Les jeunes de Ras-el-Oued viennent nous rappeler, en pleine campagne électorale, le gisement de violence contenue sur lequel nous vivons. Trois jours d’émeute, c’est beaucoup pour un tout petit endroit où tout le monde se connaît. Les raisons de cette colère (refus des autorités de laisser des supporters accéder à une rencontre de football) importent peu. Elles n’auraient pas eu cet effet dévastateur si elles n’avaient agi sur un terrain favorable. Ailleurs, les autorités ont fait appel aux «notables», c'est-à-dire à des chefs coutumiers, aux chefs des structures archs et tribales, c'est-à-dire à l’autorité patriarcale pour apaiser les tensions. Faire appel aux structures du passé pour résoudre les problèmes du présent indique assez que nous ne sommes pas encore sortis de ce «passé», que l’Etat national moderne reste à construire. A Ras-el-Oued, cette technique de gestion des conflits ou cette approche de la politique ne semble pas avoir marché. Les élus locaux ont engagé le dialogue, ce qui est plus conforme à la nature officielle de l’Etat, les élus du peuple étant les plus indiqués pour parler avec ceux qui les ont élus. Mais, en pleine campagne électorale, ces émeutes posent aussi le problème de la distance entre discours officiels et réalités souterraines ou manifestes du pays profond. Les choix politiques du pouvoir ne semblent pas venir à bout des difficultés immenses que vivent les jeunes et qui les poussent à l’émeute ou à la harga. Bien sûr, ces poussées de fièvre cycliques ne posent pas de problème au pouvoir. Elles ne le menacent en aucun cas, n’ayant pas de prolongement politique. Elles n’en indiquent pas moins qu’en l’état actuel de la politique, les mécontentements ne peuvent que couver dans le silence et éclater à la première grande émotion. Ce renvoi à l’émotionnel n’appartient au registre du négatif que pour un temps. Tous les grands mouvements sociaux ou politiques ont d’abord connu cette phase de l’émotionnel avant de se construire une raison politique. Tout l’enjeu est là dans cette accumulation aveugle qui peut mener la révolte vers les sentiers de l’échec comme après Octobre 88 ou ceux de la naissance à la politique. M. B.
Nombre de lectures : 518
|