Actualités : CHRONIQUE/EN QUELQUES MOTS : DE-CI, DE-LA
Après les kamikazes, après les marches "spontanées", place à la manipulation
Par Leïla Aslaoui


Plutôt que de nous livrer les résultats des investigations menées par les enquêteurs, suite aux attentats du 11 avril 2007, plutôt que d’exprimer sa solidarité aux côtés des familles endeuillées et victimes blessées, l’Exécutif schizophrénique, comme à son habitude, s’est empressé de mettre en place un scénario de désinformation destiné à dissocier idéologie islamiste et attentats du 11 avril.
Ce fut là, son unique préoccupation et sa priorité. C’est ainsi, que le premier magistrat du pays, donna le ton à Constantine en employant le qualificatif de “moukharibine” (saboteurs) pour nommer les terroristes- islamistes. Ils ne s’agit nullement d’un terme choisi par hasard. Si le chef de l’Etat avait dit “terroriste” il aurait reconnu par là même, que sa “réconciliation” si chère à son cœur d’islamiste avait échoué. Ce serait être naïf, que de croire Abdelaziz Bouteflika, disposé à faire cet aveu “spontané”. Ce fut au tour du ministre de l’Intérieur de prendre le relais, en déclarant que le véhicule piégé ayant fait exploser le Palais du gouvernement, avait été “dirigé par un système appelé communément télécommande” (Yazid Zerhouni). Autrement dit, le “gentil” conducteur dudit véhicule, avait l’intention de refermer les portières, de s’en aller promener paisiblement dans les rues d’Alger, et de ressortir vivant du Palais du gouvernement ! Et c’est avec Abdelaziz Belkhadem que nous avons atteint le summum de la manipulation lorsqu’il déclara publiquement à Sidi-Fredj le 19 avril 2007 : “Le kamikaze a voulu prendre la fuite.” Tentant ainsi d’obtenir notre adhésion à leurs mensonges, les membres de l’Exécutif se sont lamentablement succédé pour nous livrer leur vrai message soit :
1) Les attentats du 11 avril 2007 n’ont pas été commis par des kamikazes.
2) Donc s’ils n’ont pas été le fait de kamikazes, cela signifie que ceux-là n’existent pas en Algérie et n’ont jamais existé.
3) En conséquence de quoi, puisqu’il n’y a jamais eu de kamikazes, il convient de bannir ce terme “inélégant” de notre langage et d’effacer de nos mémoires l’image d’hommes suicide haineux prêts à tuer et à mourir.
Kamikaze est un mot qui n’est pas algérien. Il est américain, espagnol, britannique, indonésien, marocain, tunisien. Mais il ne saurait être algérien. Comment nous Algériens au-dessus de la mêlée, protégés par la bonne fée “réconciliation”, qui savons tout sur tout, aurions des k-a-m-i-k-a-z-e-s ? (Dites-le à voix presque inaudible afin qu’on ne vous entende pas). Kamikazes est une obscénité et un mot que tout “bon Algérien” ne doit pas prononcer. Le faire c’est être un traître à la nation, un anti-nationaliste, puisque saboteur de la réconciliation. Abdelaziz Belkhadem n’a -t-il pas dit “les auteurs des attentats sont le fait de personnes que la réconciliation dérange ?” Elle n’est pas dérangeante, elle est injuste et révoltante. Cependant, les familles des victimes du terrorisme n’ont jamais semé la mort et la haine. Ces “éradicatrices” faut-il le rappeler ont été éradiquées ? Et le seul patriote qui s’est défendu en abattant un émir islamiste qui ne cessait de le provoquer, “crève” dans sa cellule pour le restant des ses jours. La grâce présidentielle et l’amnistie ne concernent pas le patriote Mohamed-Tounsi Gharbi. Ce n’est pas un terroriste tant pis pour lui. Être nationaliste, c’est donc affirmer avec le premier magistrat du pays, son chef du gouvernement, son ministre de l’Intérieur, de préférence tous en chœur et “spontanément” : “Le 11 avril 2007, il n’y avait pas de kamikazes et la réconciliation est en parfaite santé. Excellente même !” Dites-le trois fois à la Belkhadem, vingt fois, cent fois, mille fois. Cela repoussera à ne point en douter les futurs kamikazes. N’est-ce pas là une preuve supplémentaire de la certitude qu’a ce même Exécutif sur notre capacité à avaler couleuvres et pythons, puisque nous n’existons que pour être dupés et bernés ? D’autant qu’en créant lui-même la rumeur relative à l’inexistence de kamikaze, il (l’exécutif) va bien au-delà de la désinformation. Il cherche à guider nos esprits “médiocres” (Abdelaziz Bouteflika qualifiant son peuple de “médiocre et sale”) vers une autre cible. C’est-à-dire vers d’autres commanditaires que le GSPC et Al-Qaïda Maghreb. Et bien entendu l’opinion supposée “moutonnière” dira fatalement : “Il n’y a pas de fumée sans feu.” N’est-ce pas gravissime que ce soient les autorités politiques au plus haut niveau, préoccupées de sauver ce qu’elles croient pouvoir encore sauver de leur réconciliation qui nous resservent le plat réchauffé du “qui-tu-qui” ? Puisqu’enfin c’est de cela qu’il s’agit. Cependant, comme dit l’adage : “Trompe-moi une fois honte sur toi, trompe-moi deux fois honte sur moi.” Libre aux haineux irréductibles de l’armée et autres forces de sécurité, de croire que... de dire que... de penser que... d’accuser sans la moindre preuve. Libre à Abdelaziz Belkhadem, à son chef d’Etat, farouches, opposants tous deux à l’arrêt du processus électoral “la première violence fut l’arrêt des élections de 1991” (Abdelaziz Bouteflika) de suggérer... de détourner l’attention... Libre au ministre de Intérieur d’affectionner les voitures pourvues de télécommandes et de tenter de nous infantiliser. Cependant, dans leurs jeux politiciens une chose leur est interdite ou plutôt aurait dû leur être interdite. Celle-ci a pour nom : INDECENCE. Indécence à l’égard des victimes déchiquetées ce 11 avril 2007, leurs familles meurtries, les nombreux blessés et les rescapés marqués à vie. Indécence surtout à l’égard d’un enfant de quatre ans qui ne verra plus jamais la lumière du jour. Ce petit ange n’a évidemment pas pour nom patronymique Belkhadem, Zerhouni ou Bouteflika. On peut le mépriser, c’est là la raison pour laquelle en chœur et “spontanément” avec notre “cher” exécutif nous devons absolument “croire” que le 11 avril 2007 des véhicules d’une intelligence sans pareille, sans chauffeur, munis d’un système automatique connaissant parfaitement les quartiers de la capitale s’en sont allés errer du côté du Palais du gouvernement, de la Sûreté de Bab-Ezzouar, près du domicile du directeur de la Sûreté nationale. Personne ne les conduisait. Ils ont été fabriqués pour tuer. Tuer sans raison, sans revendication. Ce sont des véhicules fous. Et là, la “main de l’étranger” est identifiable. C’est évidemment le concessionnaire d’automobiles ! Cherchez la marque et vous trouverez le fabricant ! Cette “main de l’étranger” si commode pour masquer l’incurie de l’exécutif ! N’est-ce pas grotesque ? Ainsi le 11 avril 2007, Boudina Mounir, kamikaze, est une invention des médias. Et il n’y a que sa mère qui croit dur comme fer, qu’elle a mis au monde un jour un garçon qu’elle a prénommé Mounir et qui est allé se faire exploser sous le nom de Ibnou Jabal le 11 avril 2007. Pour tuer et se tuer. Et puisque ce sinistre individu comme celui de Bab-Ezzouar ou encore celui qui a abandonné le véhicule piégé devant le domicile du DGSN, n’ont jamais existé, il faut tout de même que Abdelaziz Belkhadem soit à même de nous expliquer les raisons pour lesquelles depuis le 11 avril 2007, sa réconciliation a besoin de barricades, de blocs de pierre d’une hauteur impressionnante et autres obstacles, destinés à protéger ministères et autres institutions étatiques ? Pourquoi toute cette panoplie dans le pays de Bouteflika et Belkhadem réconcilié et sécurisé ? Sans oublier de signaler les routes déviées ou carrément fermées aux automobilistes comme aux piétons. Un rappel ne souffrant aucun doute sur le retour des années de terrorisme et des kamikazes (dites-le à haute voix cette fois-ci car ils sont là et bien là). Alors Abdelaziz Belkhadem et consorts peuvent faire dans le triomphalisme, ils peuvent faire marcher le peuple (au sens propre et figuré) “spontanément” pour défendre leur réconciliation, ils ne peuvent et ne pourront pas occulter ces deux réalités que tout un chacun est à même de palper. La première est celle des ministères dont les responsables se barricadent parce qu’ils ont peur des kamikazes. Des citoyens qui ont également peur de mourir déchiquetés et qui savent que l’exécutif a très peur que ça recommence. C’est l’autre réalité. Et lorsque Abdelaziz Belkhadem dit : “Nous sommes réconciliateurs, réconciliateurs, réconciliateurs jusqu’à