime les écrivains, je les fréquente comme tels. Camus est un immense romancier. J’aime la transparence de ses idées – ce qui ne veut pas dire qu’elles sont justes – la fluidité de son verbe. Avec Kateb Yacine, il s’agit d’un autre rapport, aussi affectif qu’objectif. C’est une plume de mon pays. Ses colères sont les miennes, ses coups de gueules sont mes chants ; je me reconnais en chaque personnage qu’il crée. De là à m’inscrire farouchement dans le chauvinisme, c’est trop me demander. Il existe d’autres écrivains qui me fascinent. Ils sont américains, russes, japonais, français, égyptiens, tunisiens ; ils sont ma culture générale. En Algérie, c’est surtout Malek Haddad qui m’a le plus apporté. Ailleurs, c’est John Steinbeck. Ce qui ne m’empêche pas de préférer Tewfik el Hakim à Mauriac et Taha Hossein à André Gide. Le respect que j’ai pour Naguib Mahfouz n’a d’égal que celui que j’ai pour Moufdi Zakaria. Il faut savoir aimer de chaque jardin botanique une plante et de chaque mythologie une divinité. C’est uniquement de cette façon que l’on s’enrichit.
« La vie culturelle est réduite à un folklore inodore et terriblement chiant ! »
MCM:
Comment expliquez-vous l’aridité du paysage littéraire et même de la vie intellectuelle et culturelle en Algérie ?
YK :
Pour l’aridité du paysage littéraire, je ne suis pas d’accord. Il y a un réel effort de créer et d’étonner. C’est l’intérêt pour cette littérature qui fait défaut. A cause justement d’une vie intellectuelle béquillarde, sinon cruellement sélective. Quant à la vie culturelle, elle est réduite à un folklore inodore et terriblement chiant. Cependant, il y a un remède. C’est à nous de faire vivre notre univers. Cherchons des mécènes, je suis certain qu’ils existent et qu’ils seraient ravis de ressusciter une vie intelligente et savante. Défendons le talent, soutenons- le. Que les libraires apprennent à vivre ensemble, à bâtir ensemble ; que les artistes arrêtent de s’enfieller les uns pour les autres, que les écrivains aient la noblesse de s’incliner devant les meilleurs d’entre eux et de s’instruire auprès d’eux au lieu d’être là à sucer du sel et à chercher des poux aux chauves. Le jour où nous parviendrons à surmonter nos frustrations et nos jalousies, où nous abolirons « El Hosd wal Boghd « de notre milieu, nous pourrons enfin sortir de l’auberge espagnole où nous faisons fonction de porteurs de chandelier.


MCM:
Vous n’allez pas de main molle pour exprimer votre amour de la langue française (« J’adore la langue française. Si elle était une femme, je l’aurais épousée »affirmez-vous).Vous ne craignez pas que cet attachement viscéral au français ne vous conduise à revêtir l’habit du colonisateur ?
YK :
L’amour n’a rien à avoir avec l’identité. On peut être Algérien et épouser une Russe. Le cœur a ses raisons que la raison ignore. A aucun moment, le fait d’écrire en français n’a menacé mon algérianité. J’écris avec ma sensibilité d’Algérien, et rien d’autre. J’aurais pu devenir poète en arabe. On m’a découragé. La littérature est un texte, et non un territoire. Dans les pays où je suis traduit, on me lit en tant qu’Algérien. Les gens qui doutent de mes racines visent autre chose qu’il est inutile de citer ici.
MCM: Vous déclarez, justement, à propos de la perception de votre rôle auprès du lecteur occidental ce qui suit : « je prends l’Occidental par la main et je l’amène au commencement du malentendu, au plus proche de cet homme qui, un jour décide de se faire sauter au milieu d’innocents ».Vous pensez, réellement, avoir trouvé, à cet égard, une oreille d’écoute en Occident ?
YK :
Je crois que la question ne se pose même pas. Regardez le nombre de lecteurs que j’ai, le nombre de pays où je suis traduit. Rien qu’en France, l’Attentat s’est vendu à 400 000 exemplaires. Cela se passe de commentaires.
MCM:
Vous dites qu’ « il n’y a rien de pathologique dans le terrorisme ».Vous précisez, à propos de ceux qui recourent à des actes de violence qu’ « il s’agit simplement d’êtres qui, à un moment, ne sont plus interpellés par leurs rêves d’avec lesquels ils divorcent comme ils divorcent d’avec le monde ».Puisque c’est là le thème récurrent de votre trilogie, quelle est, en définitive, l’origine, selon vous, de l’explosion de la violence dans les sociétés arabes?