la mort”, il ne dit pas par contre comment fera l’exécutif pour dissuader d’autres kamikazes de tuer. Il ne le dit pas, parce qu’il lui faudrait reconnaître que la guerre contre le terrorisme islamiste résulte essentiellement de la fermeté des autorités politiques. Il lui faudrait reconnaître que la propagande centrée sur le combat aux côtés des Irakiens “n’est qu’une parade du GSPC qui n’arrive plus à recruter pour réinvestir les maquis en Algérie” ( Liberté 24 avril 2007). Il lui faudrait reconnaître que sa réconciliation est un échec et un cuisant échec. Car comme l’avait dit un intervenant dans sa communication “le terrorisme islamiste : une menace transnationale” lors des journées consacrées à un colloque sur le terrorisme les 26-27-28 octobre 2002 à Alger : “Il est illusoire de prétendre domestiquer l’islamisme génétiquement totalitaire et violent pour l’insérer dans le jeu démocratique. L’islamisme radical n’exprime pas une revendication religieuse, identitaire. C’est une pathologie, une dérive identitaire. A ce titre, la guerre n’est même pas commencée et c’est aux musulmans eux-mêmes et à leurs élites en particulier à mener la lutte” (Colonel Djamel-Eddine Bouzghaïa). Colloque au cours duquel, les présents s’en souviennent, Richard Labérivière avait dit : “L’enjeu de l’épreuve (lutte contre le terrorisme) est l’autorité de l’Etat.” Et lorsque le même Belkhadem dit “qu’il demeurera réconciliateur jusqu’à la mort”, il n’a pas entendu dire qu’il serait prêt à sacrifier sa petite personne dans l’explosion d’une bombe “antiréconciliation”. Les voitures piégées c’est pour le peuple qui se doit de croire aux véhicules “intelligents”. Sans chauffeur, à la paix et à la sécurité garanties par un Etat qui se barricade derrière des barrières, des policiers en faction formés pour mourir en toute circonstance pour que puisse perdurer un pouvoir réconciliateur. Un Etat où le premier magistrat du pays ne juge pas nécessaire de présenter des condoléances aux familles endeuillées. Mais que dis-je ? Exprime-t-on sa compassion à un peuple “médiocre” ? Et s’il était bienvenu et juste que l’artificier ayant désamorcé la bombe destinée au DGSN fut honoré et promu par ses chefs, les policiers morts au Palais du gouvernement n’auraient- ils pas eu droit eux aussi, aux mêmes honneurs à titre posthume ? N’étaient-ils pas là parce que chargés de protéger l’institution? Ainsi, dix-sept jours à peine, après l’effroyable 11 avril 2007, l’Exécutif s’attelle avec le zèle qui le caractérise, à enterrer les bombes, les kamikazes, sans être certain que d’autres ne frapperont pas. Et face à cette schizophrénie politique, il faut espérer que Dieu sera le meilleur protecteur. C’est l’unique souhait ou prière que l’on puisse formuler puisque pour l’heure, le sujet toléré si l’on entend s’intéresser à la chose politique a trait aux législatives. C’est paraît-il “l’affaire du siècle” où l’un déclare qu’il remportera le match, l’autre qu’il réalisera un score de 30% etc... etc.. qu’auront donc ceux que le premier magistrat du pays a gratifié le 8 avril 2004 de 01,94% et de 01% ? (zéro, un/cent). Le savent-ils seulement ? Ce qui est par contre sûr c’est que “l’inusable”, “l’indispensable” Saïd Bouchaïr, le sait mais ne le dira pas car il a juré de “détruire la fraude” ! N’est-ce pas ? Allons bon ! L’élection présidentielle en France passionne les Algériens si j’en juge par les discussions échangées entre amis. Le 6 mai 2007 nous parle beaucoup plus que le 17 mai 2007. “Qui sera élu ?” Se demande-t-on. Pour ma part, je ne changerai pas d’opinion quand bien même Mme Ségolène Royal deviendrait présidente de la République française. Ladite opinion étant fondée sur le fait réel et historique des rapports tantôt tendus, tantôt carrément mauvais entre socialistes du PS français et l’Algérie. Cela remonte bien avant les années de terrorisme, François Mitterand ayant été comme on le sait ministre de l’Intérieur durant la guerre de Libération. Et durant les années de terrorisme-islamiste, c’est Mme Simone Veil qui soutient Nicolas Sarkozy qui a tendu sa main aux Algériennes sans exiger d’explication de texte, c’est par contre Mme Martine Aubry (P.S.) qui m’a dit à Lille alors qu’elle me recevait