YK :
D’abord, dire qu’il s’agit du thème récurrent de ma trilogie est inexact. Dans «les Hirondelles de Kaboul» je parle du renoncement, de la cheptelisation de la nation, de la déshumanisation de la société taliban et surtout de l’Amour avec une majuscule. Dans «l’Attentat», j’explique la résistance palestinienne. Dans «Les Sirènes de Baghdad», je raconte la guerre américaine vue par un jeune bédouin. Quant à la violence, elle est un dénominateur commun. En France, le racisme bat son plein et la colère citoyenne dépasse l’entendement. En Tchétchénie le crime d’Etat s’opère dans l’impunité totale, réconforté par la lâcheté planétaire. Au Proche-Orient, l’hégémonie de l’alliance américanoisréalo- britannique est en passe de déclencher un embrasement de toute la région. Les menaces qui gravitent autour de la Syrie et de l’Iran, conjuguées à la désinformation outrancière et aux discours biaisés des démocraties «fallacieuses», préparent déjà le terrain à d’autres tragédies. Pourquoi donc associer la violence aux sociétés arabes qui ne sont que les victimes d’enjeux géostratégiques éhontés ? La vraie violence est occidentale. Lisez bien Les Sirènes de Bagdad. J’ai été très clair à ce sujet.
«l’écrivain c’est le livre d’une époque, et d’une aspiration commune, d’un rêve algérien...»
MCM:
A propos, tout particulièrement de votre roman « L’Attentat », d’aucuns vous accusent de servir de faire-valoir pour accréditer l’idée d’une aptitude au bien de la société israélienne… Cela ne vous choque pas ?
YK :
Le roman existe. Il est clair comme l’eau de roche. Vous l’avez lu ? Qu’est-ce que vous en pensez ? Vous n’avez pas besoin des commentaires des autres.
MCM:
Est-il exact que vous avez écrit « L’écrivain » puis « l’imposture des mots » pour vous vous en servir d’exutoire afin de vous libérer de vos démons d’enfance ?
YK :
Quels démons ? J’ai été un garçon tranquille. Sans haine et sans secrets. C’est encore de la foutaise. Tous les Algériens de ma génération, que j’ai eu le plaisir de rencontrer, me disent qu’ils se sont parfaitement reconnus dans « L’Ecrivain ». C’est le livre d’une époque, le livre d’une aspiration commune, d’un rêve algérien. Nous naissions au monde aux forceps. Nous voulions croquer la lune à pleine dent. Nous croyions dur comme fer aux lendemains qui chantent et nous reconnaissions NOTRE étoile en chaque étincelle dans la nuit. Les démons ? Ce n’était pas notre tasse de thé. Nous étions blancs comme des anges et nous voulions construire un beau pays. Telle est l’histoire de «l’ Ecrivain ». Quant à « L’imposture des mots », il s’agit juste d’une mise au point, sans plus.
« Je suis algérien et, quoique l’on dise, je ne fais que porter très loin le talent algérien »
MCM:
Vos polémiques avec la presse nationale sont devenues célèbres en Algérie. Certains journalistes vous accusent presque de mégalomanie lorsque vous vous vous encensez «Les Algériens sont fiers de moi. Là ou je passe, c’est l’euphorie». De manière plus significative vous proclamez vouloir « absolument soustraire les sujets traités-terrorisme, fondamentalisme ou extrémisme à l’in- fluence des médias », ou se situe, au juste, la nature de votre différent avec une partie de la presse en Algérie ?
YK :
Je n’ai pas eu de polémiques avec la presse algérienne, mais avec un journal, en l’occurrence «El Khabar ». Il y a énormément de journalistes qui me respectent et m’encouragent dans mon pays. Il y en a d’autres qui me détestent pour des raisons qui m’échappent. C’est tout à fait équitable. Heureusement que cette polémique repose sur le fait d’avoir défendu un écrivain algérien, et non sur mon rapport direct avec la presse. J’ai lu des mensonges et des calomnies à mon sujet et je n’ai pas réagi. Des journalistes algériens m’ont invité à y répondre, mais j’ai préféré ne pas en faire un plat. Pour ce qui est de la mégalomanie, ça dépend de comment on interprète mes propos. Dire que les Algériens sont fiers de moi est une réalité. Les écrivains algériens présents au Salon de Paris ont vu le monde qui est venu me voir sur le stand de Julliard. Parmi mes lecteurs, ils ont dû remarquer la « fierté » des Algériens. Où est la mégalomanie ? Je suis fier de Morcelli, de Boulmerka, de Lounis Ait Menguelet que je considère comme le plus Grand Algérien vivant. Est-ce que cela fait d’eux des mégalos. Et puis pourquoi empêcher les Algériens d’être fiers d’un des leurs, un écrivain de surcroît, qui écrit des livres salués dans le monde entier et traduit jusqu’en Malayalam ? Faut-il être fier uniquement de l’équipe nationale de football. Je suis Algérien et quoi que l’on dise, je ne fais que porter très loin le talent algérien. Les Algériens sont fatigués de nous voir nous entredévorer. Qu’on laisse chacun vivre le peu de rêves qui lui reste. Après tout, où est le problème si certains m’aiment ? Le font-ils au détriment d’autres valeurs ? Je suis tellement heureux de voir les Algériens, malgré les déboires et les désillusions qui leur gâchent l’existence, continuer de croire et d’aimer, de rêver et d’être fiers. Si mon succès contribue un peu plus à cette foi, à ce bonheur infime, à ses particules d’espérance, alors je ne peux que m’en féliciter et en être fier, moi aussi.

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