en sa qualité de maire en 1997 mais aussi de militante du P.S. : “Les démocrates doivent condamner la violence d’où qu’elle vienne.” Je lui parlais de nourrissons décapités, de femmes et de jeunes adolescentes violées, elle me récitait la leçon bien apprise de “l’Internationale socialiste”. Par ailleurs, qu’a donc fait cette gauche socialiste pour les banlieues françaises ? La politique de ghettoïsation n’est-elle que le fait de la droite ? Certainement pas. Alors, à tout choisir avec la droite française il n’y a aucune illusion à se faire mais le discours est clair sans la couche de sentimentalisme et de sensiblerie socialiste totalement inutile en politique. L’Algérie n’a guère besoin de maternage, elle doit être prise pour ce qu’elle est : un partenaire et seulement cela. Avec un chef d’Etat maîtrisant parfaitement les grands dossiers internationaux et sensibles. D’ailleurs dans le n° 240 d’avril 2007 Arabies a publié les réponses des deux candidats à propos des relations qu’ils comptent entretenir avec l’Algérie, voici des extraits : Ségolène Royal : “Je veux promouvoir une relation nouvelle sous le signe de la modernité et de la solidarité... Je m’engagerai pour bâtir la relation apaisée et dense tournée vers l’avenir” ??? Beaucoup de généralités en vérité. Nicolas Sarkozy : “J’ai toujours pensé que l’amitié n’avait pas besoin d’être gravée dans le marbre d’un traité. Au-delà du traité qui viendra en son temps, nous souhaitons progresser avec les Algériens sur les divers aspects de notre relation bilatérale”... C’est clair, concis quand bien même il y aura l’épreuve du terrain. Évidemment, mes détracteurs ou partisans de Ségolène Royal parmi mes compatriotes, me rappelleraient vite que Nicolas Sarkozy c’est aussi le discours sur l’immigration, l’identité nationale, le “karcher”... Je le sais et ne saurai l’oublier. Mais entre un François Mitterand qui s’est permis en 1991 de dire que le “processus démocratique n’aurait pas dû être arrêté” et qui a permis l’octroi de statut de “réfugiés politiques” à de nombreux, très nombreux islamistes radicaux, et un Nicolas Sarkozy qui a déclaré que le terrorisme-islamiste devait être combattu, ce dernier est certainement plus rassurant, quand bien même les choses seront parfaitement claires avec lui. Il restera que l’Algérie n’est pas un pays qui laisse indifférent. Elle est une partenaire très intéressante et sans complexe aucun, on est en droit d’attendre qu’elle soit traitée comme telle. Et dans ce type de relations, les mots amour, amitié solidarité, n’ont pas leur place. Lucidité est le seul terme admis. Bien entendu, je ne perds pas de vue que l’image de l’Algérie n’est pas ce qu’elle devrait être en raison d’un réel immobilisme de l’Etat, et de l’absence réelle elle aussi, du premier magistrat du pays de la scène politique. Croyant être rassurant, son chef du gouvernement a répondu à une question d’un journaliste sur l’état de santé du chef de l’Etat : “Vous l’avez vu à la télévision”. C’est bien là que se situe le problème. Outre en effet que les images diffusées sur le petit écran n’étaient pas annonciatrices de bonnes nouvelles, il y a lieu d’ajouter que l’heure est venue de nous dire la vérité. Nous avons ce droit citoyen, car Abdelaziz Bouteflika n’est pas Monsieur Tout le monde, mais le chef de l’Etat dont la responsabilité est d’être capable de diriger. Ne serait-ce que pour nous dire ce qu’il compte faire contre d’autres kamikazes. Ou alors de partir ne serait-ce qu’en raison d’un lamentable échec suite à une impossible réconciliation entre bourreaux et victimes. Allons-nous donc continuer à fonctionner avec un président “à mi-temps” qui, durant son premier mandat a passé plus de temps à l’étranger que dans son pays et qui s’est éclipsé pour ne faire que de rares apparitions durant son second mandat ? Il y va de la crédibilité d’un Etat et d’un pays et les Algériens ont le droit de savoir.
L. A.
N. B. : Au moment où j’achève ma chronique, j’apprends que l’ANP a abattu le coordinateur d’“El Qaïda Maghreb”. Excellente nouvelle qui signifie à Abdelaziz Belkhadem et consorts que leurs jeux politiciens sont totalement frappés d’obsolescence.

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